Préface pour la deuxième édition
VOILA bientôt vingt années que Le retour à la santé et à la vie saine par le jeûne, a fait ses premiers pas de par le monde ; il apportait aux hommes de bon vouloir un moyen infaillible de rétablir leur santé, compromise par des erreurs alimentaires, hygiéniques ou morales. Nous avons eu le plaisir d'aider ainsi de nombreuses personnes qui ont compris et mis en pratique, pour leur plus grand bien, ces règles de vie saine et sobre si simples et si riches en bénédictions immédiates; de nombreux malades, dont beaucoup avaient été abandonnés par la médecine officielle, ont recouvré la santé par la pratique de jeûnes de plus ou moins longue durée. Aussi est-ce avec un grand plaisir que nous voyons la nécessité de publier une nouvelle édition de notre ouvrage; celle-ci n'a subi aucune modification dans le fond, car nous avions épuisé le sujet et il n'y a rien à changer dans les principes de base, soit dans l'affirmation que le jeûne représente le moyen thérapeutique le plus efficace qui soit donné à l'homme malade pour recouvrer la santé et à l'homme normal pour la maintenir parfaite.
Après bientôt quarante ans d'expérience en cette matière, après avoir vu de nombreux malades recouvrer la santé à la suite d'une ou de plusieurs cures de jeûne, nous avons acquis la conviction que cette méthode merveilleuse, qui nous vient du fond des âges, méritait d'être mieux connue pour le plus grand bien de l'humanité tout entière.
On ne saurait trop insister sur l'innocuité complète de telles cures qui apportent toujours au jeûneur un soulagement immédiat quand ce n'est pas la guérison totale; les résultats dépendent des forces de résistance et de réaction naturelles du malade. Lorsque la cure est bien conduite, elle se solde toujours par un grand bénéfice, un renouveau de force et de joie de vivre pour celui qui a eu l'énergie de se soumettre à cette purification radicale.
Quant aux prétendus dangers de la cure de jeûne, ils n'existent que dans l'imagination trop fertile d'ignorants qui ne se sont pas donné la peine d'étudier la question avec sérieux et qui, surtout, n'ont pas cru devoir en faire l'expérience sur eux-mêmes.
La peur irraisonnée de certains malades, qui pensent que la cure de jeûne est dangereuse, qu'elle conduit directement à l'affaiblissement
et à la mort, provient de deux causes : tout d'abord la veulerie native de toute personne qui recule devant la nécessité de se priver de nourriture pendant quelque temps et qui ne veut pas faire l'effort individuel nécessaire pour recouvrer la santé; on croit pouvoir se libérer et se guérir sans peine en ayant recours aux drogues chimiques qui sont souvent inopérantes, quand elles ne sont pas directement nuisibles. La seconde raison qui éloigne certains patients de la cure de jeûne est entretenue par l'opinion de la médecine officielle qui, sans avoir expérimenté la méthode, la juge dangereuse parce qu'affaiblissante pour l'organisme. Et de la sorte un procédé curatif merveilleux dans sa simplicité, et d'une efficacité radicale, est saboté par l'ignorance ou par le mauvais vouloir de ceux-mêmes qui devraient être les premiers à appliquer cette méthode curative pour le plus grand bien de leurs patients.
Les dangers de la cure de jeûne sont de purs mythes, entretenus par des ignorants ou par des gens qui ont intérêt à ce que cette thérapeutique simple, naturelle, rapide et radicale ne se généralise pas.
Il va de soi que la cure doit être conduite d'une façon rationnelle pour donner tous ses effets ; le plus grand danger n'est pas, comme le vulgaire le pense, la période d'abstinence de nourriture, mais celle de réalimentation qui est des plus importantes, car à ce moment une reprise active de la vie trop rapide et des erreurs alimentaires peuvent provoquer des troubles qu'il aurait été facile d'éviter.
Si de courtes cures de jeûnes peuvent être pratiquées à domicile, nous insistons toujours pour que les longues périodes soient faites sous surveillance de médecins ou de thérapeutes ayant longuement pratiqué la méthode.
La présente édition est donc une réédition de la première, nous y avons ajouté quelques cas nouveaux tirés de notre pratique, cas dignes d'être relevés ; le chapitre historique a été complété par le résumé d'un manuscrit araméen du temps du Christ traduit par le Dr Ed. Székely. Le jeûne y est recommandé comme moyen thérapeutique et purificateur radical.
Une nouvelle section a encore été ajoutée pour exposer la méthode de jeûne recommandée par le Dr Hanish.
Et maintenant va petit livre! Porte ton message, révèle les lois simples et naturelles de la santé physique et morale et fais le plus d'adeptes possibles à cet idéal de vie sobre, saine et sage!
Les Violettes, Pully-Lausanne, 22 octobre 1949
Dr Ed. Bertholet
DE TOUT temps, les philosophes, les sages et les hygiénistes ont cherché à faire comprendre aux hommes qu'en matière de morale et de santé, le pire ennemi de l'homme était l'homme lui-même.
C'est uniquement pour n'avoir pas voulu, ou pas su, se conformer aux règles élémentaires de la vie sage et saine que la plupart des pauvres humains abrègent leurs jours et se préparent d'abondantes souffrances tant physiques que morales. Sous le fallacieux prétexte de « vouloir vivre sa vie » pour tirer de celle-ci le maximum de jouissance possible, combien de malheureux ont cru pouvoir abuser impunément de tous les plaisirs matériels, trompés par un bien-être et un contentement immédiats mais combien fugaces en regard des désordres organiques et psychiques qu'ils se préparent ainsi pour leur vieillesse anticipée, quand ce n'est pas la mort prématurée qui met une brusque fin à leurs excès et à leurs débordements.
« L'homme, nous dit Taine, a voulu d'un trait, âprement et avidement, savourer toute la vie; il ne l'a point cueillie, il ne l'a point goûtée; il l'a arrachée comme une grappe et pressée, et froissée, et tordue, et il est resté les mains salies, aussi altéré que devant.»
Flourens, qui s'est illustré par ses découvertes dans le domaine de la physiologie, auquel nous sommes redevables d'une excellente étude sur les causes de la longévité humaine, arrive à la même conclusion que : « c'est, en effet, l'ensemble des bonnes habitudes physiques qui fait la santé, comme l'ensemble des bonnes habitudes morales qui fait le bonheur. »
Ce n'est pas une panacée chimique, médicamenteuse ou occulte quelconque qui nous apportera la santé et le bonheur; ces biens précieux ne peuvent être et ne sont en effet que le fruit d'une vie saine et pure tant au physique qu'au moral. Mens sana in corpore sano, l'esprit sain dans un corps sain, est un vieil adage que l'on cite à tout propos; malheureusement la majorité des humains semble ne plus en comprendre l'exacte et dure vérité, ni la profonde philosophie.
Les fautes d'hygiène les plus graves proviennent des excès de toute nature, mais celles dont les conséquences sont les plus désastreuses sont à rechercher notamment dans l'abus des plaisirs de la table et dans le culte excessif des jouissances sexuelles; la gourmandise et la volupté ont abrégé la vie et conduit au tombeau plus d'humains que la guerre, même la plus meurtrière.
La voix des sages de tous les temps nous clame que, pour atteindre la sagesse suprême, l'esprit doit dominer et asservir à son profit la matière ; c'est la seule façon certaine et rationnelle de se procurer des jouissances pures, saines et durables. Il faut « manger pour vivre et non vivre pour manger » nous enseigne avec raison le bon Molière. C'est la même philosophie que nous inculque avec une pointe d'ironie le professeur Edouard Raoux, de Lausanne, lorsqu'il paraphrase le calembour latin : Modicus cibi, medicus sibi. Mange peu, tu seras ton propre médecin, et qu'il écrit : « A quoi sert de se conserver des poires pour la soif, si l'on n'a pas su, par l'hygiène, se conserver de la soif pour les poires. » Les malheurs causés par l'intempérance et la gourmandise sont si répandus, si fréquents que nous trouvons dans chaque langue des adages destinés à mettre le peuple en garde contre ces excès : Der Mensch gràbt sein Grab mit seinen Zàhnen ; l'homme creuse sa tombe avec ses dents, nous dit un proverbe allemand, proverbe que le Dr Dewey croit d'origine américaine, preuve qu'il s'applique tant aux Germains qu'aux Américains.
La modération chez les anciens était cultivée à l'égal d'une vertu primordiale; Hérodote nous apprend que deux repas par jour étaient considérés par les sages de son époque comme tout à fait suffisants. Socrate appelait « barbares » ceux qui croyaient devoir manger plus de deux fois par jour; de notre temps, le Dr Dewey, à la suite de ses consciencieuses études sur le sujet, en arrive à émettre la même opinion.
Les Perses, d'après Hérodote encore, n'auraient eu l'habitude de prendre qu'un seul repas par jour, d'où leur endurance et leur vitalité toutes particulières.
Enfin pour clore cette revue rapide des méfaits de l'intempérance, citons cette réflexion, on ne peut plus judicieuse, du Dr G. DurviUe :
« Pour moi, c'est ce que mangent nos concitoyens qui constitue un régime, c'est même un vrai régime pour devenir malade. »
Pour remédier à ces maux, il faut donc apprendre dès le jeune âge à maîtriser ses passions et sa gourmandise, et, lorsque, malgré tout, on a enfreint les lois de la vie saine et sage, il faut, par la tempérance et par le jeûne, nettoyer son corps et son esprit de toutes les impuretés engendrées par ces dérèglements.
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Chapitre premier
Ancienneté et généralité de la pratique du Jeûne
ÈS LA plus haute antiquité on reconnut bien vite que la meilleure méthode pour se préserver des maladies était la pratique de l'abstention alimentaire pour un temps plus ou moins prolongé. Le jeûne est le procédé de choix permettant un rapide et sûr nettoyage de l'organisme, cela par des moyens simples conformes aux lois de la nature et de la saine physiologie ; son efficacité contre la maladie est telle que tout animal souffrant, guidé par son instinct, s'y soumet de lui-même et refuse de manger tant que les symptômes morbides sont aigus ; nos frères inférieurs, plus raisonnables en cela que beaucoup d'humains, voire même de médecins, nous donnent ainsi un exemple de conduite diététique des plus sages.
Afin de lui donner force de loi, les fondateurs des religions, qui furent aussi des hygiénistes avertis, ont tous incorporé le jeûne dans les prescriptions du rituel ; ces jeûnes figurent encore sur la liste des observances de presque toutes les religions actuelles, mais il est triste de constater qu'ils sont de moins en moins observés d'une façon stricte et effective et que la majorité des fidèles n'en comprend plus le sens pratique, purificateur et moral.
Cette incompréhension s'étend même aux membres du clergé qui semblent, pour la plus grande majorité, avoir perdu la connaissance effective des possibilités et de l'utilité de jeûnes prolongés ; ainsi nous trouvons dans un des ouvrages de l'« Encyclopédie théologique » de l'abbé Migne : le Dictionnaire historique de la Bible, rédigé par le père Dont Augustin Calmet, revisé et complété par l'abbé A. F. James, un article sur le jeûne qui est typique à ce point de vue ; nous y lisons entre autres :
« On ne saurait assez s'étonner de l'extrême relâchement qui est arrivé dans le jeûne parmi les chrétiens, surtout dans l'Eglise latine. »
De plus, ces auteurs ne paraissent considérer le jeûne que comme une pratique de mortification, ils laissent trop dans l'ombre sa valeur purifiante tant corporelle que spirituelle : « Le jeûne a été de tout temps et parmi toutes les nations un exercice usité dans le deuil, dans la douleur, dans la tristesse. » Tel est l'angle sous lequel ils l'envisagent en se privant de toute nourriture et de toutes boissons), goûte la joie de sentir les sources de la sagesse se déverser du cur sur les lèvres. » Mais encore faut-il que cette pratique soit faite en toute conscience pour porter tous ses fruits : « C'est un bien pour vous de jeûner, surtout si vous le faites avec compréhension. »
Lorsque les musulmans se rendent en pèlerinage à La Mecque ils sont astreints à trois jours de jeûne durant le voyage d'aller et à sept jours pendant le retour.
Voici un précepte extrait du Coran qui mérite d'être médité tant par les chrétiens que par les fidèles d'Allah :
« La diète est le remède de premier ordre ; l'estomac est le réceptacle des maladies ; on ne possède jamais la santé en remplissant son estomac ; il ne faut pas s'épuiser par la nourriture et la boisson ; manger trop est le père de tous les maux ; le régime est le père des remèdes. »
Le Dr P. de Régla, ayant longtemps vécu à Constantinople, y fit la connaissance d'un sage musulman, le Khôdja Orner Haleby, abou Othmân, dont il devint le disciple ; il traduisit et adapta en français son remarquable ouvrage « El Ktab, le Livre des choses connues et cachées »; on trouve dans ce volume de nombreux passages où les bienfaits du jeûne et de l'abstinence sont parfaitement mis en valeur : « Gouvernez et modérez votre ventre, dit-il, car c'est lui qui mine le corps, qui engendre les maladies, qui fait négliger la prière. » Pour lui, le médicament par excellence, c'est la faim et, la cause de la maladie : « c'est entasser nourriture sur nourriture, charger un repas sur un autre ». Il s'appuyait encore sur les paroles du Prophète : « Le vrai croyant ne mange que pour un intestin, le mécréant mange pour sept intestins. La sagesse et la raison ne sauraient être compatibles avec un estomac chargé de nourriture. »
A l'heure actuelle la pratique d'un jeûne de quarante jours est encore très en honneur chez les Soufis.
Parmi les religions modernes qui ont conservé des souvenirs du passé, mais combien affaiblis et déformés, nous citerons les bouddhistes, les catholiques, les orthodoxes avec leurs périodes de carême,, leurs jours maigres où l'on se croit obligé de remplacer la viande défendue par d'abondant;s plats de poissons variés!
Les Israélites ont leurs jeûnes nationaux : Purim et Jom-Kipour, soit une abstinence totale de vingt-quatre heures.
Les mahométans ont le Ramadan et de nombreuses prescriptions rituéliques hygiéniques concernant les ablutions fréquentes, une gymnastique éminemment salutaire consistant en de nombreuses génuflexions, enfin de multiples restrictions alimentaires des plus profitables pour les fidèles qui les respectent et les mettent en pratique.
Nous pouvons donc conclure de cette revue succincte que les fondateurs de religions et les sages de tous les temps ont considéré.
le jeûne comme un facteur utile et nécessaire, capable de purifier le corps et de fortifier l'esprit en le dégageant des liens de la matière; aussi est-ce forts de cette constatation que nous pourrons aborder l'étude de la valeur thérapeutique remarquable de cette pratique si simple ; nous terminerons ce chapitre par une réflexion très juste du Dr Möller : « L'idée fondamentale qui est à la base du jeûne religieux est celle d'une pénitence que l'on s'inflige pour ses fautes passées et l'on estime qu'en ce faisant, on se purifie; cette pensée peut parfaitement être adaptée au raisonnement médical, et nous verrons que le jeûne est également un paiement pour les péchés perpétrés aux dépens de l'hygiène corporelle. »
Chapitre II
Quelques considérations sur la longévité humaine
LA VIE est le bien le plus précieux de l'homme et, cependant, malgré la peur instinctive de la mort, c'est le bien qu'il gaspille avec le plus de facilité, sans souci des tristes lendemains qui apporteront la maladie ou même une mort prématurée. Nous sommes, en effet, tellement accoutumés à notre condition de vie précaire et anormale que nous ne pensons plus à nous étonner de voir disparaître à la fleur de l'âge la plus grande majorité de nos concitoyens ; nos idées sur la possibilité de la longévité humaine sont faussées à tel point que nous nous estimons très heureux, voire même privilégiés, lorsque nous arrivons à dépasser 60 à 70 ans. Un centenaire est chose si rare, si remarquable que nous lui faisons l'honneur de le mentionner dans nos journaux comme un fait extraordinaire, j'allais dire anormal. Et pourtant, ne trouvons-nous pas dans la Bible, un livre dont l'autorité devrait faire loi parmi les nations chrétiennes, que « les jours de l'homme seront de 120 ans » (Genèse, 6. 3).
Nous allons étudier maintenant plus en détail, à la lumière de nos connaissances actuelles, quelle devrait être la durée de la vie chez l'homme normal, vivant selon des lois saines et naturelles.
Flourens considère que la vie humaine peut être divisée en deux périodes : croissance et décroissance ; la première période dite ascendante comprend l'enfance et la jeunesse, la deuxième période de décroissance, l'âge viril et la vieillesse.
Entre ces deux périodes, il nous semble indiqué et plus judicieux d'intercaler une phase de stabilité correspondant au premier âge viril, moment de la plus grande force de production et de réalisation de l'individu.
Nous résumerons avec Flourens les phases de la vie en un tableau dont les chiffres approximatifs sont suffisants pour nous donner une idée générale des différentes périodes de la vie humaine; il est bien entendu que ces moyennes peuvent subir des modifications selon les races et les climats.
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Première enfance ... de o à 10 ans Croissance rapide. Adolescence » 10 à 20 » Formation, puberté. Première jeunesse . . » 20 à 30 » Période d'ossification des épiphyses. Deuxième jeunesse . . » 30 à 40 » Grande activité, stabilité. Premier âge viril ... » 40 à 55 » Pleine force, grande stabilité. Deuxième âge viril . . » 55 à 70 » Persistance d'une certaine force avec début de décroissance. Première vieillesse . . » 70 à 85 » Décroissance. Deuxième vieillesse . . » 85 à 100-120 et plus Déchéance et mort.
Combien peu de nos contemporains suivent l'évolution normale indiquée par ce tableau ! C'est le cas de dire avec Virgile : Rari nantes in gurgite vasto ! (Quelques rares naufragés flottant çà et là sur le vaste abîme !)
Flourens était arrivé à la même conclusion mélancolique lorsqu'il s'écriait :
« La plupart des hommes meurent de maladies ; très peu de vieillesse proprement dite. L'homme s'est fait un genre de vie artificiel, où le moral est plus souvent malade que le physique, et où le physique même est plus souvent malade qu'il ne le serait dans un ordre d'habitudes plus sereines, plus calmes, plus constamment et plus judicieusement laborieuses. »
C'était en l'an 1854 que cet éminent physiologiste croyait devoir pousser ce cri d'alarme ; que dirait-il s'il pouvait contempler la manière de vivre tant matérielle que morale des hommes du XXe siècle ?
Pour fixer la date approximative de la mort physiologique de 100 à 120 ans, Flourens n'a pas pris un chiffre arbitraire; il est d'accord en cela avec d'autres physiologistes et savants de son temps ; Buffon, de Haller, entre autres, assignent à l'homme et aux animaux une durée de vie d'environ cinq fois la période d'ossification des os longs; Hufeland estime même que cette durée peut être de huit fois la période précitée.
En se basant sur le premier chiffre on peut établir le tableau suivant:
La soudure des os se fait en moyenne chez le :
Lapin à 1 année, sa vie moyenne est de 5 à 8 ans Chat à 1 an, sa vie moyenne est de 9 à 10 » Chien à 2 ans sa vie moyenne est de 10 à 12 » Lion à 4 ans sa vie moyenne est de 20 ans Buf à 4ans sa vie moyenne est de15 à 20 » Cheval à 5 ans sa vie moyenne est de 25 ans Chameau à 8 ans sa vie moyenne est de 40 ans Eléphant à 30 ans sa vie moyenne est de 100 à 150 » Homme à 20-30 ans, sa vie moyenne devrait donc être de 100 à 125 ansEt ces chiffres ne sont qu'une approximation; ils peuvent encore être dépassés par des sujets particulièrement sains et vigoureux, affirment nos auteurs.
Ce tableau est de nature à nous plonger dans d'amères réflexions ; elles ne tournent nullement à l'avantage de l'homme, qui, dans sa vanité, s'estime être le roi des animaux, alors qu'il ne sait pas vivre une vie normale à l'égal de ses frères inférieurs.
C'était aussi l'avis de Buffon qui s'y connaissait bien en matière d'histoire naturelle : « L'homme périt à tout âge, constate-t-il avec tristesse, au lieu que les animaux semblent parcourir d'un pas égal et ferme l'espace de la vie. »
Pour Hufeland, avons-nous déjà dit, le multiplicateur serait de huit, ce qui nous donne pour l'homme une possibilité de vie de deux siècles; chiffre qui pourra surprendre plus d'une personne, non au courant de la question. « En résumé, dit-il, on peut donc affirmer avec la plus grande vraisemblance que l'organisation humaine et la force vitale sont capables de procurer à l'homme une durée de deux cents ans. Cette faculté de vivre aussi longtemps existe donc, d'une manière absolue, dans la nature humaine. »
Hufeland, qui vécut de 1762 à 1836, mourut à 74 ans des suites d'une prostatectomie, opération toujours très dangereuse; premier médecin du roi de Prusse, on le considérait comme un des savants les plus érudits de son temps; il consacra une grande partie de sa vie à l'étude des questions d'hygiène et composa notamment un important ouvrage consacré à l'étude de « la Macrobiotique ou l'art de prolonger la vie ».
« Ce qui caractérise la macrobiotique, dit le Dr J. Pellagot, traducteur et commentateur français de cette uvre magistrale, c'est une science saine, sûre et honnête, consacrée tout entière à un noble but, celui de permettre aux hommes d'atteindre les limites extrêmes assignées à leur existence, et d'obtenir ce résultat en fortifiant leurs forces physiques et morales... Selon Hufeland, la bonne discipline des facultés intellectuelles exerce sur la santé une influence non moins considérable que le bon emploi des forces matérielles et, dans les principes qu'il enseigne et regarde comme favorables à la propagation de la vie, il ne sépare jamais ces deux éléments. »
Hufeland estime que de son temps « les hommes ont trouvé le moyen de se vieillir avant l'âge et qu'on voit journellement des gens, de 40 à 50 ans, avoir l'aspect de la vieillesse et en présenter tous les caractères. » II insiste à plusieurs reprises sur le fait que cette vieillesse est loin d'être un processus naturel et qu'elle est le symptôme d'une décrépitude prématurée et anormale. La situation ne semble guère avoir beaucoup changé depuis un siècle où ces sages conseils ont été prodigués, semblables en cela à la Voix qui clame en vain dans le désert! A l'appui de ses affirmations, Hufeland rapporte l'exemple de nombreux centenaires et il reproduit la statistique dressée en 1799 par Easton qui recueillit alors les observations de plus de 1800 personnes ayant dépassé le siècle. Les cas de longévité se répartissent comme suit :
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de 1oo-11o ans, il a trouvé .... 1310 cas
110-120 » » » .... 277 »
120-130 » » » .... 84 »
130-140 » » » .... 26 »
140-150 » » » .... 7 »
150-170 » » » .... 5 »
170-185 » » » .... 3 »
Des auteurs plus modernes, le Dr Ch. Vidal, entre autres, portent à plus de 4000 le nombre des centenaires connus et bien observés aujourd'hui.
Et pour nous prouver que ces longévités étaient encore en possession d'une provision de force et de santé respectables, Hufeland nous rapporte de nombreux traits de leur vie; nous allons le suivre dans cette voie intéressante.
L'Ecossais Kentigern, fondateur de l'évêché de Glascow, plus connu sous le nom de saint Mungo, mourut à 185 ans en possession, disent les chroniques du temps, de toutes ses facultés cérébrales; c'est aussi ce que nous confirme une inscription que l'on peut lire sur sa pierre tombale.
En Angleterre, nous trouvons encore des documents précieux sur plusieurs centenaires : J. Effingham mourut à Cornwallis dans sa 144e année; Helena Gray, morte à 105 ans, aurait même eu quelques années avant sa mort une poussée de nouvelles dents; Catherine, comtesse de Desmond, mourut dans sa 141e année; Bacon qui eut l'occasion de la suivre et de l'observer mentionne également comme fait notoire chez cette centenaire un renouvellement de la dentition à un âge avancé. En 1670 mourait dans le comté d'York un certain Henri Jenkins dont l'âge de 169 ans put être établi par une pièce officielle indiscutable; en effet, il se trouvait aux archives de la Chancellerie de la Cour de justice un acte datant de 1530 mentionnant qu'il avait comparu à cette époque, soit 140 ans avant sa mort, qu'il était âgé déjà de 29 ans et qu'il avait prêté serment devant les juges. La chronique nous apprend qu'il s'adonna à la culture des champs jusqu'à l'âge de cent ans, et qu'à partir de cette période il vécut de la pratique de la pêche, nageant à l'occasion dans les cours d'eau rapides avec encore une remarquable vigueur. L'année de sa mort il s'était même rendu à pied aux assises du comté distantes de plusieurs lieues de son logis.
Enfin le plus notoirement connu de tous les centenaires de ce pays est sans contredit le fameux Thomas Parr (Park selon certains auteurs) ; son nom figure souvent dans la littérature comme prototype du longévité : le vieux Parr (old Parr) est pour tout bon Anglais le symbole de la vitalité de la race.
Parr était un pauvre paysan vivant de son pénible travail ; il naquit dans la paroisse d'Alberbury (Shropshire) en l'an 1483. Il vécut sans (p.19) grand faste jusqu'à l'âge de 101 ans, âge à partir duquel il entre dans l'histoire d'une façon assez répréhensible ; la chronique judiciaire nous apprend, en effet, qu'à cette époque on avait dû le condamner pour outrages aux murs et qu'on lui avait imposé une pénitence publique à la porte d'une église pour avoir séduit une jeune fille dont il eut un enfant; l'histoire, en son temps, fit assez de bruit, même à l'étranger, puisqu'elle nous est confirmée par un contemporain français, M. de Longeville Harcovet.
A l'âge de 120 ans, Parr trouva indiqué de se remarier avec une veuve qui se déclara très satisfaite de la conduite maritale de son vieil époux. « Jusqu'à 130 ans, rapporte Hufeland, il faisait tout le travail de la maison; c'était lui qui se chargeait de battre le blé. » Quelques années avant sa mort il jouissait encore de toutes ses facultés ; vif était son esprit, l'ouïe toujours bonne ; sa force remarquable faisait l'étonnement de tous ses contemporains. Sa nourriture habituelle consistait principalement en pain noir, fromage, lait et petit-lait.
De Longeville Harcovet est l'auteur d'un petit traité rarissime, paru en 1716, dont le titre : Histoire des personnes qui ont vécu plusieurs siècles, lui fut probablement suggéré par la connaissance particulière qu'il eut de la vie de notre héros; De Longeville parle, en effet, avec force détails, du fameux Parr ; il nous raconte qu'il tenait ses renseignements spéciaux sur ce phénomène directement de Jacques II, roi d'Angleterre et fils de Charles Ier à la cour duquel Parr fut présenté le 9 octobre 1635 par le comte d'Arundell. Il nous apprend qu'à cette époque Parr avait déjà vu dix rois et reines se succéder sur le trône d'Angleterre. «Parr, nous dit-il encore, mourut seize ans après à Londres, le 24 novembre 1651, sans douleur à 169 ans; l'ouverture de son corps présenta des viscères fort sains, les seuls poumons étaient noyés dans le sang. »
D'après Hufeland, une autre version veut que ce longévité soit mort seize ans plus tôt, soit le 16 décembre 1635, peu de temps après son arrivée à la cour d'Angleterre ; habitué à la sobriété d'un modeste campagnard, les banquets plantureux de la table royale furent sa perte; ayant mangé trop copieusement lors d'un repas de nuit, il eut une telle indigestion qu'il en trépassa. Cette dernière version paraît assez probable, plus plausible que celle de Longeville qui semble trop vouloir ménager la susceptibilité de son royal narrateur; il désire éviter ainsi que la mort de ce centenaire soit mise sur le compte d'agapes trop copieuses offertes par le roi. William Harvey qui en fit l'autopsie trouva tous les organes en excellent état, exception faite pour « les vaisseaux du cerveau » qui étaient légèrement durcis ; de ces constatations il ressortait à l'évidence qu'il était donc bien mort d'accident (indigestion) et non de vieillesse. On lui fit l'honneur de l'inhumer à Westminster-Abbay en compagnie des souverains et des hommes illustres de son pays. (p. 20 )
Le souvenir du passage du vieux Parr à la cour d'Angleterre est illustré dans le double quatrain que lui consacra un admirateur enthousiaste :
Au vieux Parr, cet Anglais qui connut tant de jours,
Le roi Charles premier adressa ce discours :
Tu vécus au-delà des âges vraisemblables ;
Mais qu'as-tu fait de plus qu'aucun de tes semblables !
A cette gratuite et sotte dureté,
L'Ancêtre répondit avec simplicité:
J'aurai fait seulement plus longue pénitence.
Charles baissa la tête et garda le silence.
Les membres de la famille Parr ont eu le bonheur d'hériter une provision de force vitale et de résistance particulièrement grande; en effet, sa petite-fille est morte à Cork à l'âge respectable de 103 ans.
De nombreux longévités dont plusieurs ont largement dépassé le siècle sont mentionnés par tous les auteurs qui se sont occupés de la question; on en trouve le récit détaillé dans les ouvrages de Jean Finot, du Dr M.-A. Legrand et du Dr Ch. Vidal auxquels nous renvoyons ceux qui désireraient se renseigner plus complètement sur la durée possible de la vie humaine.
La plupart du temps les auteurs insistaient sur le fait que nombreux sont les centenaires doués encore d'une verdeur spirituelle et d'une vigueur corporelle étonnantes; témoin le physicien Chevreul (1786-1889) qui, à 103 ans, faisait une communication sur ses travaux à l'Académie des Sciences.
Jean Finot cite un cas bien observé et tout à fait contemporain d'un centenaire américain, nommé John Shell; en 1919 il célébrait son cent trente et unième anniversaire, encore en pleine possession de tous ses moyens; né en 1788, il se maria à 19 ans et vécut quatre-vingts ans avec sa femme dont il eut vingt-neuf enfants ; le plus âgé vit encore, en passe de devenir lui-même centenaire. Il se remaria à l'âge de 125 ans et aurait eu un enfant de cette union. « Il porte allègrement ses cent trente ans, jouit d'une vue excellente et ne se plaint d'aucune infirmité spéciale. Il monte encore à cheval et fait souvent jusqu'à trente kilomètres par jour. »
« Il attribue sa longévité, de même que sa santé, à son travail ininterrompu pendant toute sa vie. A l'occasion de la fête de son cent trentième anniversaire, qui lui fut offerte par sa ville natale, Shell prononça un discours qui a émerveillé l'assistance par la clarté de ses idées et par son éloquence qui ne trahissait pas le moindre affaiblissement de son raisonnement et de sa voix » (J. Finot).
D'après le Dr Ch. Vidal, ce sont les pays balkaniques qui seraient les plus riches en centenaires, puis viennent les pays latins, enfin les Anglo-Saxons. Voici à ce sujet une statistique établie en 1912 par l'Office impérial d'hygiène à Berlin : (p.21)
Bulgarie 3883 centenaires (soit le 1/1ooo de la population totale)
Roumanie .... 1074 »
Serbie 573 »
Espagne 410 »
France 313 »
Italie 197 »
Autriche-Hongrie . 113 »
Angleterre .... ............92 »
Russie .................. 89 »
Allemagne .... ............76 »
Suisse .....9 »
Les journaux et les illustrés suisses de décembre 1928 reproduisaient la photographie de la doyenne de la Suisse : Mme Sérafino Ressiga, née le 25 avril 1826 à Fusio, petite bourgade située dans le val Maggia (Tessin). Cette vénérable centenaire n'a jamais quitté son village où elle vit avec ses deux filles âgées respectivement de 70 et 75 ans. Mme Ressiga entrait dans sa 103e année ayant encore l'usage de toutes ses facultés, une santé excellente et possédant presque toutes ses dents intactes.
Le Dr M.-A. Legrand termine son étude sur La longévité par quelques conclusions intéressantes que nous allons passer en revue et qui résument assez bien l'état de nos connaissances actuelles sur le sujet :
« De tout temps, il y a eu des longévités. Peut-être même y en a-t-il eu autant sinon plus chez les anciens que de nos jours. » Normalement la longévité devrait être la règle pour tous. »
D'après ses recherches et les statistiques qu'il a dressées, il y aurait depuis le moyen âge une augmentation sensible de la durée de la vie humaine qui se prolongerait de neuf à dix années environ.
« La longévité ne serait nullement l'apanage de certains peuples, de certaines races, pas même de catégories d'êtres privilégiés. On trouve de nombreux longévités partout, à toutes les époques, dans tous les milieux. »
Cette dernière conclusion, quoique juste dans son acception générale, ne laisse pas d'être critiquable dans le détail et peut prêter à confusion; en effet, si l'on trouve des longévités partout et dans tous les pays, la proportion en est très variable et paraît être fonction des conditions de la frugalité des individus. Or, comme en certaines pages, assez faibles d'argumentation, du reste, le Dr Legrand se croit autorisé à rompre une lance en faveur du bon vin de France, naturel et hygiénique, on comprend la nécessité de cette conclusion trop absolue. Pour défendre sa thèse du « bon vin, divin nectar, qui, en réjouissant le cur de l'homme, ne refuserait pas son ministère à quiconque sait en faire un sage et honnête usage », il se voit entraîné à des considérations qui n'ont rien de scientifique; il cite le cas de quelques centenaires qui, non seulement cultivaient la dive bouteille, ce «lait des vieillards », mais faisaient un copieux usage de l'eau-de-vie; tel le Chirurgien lorrain Politiman, qui se grisa jusqu'à sa ii5e année; telle Johanna Obst, àgee de 115 ans, buvant chaque jour également, telle Mme Durand, qui avait un faible pour l'eau-de-vie de marc, ce qui l'aurait conduite, à l'entendre, jusqu'à sa 135e année. Malheureusement pour le Dr Legrand son argumentation est radicalement contre-dite par les nombreuses statistiques des sociétés d'assurance sur la vie qui ont démontre d'une façon péremptoire que les abstinents d'alcool et de boissons fermentées ont une durée moyenne de vie plus longue que les buveurs même modères; fortes de cette constatation ces sociétés accordent aux abstinents des tarifs de faveur, ce qui prouve à l'évidence qu'elles sont bien persuadées de la plus grande longévité des abstinents, car il n'y a pas lieu de croire que, par philanthropie, ces associations financières ont introduit ce tarif de faveur pour abstinents. Que tel ou tel buveur soit parvenu à un âge respectable, c'est très possible, mais combien par contre sont restes en chemin, victimes de leur intempérance; ces faits isoles de longévité de buveurs prouvent une chose, c'est que ces individus etaient doues d'une provision de force vitale exceptionnelle, qu'ils ont misérablement gaspillée en beuveries et qu'ils auraient dépense avec plus d'intelligence et de profit en la mettant au Service de leur développement moral, social et intellectuel; ce que le Dr Legrand ne peut nous dire, c'est l'âge probablement beaucoup plus respectable qu'auraient atteint ces personnes si elles avaient vécu selon les préceptes d'une vie sage, sobre et saine. Du reste, l'auteur est bien force de le reconnaître implicitement lorsqu'il dit: « En effet, un des facteurs qui influe d'une façon particulière sur le maintien de la santé, par conséquent de la longévité, c'est la régularité, dans le sens strict du mot, des habitudes de la vie journalière.» Le groupement qui comprendra le plus de longévités sera d'après lui celui « qui comprendra plus de sages, plus de réguliers de la vie, plus de méthodiques, plus de tempérants et de sobres ».
C'etait aussi l'avis de Victor Hugo qui avait fait graver sur les murs de Hauteville le texte du vieux proverbe :
Lever à six, dîner à dix, Souper à six, coucher à dix, Fait vivre l'homme dix fois dix.
Chevreul estimait être parvenu à son âge avance grâce à sa frugalité et à sa constante bonne humeur.
Pour en finir avec l'étude des centenaires, nous allons consacrer quelques instants à resumer les opuscules, pleins d'idées intéressantes et dignes d'une attention sérieuse, d'un longévité notoire : Louis Cornaro, noble Vénitien. Sous le titre : Conseils pour vivre longtemps, il composa quatre petits traites où il exposa le fruit de sa propre (p.23) expérience; il rédigea la première brochure à l'âge de 83 ans; la deuxième à 90 ans; la troisième à 91 ans et la quatrième à 95 ans; le style alerte et vigoureux de chacune d'elles montre toute la verdeur d'esprit de cet aimable vieillard.
Cornaro est né à Venise en 1467, il mourut à Padoue âgé de plus de cent ans, en 1568. Il nous raconte que dans sa jeunesse il s'était livré, selon la coutume des nobles de son temps, à toutes sortes d'excès, si bien que sa constitution délicate en avait été fortement ébranlée et qu'il était tombé très gravement malade; sa santé était si compromise qu'à 35 ans, les médecins, désespérant de lui, le déclaraient perdu irrémédiablement. Il souffrait alors de douleurs d'estomac intolérables, de violentes coliques, d'accès goutteux avec fièvre lente qui le minaient, le conduisant d'une marche rapide et sûre au bord de la tombe. Seule une vie sobre et réglée, au dire de son médecin de famille, aurait eu des chances d'enrayer sa décrépitude précoce; Cornaro se voyant ainsi condamné à une fin prématurée eut un sursaut d'énergie et rompit radicalement avec ses errements physiques et moraux; il quitta la compagnie des jeunes nobles frivoles et débauchés pour vivre selon les lois de la sobriété la plus austère; le résultat de cette nouvelle méthode de vie ne se fit pas longtemps attendre, il fut quasi merveilleux, il se manifesta par un regain de vie, de force et de santé, partant de bonheur. Cette transformation radicale ne s'accomplit pas sans efforts : « Lorsque je suis parvenu à un âge mûr, je me suis entièrement voué à la sobriété. Il est vrai que ce ne fut pas sans peine que je pris cette résolution, et que je renonçai à la bonne chère. Je commençai par prier Dieu de m'accorder la tempérance, et me mis fortement en tête que, quelque difficile que soit une chose qu'on veut entreprendre, on en vient à bout quand on s'opiniâtre à vaincre ce qui s'oppose à son exécution. Ainsi je déracinai mes mauvaises habitudes, et j'en contractai de bonnes; en sorte que je me suis accoutumé à une vie d'autant plus austère et frugale, que mon tempérament était devenu fort mauvais lorsque je la commençai. »
C'est alors qu'il prit pour devise : «Qui mange peu, mange beaucoup)); donc durant de longues années.
Il nous avoue encore que dans sa jeunesse « il était bilieux, de tempérament déréglé, prompt et colère » ; mais nous apprenons d'autre part de la bouche de sa petite-nièce, qu'à la suite de ce changement de vie, « il eut assez de pouvoir sur lui-même pour vaincre la colère et les emportements auxquels il était sujet ». Or, il est de vérité notoire qu'il n'y a pas de pire poison moral et physique que la colère, la jalousie et l'envie ; ces passions délétères sont non seulement nuisibles à l'âme et à l'esprit, mais elles ont encore un effet des plus pernicieux sur la santé physique ; le Dr Ed. Dewey, dont les théories sur la régénération par le jeûne nous occuperont longuement dans un instant, est du même avis : « La colère est le chaos mental et moral ; c'est une folie passagère; c'est la rancune soulevée en tempête; et
les natures sensibles et excitables ont le plus besoin d'une ample provende de santé pour mieux refréner ces tempêtes humaines. » Cornaro, guidé de même par une intuition saine et sûre, avait fini par réaliser qu'il n'y a pas de santé possible sans un grand calme, une profonde paix et une parfaite sérénité de l'âme. Ecoutons-le plutôt :
« Je suis né fort bilieux, et par conséquent fort prompt; je m'emportais autrefois pour le moindre sujet, je brusquais tout le monde, et j'étais si insupportable que beaucoup d'honnêtes gens évitaient de me fréquenter. Je m'aperçus du tort que je me faisais ; je connus que la colère est une véritable folie, qu'elle nous trouble le jugement, qu'elle nous emporte hors de nous-même, et que la seule différence entre un homme qu'elle possède et un fou furieux, est que celui-ci a perdu l'esprit pour toujours, et que l'autre ne le perd que par intervalles. La vie sobre m'a guéri de cette frénésie; par son secours je suis devenu si modéré et tellement maître de cette passion, qu'on ne s'aperçoit plus qu'elle soit née avec moi. »
Cornaro nous apprend comment à l'âge de 70 ans il fit une expérience intéressante et involontaire qui lui démontra l'excellence de son système de vie; lors d'une promenade en campagne, les chevaux s'étant emballés, sa voiture versa et il fut traîné assez loin avant qu'on pût les arrêter. « On me retira de dessous mon carrosse la tête cassée, un bras et une jambe démis, enfin dans un état pitoyable. » Les médecins consultés ne lui donnaient pas trois jours de vie et voulaient le fortifier par des drogues violentes et une nourriture copieuse; il s'y refusa, car, nous dit-il, « j'étais si certain que la vie réglée que je menais depuis longtemps m'avait empêché de contracter des humeurs dont je dusse craindre le mouvement que je m'opposai à leur ordonnance. Je fus bientôt guéri au grand étonnement des médecins et de tous ceux qui me connaissaient. J'infère de là que la vie réglée est un excellent préservatif contre les maux qui arrivent naturellement et que la débauche produit des effets contraires. »
A 78 ans, sur le conseil de médecins, ses amis, il fit encore une expérience désastreuse qui faillit cette fois lui coûter la vie. Ces esculapes, imbus de leurs théories sur les rations alimentaires, trouvant que le régime de leur ami était trop frugal et insuffisant, le persuadèrent, à force d'arguments scientifiques, d'augmenter sa nourriture de quelques onces par jour pour se fortifier. Au lieu de 12 onces (33O grammes) de solides et de 14 onces (392 grammes) de liquides, il porta respectivement ces quantités à 14 et 16 onces; le résultat ne se fit pas attendre longtemps; au bout de 12 jours il tomba si gravement malade que l'on crut sa dernière heure venue; l'expérience a une telle importance que nous pensons bien faire en la citant telle qu'il nous la narre lui-même :
« Cette augmentation de nourriture me fut si funeste, que, de fort gai que j'étais, je commençai à devenir triste et de mauvaise humeur; tout me chagrinait, je me mettais en colère pour le moindre sujet, et l'on ne pouvait vivre avec moi. Au bout de 12 jours j'eus une furieuse colique qui me dura 24 heures, à laquelle succéda une fièvre continue qui me tourmenta 35 jours de suite et qui, dans les premiers, m'agita si cruellement qu'il me fut impossible pendant tout ce temps-là de dormir l'espace d'un quart d'heure. Il ne faut pas demander si l'on désespéra de ma vie, et si l'on se repentit du conseil que l'on m'avait donné : on me crut plusieurs fois prêt à rendre l'âme; cependant je me tirai d'affaire, quoique je fusse âgé de soixante-dix-huit ans, et que nous fussions dans un hiver plus rude qu'il n'a coutume de l'être dans notre climat. Rien ne me tira de ce péril, que le régime que j'observais depuis longtemps. Il m'avait empêché de contracter de mauvaises humeurs dont sont accablées, dans leur vieillesse, les personnes qui n'ont pas la précaution de se ménager quand elles sont jeunes. Je ne me trouvai point le vieux levain de ces humeurs, et n'ayant à combattre que les nouvelles engendrées par cette petite augmentation d'aliments, je résistai et surmontai mon mal malgré toute sa violence.
» On peut juger par cette maladie et par ma convalescence ce que peuvent sur nous le régime qui me préserva de la mort et la réplétion qui en si peu de jours me mit à l'extrémité. »
Cornaro déplore que, pour les hommes de son siècle, « la profusion des mets soit à la mode. Cette profusion passant pour le signe de la magnificence, de la générosité et de la grandeur, tandis que la frugalité est synonyme de petitesse, d'avarice. » II revient à plusieurs reprises sur cette idée, car il y voit une cause importante de la généralité de l'intempérance. « Cette erreur nous a tellement séduits, qu'elle nous fait renoncer à une vie frugale, enseignée par la nature dès le premier âge du monde, et qui conserverait nos jours, pour nous jeter dans des excès qui en abrègent le nombre. Nous sommes vieux, sans avoir pu goûter le plaisir d'être jeunes : le temps qui ne devrait être que l'été de la vie, est souvent le commencement de son hiver. On s'aperçoit qu'on n'est plus si robuste, on sent les approches de la caducité, on décline avant d'être arrivé à sa perfection. Au contraire, la sobriété nous maintient dans l'état naturel où nous devons être : nous sommes jeunes plus longtemps, l'âge viril est accompagné d'une vigueur qui ne commence à diminuer qu'après beaucoup d'années. Il faut le cours d'un siècle pour former des rides et des cheveux blancs. Cela est si vrai, que, lorsque la volupté avait moins d'empire sur les hommes, ils avaient à quatre-vingts ans plus de force et de vitalité, qu'ils n'en ont présentement à quarante. » Et c'est encore par un hymne enthousiaste à la Sobriété qu'il termine son premier discours :
« O sainte et salutaire Sobriété ! Puissant secours de la nature ! Nourrice de la vie! Véritable médecine du corps et de l'âme! Combien l'homme doit-il te donner de louanges, et sentir de reconnaissance de tes bienfaits, puisque tu lui fournis les moyens de gagner le ciel, et de conserver sur la terre sa vie et sa santé! »
Notre centenaire tient particulièrement à répondre à l'objection des viveurs et de toutes les personnes esclaves des jouissances matérielles, estimant qu'il vaut mieux vivre dix ans de moins et ne pas se priver de ce qu'ils pensent être les seuls vrais biens terrestres. Voici la réponse de Cornaro qui n'a certes pas perdu de son actualité : (p.26)
« Hélas ! Ils ne connaissent pas le prix de dix années d'une vie saine dans un âge où l'homme peut jouir de toute sa raison et profiter de toutes ses expériences, dans un âge où l'homme peut paraître véritablement homme par sa sagesse et par sa conduite, enfin dans un temps où il est en état de recueillir les fruits de ses études et de ses travaux.
«Pour ne parler que des sciences, il est certain que les meilleurs livres que nous avons ont été composés dans ces dix dernières années que les débauchés méprisent; et que les esprits se perfectionnent à mesure que les corps vieillissent; les sciences et les arts auraient beaucoup perdu, si tous les grands nommes avaient abrégé leurs jours de dix ans. »
Enfin, dans une belle envolée lyrique, il célèbre en son quatrième discours, composé à 95 ans, les bienfaits et les jouissances qui sont la récompense d'une vie sage, saine et sobre :
« Je jouis donc parfaitement de cette vie mortelle, grâce à la sobriété qui est infiniment agréable à Dieu, parce qu'elle est la protectrice des vertus et l'ennemie irréconciliable des vices; et je jouis par anticipation de la vie éternelle, en pensant si souvent au bonheur dont elle doit être accompagnée, que je ne songe quasi plus à autre chose. J'envisage la mort comme un passage nécessaire pour arriver au ciel.
» II n'y a personne qui ne puisse espérer une semblable félicité, s'il veut vivre comme moi; car enfin, je ne suis ni un saint, ni un ange; je suis un homme, et le serviteur d'un Dieu, à qui la vie réglée est si agréable qu'il récompense dès ce monde ceux qui la pratiquent. »
Nous quitterons maintenant Cornaro, dont nous avons cru devoir donner de nombreux extraits, vu la rareté de sa brochure et vu l'importance des conseils qu'il nous adresse en connaissance de cause; toutefois avant de nous séparer de notre remarquable vieillard, nous livrerons encore un de ses conseils à la méditation du lecteur :
« Quand un médecin désintéressé, dit-il, va voir un malade, qu'il se souvienne de lui recommander la diète. Il est certain que si tout le monde vivait règlement et frugalement, il y aurait si peu d'infirmes qu'on n'aurait presque point besoin de remèdes. On serait soi-même son médecin et l'on serait convaincu qu'on ne peut en avoir de meilleur. »
C'est encore l'avis de tous les hygiénistes naturistes et de tous ceux qui se sont donné la peine d'étudier impartialement et sans parti pris les lois de la vie.
De tout ce qui précède se dégage la conviction déjà irréfutable que la vie humaine peut être prolongée et entretenue par la pratique de la sobriété en toutes choses, par la diète rationnelle et par le respect des lois immuables de l'hygiène naturelle.
L'existence, telle que nous la menons actuellement, est illogique, contraire aux règles élémentaires de la morale et de la physiologie, ce qui fait que nous parcourons à peine la moitié du chemin de la vie, tel qu'il nous a été assigné par la Nature.
Au lieu de conserver et d'entretenir, par une conduite sage et sobre, le capital vital que nous avons reçu en héritage à notre naissance, nous nous appliquons à le gaspiller, à le dilapider par frénésie de jouissances grossières et sans lendemain, jouissances qui nous laissent moralement appauvris, physiquement affaiblis, vieillis et ratatinés prématurément.
Or, l'homme ne réalise pas assez que ce capital vital dont il a reçu la gestion ne lui appartient pas en propre, que tôt ou tard, le Créateur nous demandera compte de l'emploi que nous en aurons fait pour le bien ou pour le mal; notre premier devoir, le plus direct, le plus impérieux, c'est de transmettre intact à notre descendance ce capital sacré, sans l'amoindrir en aucune façon par nos débordements. Combien peu de pères et de mères modernes sont conscients de cette énorme responsabilité? Le nombre de tares et de dégénérescences héréditaires, par blastophthorie1 ou blastotoxie 2 que l'on relève à l'heure actuelle chez les enfants, démontre à l'évidence quelle inconscience préside à l'acte sacré de la procréation.
Il est bon de ne jamais l'oublier : en matière d'hérédité et de santé, la nature est inexorable; tôt ou tard elle nous demande compte de la façon dont nous avons utilisé notre capital vital, et, sachons-le bien, toutes les fautes contre la morale et l'hygiène se payent un jour ou l'autre en entier, l'échéance peut en être plus ou moins retardée, mais elle n'en est pas moins fatale et inéluctable ; il n'y a là aucune exagération ou vue mystique de l'esprit, mais un fait brutal dont pourra se convaincre toute personne voulant se donner la peine d'observer et de réfléchir.
Pour alléger cette échéance et l'éloigner le plus possible nous ne saurions trop recommander la lecture et la méditation de deux ouvrages du Dr P. Carton, médecin naturiste éminent : Les lois de la vie saine et La vie sage, dont le meilleur éloge qu'on en puisse faire est d'exprimer le désir de voir figurer ces livres dans la bibliothèque de chaque famille. Les aperçus profonds et les conseils judicieux que chacun peut puiser dans ces écrits sont de nature à faciliter la conduite d'une vie saine, tant physique que morale.
Ceux que la question de la vieillesse intéresse plus spécialement trouveront dans le livre du professeur A, Lacassagne une foule de renseignements variés sur la longévité et les vieillards, jugés par les philosophes, les littérateurs et les artistes, sur l'esprit, le cur et le
1 Blastopbthorie, terme créé par Ford pour désigner la détérioration et la destruction des éléments reproducteurs par des facteurs ou substances produisant un empoisonnement chronique de ces éléments.
2 Blastotoxie, terme créé par Nicloux pour désigner le même empoisonnement, mais aigu, à la suite de l'absorption d'une dose uniqik, de poison. Le prototype de ces poisons est l'alcool sous toutes ses formes et l'inconduite qui amène à sa suite un affaiblissement des glandes reproductrices, par surmenage, quand le terrible virus syphilitique ne vient pas encore aggraver la situation.
caractère des longévités, sur l'hygiène de la vieillesse. « Les médecins et les vieillards instruits, dit-il, sont des curieux toujours désireux d'apprendre. Si nous avons réussi à rendre intéressante, digne de secours, de protection, la situation des vieillards, nous serons récompensés de nos efforts. » Tel est de l'aveu même du Dr Lacassagne, le but de La verte vieillesse et l'esprit dans lequel cet ouvrage fut composé.
(p.29)
Chapitre III Quelques considérations sur la vie
NOUS sommes naturellement amenés à nous poser quelquesquestions sur la nature essentielle de la vie et sur la modalité de ses lois. Ces problèmes, qui de tout temps ont préoccupé les hommes, touchent aux plus profonds arcanes de la nature ; leur solution dépend autant, si ce n'est plus, de la philosophie et de la métapsychique que de la science pure; et l'angle sous lequel la question est envisagée peut orienter vers le bonheur ou vers le malheur toute l'existence d'un individu, voire même de nations et de races entières.
Nous pouvons ramener à trois grandes catégories les réponses données à ce problème d'importance capitale par les prêtres des religions, par les philosophes ou par les savants : la vie peut être envisagée et définie en partant de conceptions matérialistes, spiritualistes ou unitives de l'univers.
Les matérialistes ou mécanistes ne veulent voir dans la vie qu'un simple jeu de forces physico-chimiques aveugles. Seule la matière existe en réalité; l'esprit, la pensée, notre activité psychique et sociale ne sont que le produit de sécrétions des cellules cérébrales, conditionnées par de simples réactions physico-chimiques. Cette théorie, supprimant donc toute liberté individuelle, annule du même coup toute responsabilité morale ou sociale de l'individu, jouet de forces inconscientes.
La propagation de cette doctrine, néfaste dans son absolutisme y nous a valu le culte exclusif des jouissances personnelles, grossièrement matérielles et immédiates, avec son corollaire inévitable : le culte dégradant du veau d'or; c'est le mammonisme avec son cortège de passions non refrénées qui amène à sa suite de multiples catastrophes, morales et sociales : entre autres les trop néfastes guerres de: 1914 et de 1939 qui n'en furent pas un des moindres effets; nous lui devons aussi en grande partie l'explosion de révolutions sanglantes et même la floraison délétère de la prostitution réglementée. Cette doctrine matérialiste a donné jour également à des théories médicales et à une thérapeutique grossièrement physique et chimique, en opposition absolue avec les règles de la vraie médecine s'inspirant de l'observation saine des lois naturelles. Voici à ce sujet l'opinion autorisée du Dr P. Carton :
« Cette doctrine de l'évolutionnisme athée, qui règne en maîtresse à l'heure actuelle et par laquelle trop d'esprits scientifiques se sont laissé contaminer de nos jours, est la plus décevante et la plus démoralisante des hypothèses. En n'envisageant la vie que comme un simple conflit d'actions et de réactions des énergies matérielles, elle a conduit au culte exclusif de la force orgueilleuse et brutale, et au mépris du droit et de l'amour universels. Elle a engendré le nihilisme intellectuel et la décadence morale. Elle a fait se déchaîner des instincts de jouissance matérielle effrénée et d'égoïsme féroce. A quoi bon peiner et aimer son prochain, puisque le plaisir du moment résume la fin des choses ? De plus elle fait concevoir les inégalités d'évolution individuelle comme autant d'injustices du sort; elle a proclamé une égalité non pas originelle, mais présente, qui a fait rejeter les principes de hiérarchie et de discipline, bien qu'ils agissent pourtant dans la nature entière. Enfin, en n'assignant d'autre but à l'existence que la totale satisfaction des besoins matériels, elle a conduit aux écarts de conduite et de régime alimentaire, qui sont la cause dominante de la recrudescence des maladies et des dégénérescences mentales de notre époque. »
Pour les spiritualistes, l'homme est un composé double : la vie de l'esprit ou de l'âme, impérissable d'une part et la vie matérielle du corps, périssable d'autre part. Cette doctrine poussée à l'excès produit un divorce regrettable, quand ce n'est pas un antagonisme hostile et irréductible, entre les enseignements divergents de la religion et de la science dont les protagonistes se sont tour à tour copieusement anathématisés. « La religion doit anéantir la science parce que la science est l'ennemie de la religion », proclame le pape Paul IL II n'y a de bon que les enseignements de la science, rétorquent Ed. Daanson et ses pareils qui, paraphrasant Nietzsche, s'écrient : « II n'y a qu'une divinité qu'il faut aimer sur terre, c'est la Science, la grande rédemptrice qui chercha et qui cherche toujours à améliorer le sort de l'humanité. » Une telle attitude de part et d'autre n'est pas faite pour amener le règne de la paix et de l'entente fraternelle parmi les hommes, tant s'en faut.
Les spiritualistes purs estiment qu'il est superflu de s'occuper de la vie du corps, cette guenille périssable, alors qu'il faut vouer tous ses soins à la culture et au développement de l'âme, seul corps spirituel impérissable et éternel. Inutile de formuler des règles d'hygiène et de les suivre puisque nous sommes les jouets d'un Dieu, pouvant, selon son bon vouloir, rétablir sans autres notre santé compromise par nos fautes ; au surplus on ne peut avoir que mépris pour ce corps matériel et grossier qui est une entrave au développement exclusif et lumineux de l'âme. Cette conception spiritualiste outrée a favorisé et entretenu l'épanouissement d'un mysticisme étroit, sectaire, qui a perdu de vue les nécessités immédiates de l'existence terrestre; erreur regrettable, car cette conception ne prédispose pas à l'action humaine sociale et
fraternelle, mais erreur cependant moins funeste dans ses résultats finals que le matérialisme pur. Le spiritualisme, incitant les hommes à renoncer aux biens et aux jouissances matériels, refrène au moins le déchaînement des appétits grossiers et brutaux.
Reste enfin les adeptes de la doctrine unitive, dont les croyances sont de nature profondément religieuse; ils enseignent en effet que l'esprit et la matière sont d'essence identique, que ces deux forces proviennent toutes deux de la même source primordiale d'énergie universelle : Dieu.
Forts de cette conviction, les unitifs peuvent s'accorder et ont toujours communié avec les fidèles sincères et convaincus de toutes les religions; négligeant les questions de dogmes qui divisent, ils ne voudraient voir parmi les hommes qu'une commune croyance en l'existence d'une Force créatrice et directrice de l'univers : Dieu, et la certitude commune également de l'immortalité du Moi supérieur, vivifié par l'Esprit impérissable. C'est une doctrine qui élève l'homme jusqu'aux sommets de la tolérance la plus large et la plus fraternellement compréhensive ; elle réclame de ses adeptes la pratique constante de la douceur, de la charité, de la vérité et de l'amour. Cette doctrine est encore en parfaite concordance avec les découvertes les plus récentes de la science qui en vient à considérer la matière, l'atome, comme un agrégat de forces énergétiques, en se basant sur les expériences de dissociations atomiques et de transmutation des corps; telle fut aussi la croyance générale de tous les initiés, sages, mages et philosophes de l'antiquité; alchimistes, occultistes, théosophes; les Rose-Croix en furent les dépositaires à partir du moyen âge.
Dans son livre, Le Géon ou la terre vivante, le Dr Hélan Jaworski ne parle pas autrement que les vieux alchimistes lorsqu'il dit : « Les deux mondes, organique et inorganique, ont la même origine, sont animés par le même rythme, et unis par une similitude véritable de leurs propriétés. » II reproduit encore dans son livre une étude d'Albert Mary sur « La vie merveilleuse des minéraux » où l'on retrouve la même idée exprimée comme suit : « L'identité de la vie des êtres et de celle des choses s'explique par leur source commune. Toutes les formes d'énergie sont fondamentalement des aspects de la même entité primaire... »
La doctrine unitive concilie donc les enseignements de la religion et ceux de la science ; elle veut grouper dans un même effort spiritualiste tous les croyants sincères; elle est, par sa large tolérance, le lien tout indiqué pour développer harmonieusement les rapports entre les hommes et faciliter la vie morale et sociale sur le plan physique.
A ceux que cette question passionne, nous ne saurions trop recommander la lecture d'un petit ouvrage, bien documenté, écrit par le savant occultiste Albert Caillet, sous le titre : Exposé de la doctrine de V Unité, doctrine qu'il retrouve dans les croyances fondamentales des écoles hindoues, égyptiennes, iraniennes, chinoises et chrétiennes.
p.32
Pour Caillet, « toutes les différences, apparemment irréductibles, entre les diverses conceptions de Dieu, ne sont plus que de simples points de vue correspondant à un degré d'évolution différent de la mentalité humaine.
» La doctrine de l'Unité porte en soi, inséparable, toute la morale et la plus parfaite qu'on puisse concevoir.
» Nous sommes tous un et un en tous : Comment pourrions-nous ne pas nous entr'aimer dans toute notre évolution?
» L'adepte de l'Unité ne voit que l'harmonieuse expression de l'Un, unique, qui est sans second. Il sympathise avec tous les cultes, avec toutes les religions, toutes les philosophies vraiment dignes de ce nom, puisque toutes présentent l'Unique sous l'un ou l'autre de ses infiniment nombreux aspects et que tous jouissent devant lui d'un égal respect. »
Le Rig-Veda nous enseigne que " Ce qui existe est Un : les hommes le nomment de bien des noms. » Cette même idée est reprise et développée par les taoïstes : « Tao n'est rien d'autre, en réalité, que ce que vous, étrangers, vous appelez Dieu. Tao est I'Unique, le Commencement et la Fin ; il contient toutes choses et c'est à lui que toutes choses retournent... Mais surtout, n'oublie pas que Tao n'est qu'un son articulé par un être humain, et que l'idée est essentiellement inexprimable. »
Tout au long de la Bhagavad Gîtâ nous pouvons trouver les mêmes enseignements de l'unité de l'Etre Suprême : nous suivrons pour nos citations la version fidèle de Mme Dr Anna Kamensky; une étude savante et approfondie de ce vieux poème lui fait dire dans son introduction : « La Bhagavad-Gîtâ, ou la Gîtâ, simplement, comme on l'appelle en Orient, c'est-à-dire le « Chant par excellence », le « Chant sublime », est certainement un des joyaux les plus rares dans le diadème, formé par la pensée religieuse universelle, car elle a une puissance synthétique qui la rend précieuse et illuminative dans l'Est ou l'Ouest. Pour ce qui est de l'Inde, c'est le cur de son mouvement religieux... »
Au dialogue onzième Arjuna s'écrie : « O Dieu, je vois dans ta forme les Dieux et tous les êtres à tous les degrés avec leurs attributs distincts »... (v. 15). « Le monde glorifie et chante avec raison ta magnificence. Les mauvais esprits s'enfuient de tous côtés; les légions des saints se prosternent en t'adorant » (v. 36).
« Tout se prosterne devant toi, derrière toi, de tous côtés. Plein d'une puissance sans bornes et d'une force immense, tu tiens tout en tes mains; car tu es toi-même tout! » (v. 40).
Krishna d'autre part nous enseigne : « Sache que cela dont la vie pénètre tout, est impérissable, et que personne ne peut détruire cet Unique Impérissable » (Dial. II, v. 17).
Aussi nous comprendrons pourquoi Mme Kamensky termine sa préface en faisant ressortir l'importance de l'unité fondamentale des (p.33) diverses croyances religieuses, partant de la fraternité qui devrait exister entre toutes les religions. « En vérité, à la base de toutes les religions historiques, il est une seule et même Religion mystique, le pont que l'âme humaine construit pour venir à Dieu. »
Dans le numéro d'août 1929 de L'astrosophie, on trouve une intéressante étude sur « La religion et la science de la Babylonie ancienne » par le Dr Hugo Winckler, professeur d'assyriologie à l'Université de Berlin ; il y note que le caractère fondamental des croyances religieuses de ce peuple était d'être une religion astrale. « Mais, dit-il, ce serait une erreur grossière de croire que la théologie babylonienne identifiait les dieux et les corps célestes. Le monde stellaire était, au contraire, suivant cette théologie, seulement la suprême révélation du pouvoir divin, une révélation dans laquelle les directives et les intentions des dieux pouvaient le plus clairement être observées. En outre, pour eux, tout ce qui est visible et invisible n'est qu'une expression ou une partie de l'être divin. Il y a, il est vrai, d'innombrables dieux, mais ceux-ci sont seulement les formes par lesquelles le Pouvoir divin unique est révélé. » C'est le « grand Pouvoir unique » qui pénètre et donne sa vie à toutes choses des plus petites aux plus grandes. »
Un penseur hindou moderne, S. Radhakrishnan, professeur de philosophie à l'Université de Calcutta, dans son magnifique livre sur L'hindouisme et la vie, développe avec force la thèse de l'Unité de Dieu et de la fraternité de toutes les religions. Cependant il ne faut pas croire que « Unité » signifie nécessairement uniformité, car, « le Divin se révèle aux hommes dans le cadre de leurs préjugés intimes. Chaque génie religieux exprime le mystère de Dieu selon sa propre manière d'être personnelle, raciale et historique. La diversité des descriptions de Dieu est aisément intelligible quand on comprend que l'expérience religieuse est produite psychologiquement. »
Admettre la diversité des descriptions de Dieu n'est point tomber dans le polythéisme, nous affirme encore notre auteur, car on ne doit pas oublier que pour l'Hindou cultivé Brahman ou le Dieu-Un est d'après la Brihadaranyaka Upanishad (IV, 4, 20) « cette réalité indescriptible, permanente, qui doit être considérée comme seule et unique ». Il faut en outre bien se garder d'une conception par trop anthropomorphique de Dieu, qui « existe pour lui-même, non pas simplement pour nous. Voir en Dieu un instrument pour l'obtention des fins humaines, c'est exagérer notre propre importance ».
Cette certitude de l'existence d'un Dieu Un, qui se manifeste aux hommes par des voies diverses, vaut aux adeptes de cette croyance une plus grande largeur d'idées et une entière tolérance à l'égard des divers modes d'expression de la foi. « L'hindouisme, nous affirme Radhakrishnan, répudie la croyance issue de cette attitude dualiste selon laquelle ce qui pousse dans mon jardin serait de Dieu, alors que ce qui pousse chez mon voisin serait satanique et devrait être détruit à tout prix. D'après le principe que le mieux n'est pas l'ennemi (p.34) du bien, l'hindouisme accepte toutes les formes de croyances et les élève à un niveau supérieur. Le remède à l'erreur n'est pas le bûcher ou le bâton, ni la violence ou la persécution, mais une tranquille diffusion de la lumière. » Nous pensons que beaucoup de chrétiens ne perdraient rien à bien se pénétrer de ces paroles de large tolérance que nous fait entendre l'Orient, le pays de la Lumière. Et pour terminer extrayons encore de l'ouvrage si substantiel de Radhakrishnan cette belle pensée qui vaut la peine d'être méditée longuement et surtout expérimentée : « Le silence renferme plus de sens que la parole, en ce qui concerne les abîmes de la divinité. »
Nous ne saurions abandonner cette brève revue de la pensée hindoue moderne sans citer encore un livre dont la lecture ne peut être que très fructueuse; Dhan Gopal Mukerji dans son uvre très remarquable : Brahmane et paria nous initie aux aspirations et aux croyances de l'Inde actuelle. Voici un spécimen d'enseignement donné à son fils par la mère de Mukerji : « Celui qui provoque une querelle entre Dieu et Dieu est un malfaiteur plus dangereux que celui qui allume une guerre d'homme à homme. Dieu est un. Nous lui avons donné plusieurs noms. Pourquoi disputer sur des noms ? » A son fils qui lui demande pourquoi les livres sacrés se contredisent parfois, cette mère admirable répondit encore : « La vérité est une, mais les livres sacrés ont cherché à lui donner plusieurs noms. Pourquoi disputer sur des noms ? Toutes les religions n'en font qu'une. Il y a eu des prophètes, il y en aura encore... »
La large tolérance pratiquée par tous les bouddhistes, pour les opinions religieuses les plus diverses, est un fait qui a frappé les Occidentaux qui ont été en rapport avec eux; Mme Alexandra David-Neel a eu l'occasion d'en faire l'expérience maintes fois répétée, au cours de ses voyages et de ses longs séjours en Orient; « le principe de tolérance, l'entier respect des convictions d'autrui, n'ont jamais été violés, dit-elle... Jamais ils ne connurent d'autre moyen de persuasion que la parole, jamais ils n'imposèrent, par la force, une acceptation apparente d'idées auxquelles l'esprit ne s'était pas librement rendu. Reprenant le pouvoir après des périodes de persécutions sanglantes (sous la domination musulmane, par exemple), jamais ils n'exercèrent de représailles brutales. » Le bouddhisme ignore la violence. A ce propos, Mme David-Neel cite un auteur contemporain, H. Dharma-pala, qui peut écrire sans crainte d'un démenti : « Jamais dans nos recherches à travers notre histoire, nous n'avons rencontré le répugnant spectacle de sorciers ou d'hommes de science brûlés sur les bûchers. » Elle rapporte aussi les belles paroles du Bouddha :
« Que chacun fasse comme il le juge bon. Laissez habiter dans les bois ceux qui le désirent et laissez demeurer près des villages ceux qui le souhaitent ; laissez mendier ceux qui le désirent et laissez s'asseoir à une table ceux qui le jugent convenable, laissez ceux qui le désirent se vêtir de guenilles et laissez porter les vêtements habituels à ceux qui les préfèrent. »
Mukerji s'étant consacré à l'étude de la philosophie religieuse, son maître, son gourou, ne lui donna pas d'autre enseignement que cette large tolérance; questionné pour savoir si Dieu était un ou plusieurs, il répondit simplement : « Dieu est un pour ceux qui l'ont trouvé un, et plusieurs pour ceux qui l'ont trouvé plusieurs... Même si l'on pouvait toucher Dieu de la main, il resterait inconnu. Il est le commencement qui annihile tous les autres commencements. Il est sans dieux, c'est pourquoi je le nomme Dieu. Dès que vous faites de lui une personne, il n'existe plus. »
Ces croyances en l'unité et l'universalité de Dieu ont profondément pénétré l'âme même du peuple hindou, témoin la scène à laquelle Mukerji assista au cours de ses pèlerinages à travers l'Inde : un jour qu'il se reposait au bord d'un champ il entendit une discussion entre un missionnaire et un laboureur sur l'existence du vrai et du faux Dieu ; le pasteur en prenant congé du paysan illettré lui dit : « Vous comprenez maintenant qu'il y a une différence entre le faux Dieu et le vrai Dieu. »
« Vous qui êtes un homme instruit, vous voyez la différence. Mais moi qui suis un ignorant, je sens que Dieu est Un. On nous a donné de lui plusieurs portraits, voilà tout. »
La pensée de l'Occident, si fière de son matérialisme scientifique et de ses découvertes dans le domaine de la science appliquée, n'aurait-elle pas tout intérêt à fraterniser largement avec la pensée des sages de l'Orient ?
C'est toujours les mêmes affirmations, plusieurs fois répétées, que nous trouverons dans les livres attribués à Hermès Trismégiste :
« Toutes choses sont des parties de Dieu ; ainsi Dieu est tout. Car de toutes choses il est le Seigneur et le Père, et la Source, et la Vie, et la Puissance, et la Lumière, et l'Intelligence et l'Esprit... Tout cela est Dieu, et dans l'univers il n'y a rien que Dieu ne soit pas. Car tout est plein de Dieu. Car Lui seul est tout; c'est pourquoi il a tous les noms, car il est le Père unique, et c'est pourquoi lui-même n'a pas de nom, car il est le Père de tous.
» Je commencerai par invoquer le Dieu maître de l'univers, le Créateur et le Père, qui enveloppe tout, qui est tout dans Un et Un dans Tout. » Citons enfin du même auteur ces réflexions : « La matière est une... Rien ne meurt, mais ce qui est composé se divise. Cette division n'est pas une mort. C'est un renouvellement. Quelle est, en effet, l'énergie de la vie ? N'est-ce pas le mouvement ? Et qu'y a-t-il d'immobile dans le monde ? Rien. Rien ne se détruit, rien ne se perd. La matière est hors de Dieu, si tu veux lui attribuer un lieu spécial... Si elle est mise en uvre, n'est-ce pas par des énergies, et nous avons dit que les énergies sont des parties de Dieu qui produit les transformations. Que ce soit matière, corps ou essence, sache que ce sont là des énergies de Dieu. »
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Pour les sages de la Grèce, la doctrine de l'Unité était de notion courante; Plotin dans ses Ennêades y revient souvent : « L'Etre-Principe est donc en même temps qu'Etre-Un, Toute-Puissance... Tous les êtres sont des êtres grâce à l'Unité ; c'est par là premièrement qu'ils sont dits être du nombre des êtres... La nature du Bien est simple et Une. L'âme du Grand Tout remplissait l'infini de l'espace avant la création du Grand Tout. »
C'est Socrate encore qui enseignait qu'il fallait se connaître soi-même, parce que c'est en soi que se trouve l'étincelle du divin. Cette parole trouve son corollaire dans l'enseignement de Jésus disant à ses disciples : « Cherchez en vous-même le Royaume de Dieu. »
Nous retrouvons encore une doctrine identique chez les Soufis et surtout chez les Bahaïstes actuels qui ont pour principe fondamental de mettre en pratique dès ici-bas, autant que faire se peut, la règle unitive qui devrait lier tous les nommes en un faisceau homogène, quoique composé d'éléments divers, en une fraternité humaine où règnent l'entente, la compréhension mutuelle, la charité, la paix, en un mot l'amour complet et efficient du prochain. Ils enseignent, eux aussi, que la vérité est une et qu'on peut la retrouver dans toutes les religions ; ils ont pour mot d'ordre de ne jamais combattre ni discuter les dogmes d'aucune religion : Dieu étant pour chacun aussi grand que son développement personnel et son évolution humaine lui permettent de Le concevoir.
Plus près de nous, nous avons un poète qui a merveilleusement chanté la gloire du Dieu Unique; la lecture de la préface et de la VIIIe Vision de « La chute d'un ange », nous convaincra que Lamartine était partisan de la doctrine unitive :
« Séparer la foi de la raison, dit-il, c'est éteindre le soleil pour substituer à la lumière de l'astre permanent et universel la lueur d'une lampe que l'homme porte en chancelant et que l'on peut cacher avec la main... Vouloir que la raison soit religieuse et que la religion soit rationnelle, est-ce là attaquer le christianisme, ou n'est-ce pas plutôt lui préparer un règne plus unanime et plus absolu ? »
Qui pourrait séparer le rayon de l'aurore? Le monde est mon regard qui se contemple en soi ;
Formes, substances, esprit, qu'est-ce qui n'est pas moi ?...
Hommes, l'Infini seul est la forme de Dieu !
Le nom de toute chose est un : Eternité!
Où l'uvre et l'ouvrier sont deux et ne sont qu' Un !
Où le Tout est Partie, et la Partie entière ; Où la Vie et la Mort, le Temps et la Matière Ne sont rien en effet que formes de l'Esprit, Cercles mystérieux que tout en lui décrit...
p.37
Dans sa magistrale introduction à La vie sage, le Dr P. Carton exprime la même idée : « La vérité est une, immuable, éternelle, parce qu'elle est d'ordre synthétique et divin. Elle est inscrite partout dans l'univers, dans la nature et les êtres. Mais elle demande à être recherchée, car elle se cache pour que l'effort de progrès qu'exige sa découverte soit récompensé du bonheur de savoir et d'espérer. »
Au surplus voici l'opinion du même auteur sur la doctrine unitive : « La valeur vitale et morale de cette doctrine du transformisme intégral est considérable, parce qu'elle replace l'homme dans sa situation naturelle exacte et qu'elle lui permet de découvrir les lois qui président à sa meilleure évolution physique et mentale de chaque jour... Cette doctrine enfin place au fond de nous cette pensée consolatrice et vivifiante que notre destinée est d'arriver jusqu'à l'Intelligence suprême qui est Dieu et de mériter progressivement ce bonheur infini. »
Un polytechnicien érudit, Paul Choisnard, qui a rénové l'étude de l'astrologie en partant de bases scientifiquement contrôlables, est pareillement un disciple de l'unitisme; témoin ce passage tiré de son livre éminemment suggestif, La chaîne des harmonies (p. 163) :
« Et comme aucune limite n'est à assigner aux intelligences, on peut en admettre une hiérarchie qui s'étend jusqu'à l'infini qui est Dieu..., la notion de Dieu unique pouvant d'ailleurs résulter de la notion de l'infini vis-à-vis de la « recherche des causes premières » dont la limite extrême est l'unité. C'est donc par la notion de l'infini qu'on peut, dans la voie scientifique, donner les meilleures preuves de l'existence de Dieu, en même temps que prouver qu'il n'existe qu'un seul Dieu.
» En tout cas, si ce mode de conception ne démontre pas les entités de l'invisible et la vie de l'au-delà, il rend cette croyance possible avec Tin caractère rationnel sans heurter aucune des vérités scientifiques acquises, ce qui est déjà quelque chose. La « chaîne des harmonies » montre donc comment le « positivisme » qu'on confond souvent à tort avec le « matérialisme » peut conduire au spiritualisme et au mysticisme, celui qui a le souci de ne rien éluder et de ne pas s'arrêter en chemin, ce qui est le procédé même de l'induction rationnelle. »
Considérée par rapport à l'art médical et thérapeutique cette doctrine est fertile en applications pratiques et directes; c'est encore le Dr P. Carton qui va l'affirmer :
« Au point de vue médical, cette doctrine de l'unité énergétique universelle et du transformisme intégral à laquelle nous nous rattachons sera le roc inébranlable sur lequel nous allons maintenant établir les fondements de la médecine naturiste. Elle nous permettra de retrouver à coup sûr les lois qui ont présidé à nos adaptations et de découvrir celles qui doivent diriger notre évolution future, conformément aux principes du bien et du vrai. Elle nous permettra ainsi de sauvegarder avec certitude notre santé physique et notre intégrité mentale et, en cas de maladie, elle nous offrira les procédés thérapeutiques les plus efficaces, parce qu'ils seront inspirés des enseignements naturels. »
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Cette vie universelle, découlant de l'Unique, dont nous n'avons pas la possibilité de nous figurer l'essence primordiale est un fait que tous les philosophes se sont bornés à constater, sans pouvoir en donner une définition complète; cette force ou énergie a pris sur le plan physique diverses dénominations selon les temps, les lieux ou l'angle sous lequel elle était envisagée. C'est successivement : le Prana des Hindous ; le Kha ou Double des prêtres égyptiens; le Pneuma d'Hippocrate, qui y voyait spécialement un principe, une force médicatrice; Y Anima de saint Paul ; la Lumière astrale de la kabbale et des occultistes ; le Corps astral, le médiateur plastique, le périsprit, selon qu'on s'adresse à l'une ou l'autre des écoles hermétistes et spiritualistes modernes. Cette énergie vitale devient avec Mesmer et les magnétiseurs le magnétisme animal; elle est la force psychique des métapsychistes et même le pouvoir de la suggestion et de l'autosuggestion des hypnotiseurs et sugges-tionneurs modernes.
Il faut toutefois se garder de vouloir ériger cette force vitale en une entité surnaturelle et indépendante ainsi que l'ont fait la plupart des animistes et des vitalistes, alors qu'il s'agit en réalité d'une modalité spéciale de l'Energie universelle.
Pour le philosophe Kant, la vie est un principe intérieur d'action; pour le physiologiste Bichat, c'est l'ensemble des fonctions qui résistent à la maladie et à la mort. Quant à Claude Bernard, qui consacra une bonne partie de sa vie à la recherche des conditions du déterminisme physico-chimique de la vie, il nous déclare que les causes finales sont en dehors de son étude ; la physiologie n'a pas à s'occuper de démontrer ou d'infirmer des théories matérialistes ou spiritualistes, car son domaine est d'autre nature. « Ce qui est essentiellement du domaine de la vie, dit-il, et qui n'appartient ni à la chimie, ni à la physique, ni à rien autre chose, c'est l'idée directrice de cette action vitale. »
Parmi les savants modernes, nombreux sont ceux qui se sont attaqués au problème de la Vie et des lois qui la conditionnent : Pour le professeur A. Boutaric, qui a publié un ouvrage captivant sur La vie des atomes, « le rôle de la vie peut être considéré comme consistant à suspendre la désintégration de la matière organique ou à l'orienter dans un sens déterminé ». Boutaric, dans ses conclusions, arrive à envisager la nature sous le même angle que les occultistes : « L'antique symbole des alchimistes, nous dit-il, un serpent enroulé en cercle et dont la tête dévore la queue, avec cette devise : « Le tout est un » nous apparaît avec toute sa signification. Il représente parfaitement l'évolution cyclique, sans commencement ni fin, des êtres vivants et de la matière elle-même. » Le professeur J. Kunstler a publié lui aussi le résultat de ses recherches en un livre des plus intéressants : La matière vivante, organisation et différenciation, origine de la vie; d'après lui, la vie apparaît comme « un état d'équilibre nouveau, de stabilité globale, dissimulant une activité interne incessante... Il n'y a pas de matière vivante, mais seulement des êtres vivants. »
p.39
Il estime encore que « les multiples tentatives pour ramener les phénomènes de la vie à tel ou tel ordre de phénomènes physicochimiques ne sont pas sans rappeler peu ou prou ces mathématiciens novices qui prétendent résoudre leurs problèmes en posant sans cesse des changements d'inconnues. »
Le Dr V. Jarre en un ouvrage plein d'hypothèses vertigineuses, mais bien de nature à faire réfléchir, Dualité de la matière ou Essai sur le mécanisme du renouvellement des mondes donne la définition suivante : « Le point original de la vie, végétale ou animale est l'atome ionisé. » Assez semblable est l'opinion du Dr G. Lakhovsky qui trouve le secret de la vie dans les ondes radioélectriques, principe sur lequel reposeraient l'univers et les êtres organisés, ce qui expliquerait la nature essentielle de la force vitale. La nature oscillatoire de la cellule vivante, qu'il compare à un résonateur minuscule, serait la clef de son activité. La grande variation des ondes cosmiques explique la difficulté de maintenir l'équilibre cellulaire des êtres vivants, soit la santé. C'est pour conserver intact et constant cet équilibre vital de la cellule qu'il a imaginé son circuit oscillant dont beaucoup de malades vantent l'efficacité.
L'inventeur Julien Christofleau, à La Queue-les- Y vélines (S.-et-O.), après quarante années d'études en est arrivé à comparer le corps humain à un accumulateur électrique « qui se recharge pendant le sommeil par le magnétisme terrestre qui peut être considéré comme une partie de la vie universelle. » II a construit un appareil qu'il appelle : électromagnétique terro-céleste, destiné à capter les ondes vivifiantes du magnétisme terrestre ; l'effet doit en être assez analogue, pensons-nous à celui du collier oscillant de Lakhovsky.
Enfin une théorie très intéressante, féconde en résultats pratiques, sans pour cela exclure les précédentes, a été établie par le savant Auguste Lumière; il voit dans l'état colloïdal la condition essentielle de la vie ; la destruction de cet état, qu'il appelle h. floculation, déterminerait la maladie et la mort. L'auteur développe ses vues remarquables dans un livre que nous recommandons à tous ceux que la question de notre devenir préoccupe : La vie, la maladie et la mort, phénomènes colloïdaux.
Enfin ceux que le mystère de l'origine et de l'essence de la vie intéresse tout spécialement liront avec fruit L'occultisme et la vie, livre écrit par un occultiste des plus érudits, Charles Lancelin, digne élève de son illustre maître, A. de Rochas; il y examine la vie sous toutes ses faces et dans tous les règnes de la nature. Lancelin est partisan des remèdes naturels et voit dans la thérapeutique magnétique le moyen le plus efficace et le plus indiqué pour entretenir la santé sans nuire au corps, comme le font la plupart du temps les drogues chimiques. Les bienfaits du jeûne ne lui sont point inconnus. Son livre d'une haute élévation morale se termine par un vibrant appel à la spiritualité : Pour qui sait, la mort, quand a sonné son heure inéluctable malgré toute précaution médicale ou hygiénique la mort, dis-je, n'a rien de plus terrifiant pour nous que n'importe quelle autre fonction naturelle, car comme il est écrit dans le Masnavi (IV, Jalal-ud-Din Roumi) :
Je mourus dans le minéral et devins plante ;
Je mourus dans la plante et reparus dans un animal ;
Je mourus dans l'animal et devins homme ;
Pourquoi donc craindrais-je la mort ?
Quand la mort m'a-t-elle diminué?
La prochaine fois, je mourrai à l'état humain pour avoir les ailes de l'ange. Je devrai aussi chercher à sortir de l'état angélique, car tout périra sauf Sa Face... Alors je prendrai mon vol et m'élèverai au-dessus des anges. Je deviendrai ce que l'imagination ne saurait concevoir... Que la transformation se fasse donc ! Car les cordes de la lyre me crient : En vérité, nous retournons à Lui !
En conséquence, pour vivre sainement, tant au physique qu'au moral, il faut nous conformer aux lois naturelles et spirituelles et ne pas croire qu'il suffit, pour recouvrer la santé et notre capital de vie, gaspillés à la suite d'excès de tout genre, d'ingurgiter une drogue ou une préparation thérapeutique, lancée à grand renfort de réclame; ceci nous amène à quelques considérations d'ensemble sur la compréhension de la maladie et de la thérapeutique par les médecins tant anciens que modernes.
La maladie et la thérapeutique d'après les enseignements de la médecine naturelle
LA NOTION de maladie et surtout des causes qui la produisent a subi de grandes variations selon les écoles médicales et suivant les points de vue envisagés; de là des moyens curatifs variés et souvent contradictoires qui ont créé, à l'égard de la médecine officielle, parmi les gens cultivés qui réfléchissent, voire même parmi le peuple, un état d'esprit assez défavorable; toutes ces thérapeutiques, inconstantes dans leurs effets et par trop hétéroclites, ont jeté un discrédit général sur le prestige médical, discrédit du reste parfois injuste et injustifié. Qui n'a pas lu la façon élégante dont Molière persifle les médecins de son temps, leur outrecuidance et leurs méthodes appliquées sans discernement : la saignée et la purge; et cependant ces deux moyens thérapeutiques, mis en uvre à propos, peuvent rendre de grands services. Qui n'a pas été diverti par les plaisanteries de l'humoriste Bernard Shaw? En 1906, il prenait déjà les médecins à partie, et vingt ans après dans une conférence faite à Londres il semblait ne pas être revenu de son opinion et déclarait « qu'aucune personne sage ne devrait aller chez le médecin quand elle est malade ». Ces faits nous prouvent qu'il y a un effort à tenter de la part de la médecine officielle pour unifier ses vues et les mettre en accord avec les lois naturelles afin d'éviter ces contradictions par trop flagrantes en matière de thérapeutique.
La médecine moderne a trop sous-estimé les théories anciennes, et si nous voulons être renseignés sur les bases à donner à une diète rationnelle nous pouvons encore consulter avec fruit les ouvrages du père de la médecine : Hippocrate, dont les enseignements, toujours d'actualité et toujours marqués au coin du bon sens, découlent de l'observation saine de la nature.
C'est en grande partie aux médecins naturistes, disciples directs ou éloignés de ce maître illustre, que revient l'honneur d'avoir à nouveau attiré l'attention des masses sur la nécessité d'adopter une hygiène rationnelle et conforme aux lois naturelles. Un des représentants les (p.42) plus qualifiés de l'école naturiste actuelle est le Dr P. Carton dont nous recommandons les excellents ouvrages de vulgarisation, riches en enseignements pratiques et directement applicables à la vie quotidienne. Le Dr P. Carton s'est élevé avec énergie contre toutes les pratiques antinaturelles et antihygiéniques qui caractérisent notre époque; il a cherché surtout à faire pénétrer dans le public cette notion très juste et trop méconnue que la maladie est uniquement le produit de nos fautes contre l'hygiène, qu'elle consiste en une échéance inéluctable que la nature nous réclame en payement de nos trop multiples transgressions des lois de l'hygiène alimentaire, physique, psychique ou morale. Vouloir s'obstiner à chercher le remède, soi-disant spécifique contre tel ou tel symptôme morbide, est une utopie dangereuse, il vaut mieux s'appliquer à fortifier le terrain, soit l'individu, par une vie saine et sage. Voici par exemple l'avis judicieux du Dr Carton, sur les causes de l'entérite, cette maladie trop courante de nos jours : « L'entérite n'est pas une inflammation d'ordre microbien. Elle est avant tout, comme toutes les autres infections, une maladie de terrain. Ce qui provoque l'entérite, c'est d'abord et surtout la nourriture toxique et industrielle. L'entérite était pour ainsi dire ignorée des paysans d'autrefois. Elle ravage maintenant chaque jour davantage les populations des villes et des pays les plus civilisés, parce que jamais l'humanité n'a consommé tant de produits toxiques, ni absorbé tant de viandes, de poissons, de sucreries, d'aliments fabriqués, de poisons pharmaceutiques » (Traité, p. 677).
A une époque tout imbue de la griserie et de l'orgueil des découvertes de sa science expérimentale, ces affirmations peuvent paraître fortement exagérées, voire même absurdes; nous conseillons à tous ceux qui sont pris de doute, la lecture et la méditation de la remarquable brochure du Dr Carton : Les trois aliments meurtriers, soit l'alcool, la viande et le sucre; on y trouvera la démonstration évidente, chiffres et statistique à l'appui, que notre alimentation moderne est désastreuse tant au point de vue de la santé individuelle que de l'hygiène publique.
La notion de la maladie, sanction de fautes passées, est vieille comme le monde ; nous trouvons dans L'histoire de l'Inde védique, de Fontane, les passages suivants, bien typiques à cet égard : « La maladie vient à toute heure, de nuit ou, de jour pendant le sommeil comme pendant la veille, à la suite d'une imprudence; elle est un châtiment. Pour guérir, il faut donc commencer par demander à Agni l'effacement de tous les péchés. » Pour les Aryas de cette époque lointaine, la maladie n'était rien autre que la destruction d'une harmonie que le médecin devait rétablir : « l'harmonie du souffle, de la bile et du sang. La vie réside dans le souffle vital animant le corps. » Ils étaient bien près de la vérité moderne, qui voit partout des vibrations cosmiques curatives, lorsque leurs prêtres déclaraient que : « Les vertus guérissantes descendent du soleil, par ses rayons, ou des orages par la pluie. » (p.43)
On doit constater avec regret que la thérapeutique médicale, dominée par les idées du matérialisme physico-chimique, a fait fausse route pendant trop longtemps en cherchant ses méthodes curatives uniquement dans le domaine de la matière ; c'est une grave erreur, trop fréquente encore, de vouloir s'acharner à combattre à coups de médicaments le symptôme morbide lui-même, sans s'occuper du terrain et du tempérament qui varient avec chaque individu; l'abus inconsidéré des drogues est la cause de plus d'une maladie grave ou de sa prolongation ; on ne saurait trop rappeler à ce sujet l'enseignement capital et primordial d'Hippocrate : « C'est la nature qui guérit la maladie, et la médecine est l'art d'imiter les procédés de la nature. »
Or, la médecine moderne, avec sa débauche d'injections de toute nature, semble avoir complètement perdu de vue cette loi première de la santé : « Imiter les procédés de la nature ». Et ce sont les malheureux malades qui sont les victimes de cette thérapeutique antinaturelle.
A considérer la quantité de remèdes et de spécialités qui s'alignent sur les rayons des pharmacies modernes et le flot de médicaments déversé par l'industrie chimique sur le marché mondial, on est effrayé en pensant aux malheureux condamnés à absorber toutes ces drogues, pour la plupart dangereuses et antihygiéniques. Souvent soutenus et prônés par une réclame insidieuse, sinon tapageuse, ces produits sont vantés comme panacée universelle, capables de guérir tous les maux de la pauvre humanité souffrante; impossible de résister à de si alléchantes promesses, qui semblent vous dispenser de tout effort personnel pour vivre une vie saine et qui prétendent pour quelques francs assurer longue vie et santé florissante!
Cette polypharmacie n'a aucun sens; deux savants français, H. Huchard et Ch. Fiessinger, ont publié un ouvrage de Thérapeutique complète en vingt médicaments, ce qui en réduit déjà considérablement le nombre. Mais c'est surtout aux médecins naturistes que nous devons la plus énergique réaction contre cet emploi abusif et dangereux de la médication chimique outrancière.
Dans le Traité de médecine raisonnée du Dr Hoffmann, paru en 1743, nous trouvons déjà ces sages conseils :
« Si vous donnez des remèdes trop forts à des sujets faibles, vous les affaiblissez entièrement et vous leur ôtez la vie... Ils demandent plutôt des secours tirés de la diète que de la pharmacie et, pour eux, le meilleur est souvent de n'user d'aucun remède. »
Auber, dans son Traité de la science médicale (1853), est encore plus affirmatif à ce point de vue : « S'il est une chose déplorable, mais positivement vraie, c'est que beaucoup de médicaments réclamés par la peur et l'ignorance sont complètement inutiles. » L'auteur complète son idée en ajoutant que le malade se serait guéri naturellement de lui-même, alors que le médicament a trop souvent aggravé son état; puis il conclut :
p.44
« Dans les cas douteux, c'est souvent faire une grande médecine que de n'en pas faire du tout ; l'art d'attendre vaut mieux souvent que l'art d'agir; et, en général, la polypharmacie est la science de ceux qui n'en ont pas d'autre, en un mot, le refuge ordinaire des médecins qui savent peu, mal, ou point du tout. »
Mesmer qui découvrit les bienfaits du magnétisme animal ne partageait pas non plus la superstition du médicament chimique, appliqué comme panacée universelle; son aphorisme 309 est ainsi conçu :
« II n'y a qu'une maladie et qu'un remède. La parfaite harmonie de tous les organes et de leurs fonctions constitue la santé. La maladie n'est que l'aberration de cette harmonie. La curation consiste à rétablir l'harmonie troublée. Le remède général est l'application du magnétisme par les moyens désignés. »
Bien qu'un peu absolue dans sa forme cette opinion de Mesmer n'en est pas moins très intéressante et fructueuse dans son application pratique; tous ceux qui ont fait quelques cures magnétiques ou hypnotiques peuvent en témoigner. Ces cures ont en tout cas le grand avantage de n'introduire aucune substance toxique dans l'organisme et de ne pas nuire aux défenses naturelles du corps qui sont au contraire exaltées par ces traitements magnétiques.
Pour en finir avec ces thérapeutiques mal comprises, nous citerons tout au long un passage du Dr P. Carton ; on ne saurait en effet assez mettre en garde le public soucieux de sa santé contre les errements de certaine médecine allopathique qui ne craint pas de transformer trop souvent notre corps en un vulgaire réceptacle de drogues chimiques variées, qui sont pour la plupart loin d'être inoffensives.
« A l'heure actuelle, dit-il, la thérapeutique est conçue comme un pugilat et les interventions thérapeutiques ressemblent à des batailles, dont malheureusement le malade paye tous les frais. « Les médecins, infidèles à la loi naturelle et sourds à la raison, comme des lions dans une arène, se précipitent sur les maladies pour les juguler » (Auber).
» En effet, tant qu'on constate des symptômes, on s'évertue à les combattre les uns après les autres ou tous à la fois. Le comble de l'art consiste à refréner dès leur apparition tous les efforts de préservation, toutes les tentatives de défense naturelle de l'organisme. Le malade se débarrasse-t-il de ses déchets par des sueurs abondantes ? On lui donne de l'atropine pour lui fermer la peau. A-t-il de la diarrhée? On le bourre d'opium et de bismuth pour lui boucher l'intestin. Vomit-il ? On lui anesthésie la muqueuse gastrique. A-t-il de l'expectoration, de l'évacuation par voie pulmonaire ? On lui dessèche les bronches par la terpine. Tousse-t-il ? On l'intoxique avec des calmants chimiques. A-t-il de la fièvre ? On l'enraye à l'aide de poisons hypothermisants. Se débarrasse-t-il de ses réserves toxiques en maigrissant? On l'en empêche et on lui fait enfouir de nouveau ses poisons en le suralimentant. A-t-il une épistaxis ou un flux hémorroïdaire ? Vite, on pratique l'hémostase et l'on s'étonne de voir une pneumonie, une hémoptysie ou bien encore une attaque de migraine, de rhumatisme ou d'hémiplégie succéder à ces répressions des défenses naturelles.
» II n'y a pas lieu d'être surpris ensuite des convalescences traînantes, des maladies fertiles en rechutes et en complications, de l'apparition des diathèses, des maladies chroniques, des dégénérescences, car c'est là tout ce que peuvent déterminer des soins antinaturels qui, sous prétexte de traiter les maladies, n'aboutissent qu'à martyriser les malades sans répit. »
Et pour terminer, cette sérieuse mise en garde du même auteur qui résume ainsi d'une façon saisissante toute la question maladie et toute sa thérapeutique possible :
« Enfin, n'est-il pas déraisonnable de croire que l'on peut persévérer dans les pires errements alimentaires, les plus graves violations des lois naturelles, qu'on peut en d'autres termes être dispensé de l'obligation de vivre sainement et de payer ses fautes sous forme de maladies, pourvu qu'on absorbe, en cachets, pilules ou piqûres, un corps chimique rare ou un remède coûteux.
» C'est pourtant ce que tant de gens se figurent quand ils placent leur foi dans les vertus mystérieuses des produits pharmaceutiques, au lieu de penser à rétablir leur santé en corrigeant les fautes considérables de régime et d'hygiène qu'ils commettent. »
C'est là en effet tout le secret de la santé : vivre une vie saine et normale; se préserver des fautes d'hygiène ou de régime qui ont inévitablement pour conséquence le déséquilibre. Nous arrivons ainsi tout naturellement à concevoir la maladie comme une suite de fautes commises contre la morale et l'hygiène et notamment contre l'hygiène alimentaire.
Le Dr P. Carton a beaucoup insisté sur cette notion fondamentale de la maladie sanction; de plus, pour lui, les maladies sont des masques; on a tort de considérer uniquement et de traiter séparément les affections localisées, tous les symptômes morbides dépendant en fin de compte d'altérations humorales, de troubles fondamentaux du terrain; « les maladies cataloguées, dit-il, sont des masques dont s'affuble la maladie humorale générale et primitive. »
Partant de cette conception, on peut encore concevoir la maladie comme représentant un effort naturel de l'organisme pour se débarrasser, par des crises de nettoyages successifs, des toxines et des poisons cellulaires; d'où, en bonne thérapeutique naturiste, la nécessité de diriger, de faciliter et même d'entretenir parfois ces crises, au lieu de s'efforcer de les enrayer brutalement par des médicaments ou par des procédés physico-chimiques administrés souvent à contresens et d'une façon intempestive. La thérapeutique devient ainsi vraiment scientifique, plus conforme aux lois de la saine physiologie, car elle s'attaque alors aux causes profondes, réelles et primordiales de l'état morbide.
(p. 46)
Comme le Dr Carton, nous ne saurions assez insister sur ce fait trop méconnu du public que la maladie est une sanction inéluctable de notre conduite; nous n'avons donc qu'à nous en prendre à nous-mêmes si nous sommes malades et si nous souffrons, c'est là une juste récompense de nos fautes présentes ou passées; un réincarna-tionniste ajouterait même : de nos errements dans des existences antérieures *.
« La maladie, dit Carton, est toujours la conclusion de fautes commises dans la circulation des énergies vitales à travers l'organisme. Elle apparaît comme la sanction des infractions commises contre les lois naturelles.
« La maladie est une échéance non pas un accident. De plus, elle exprime un effort de purification, de préservation et non pas de destruction de la santé. »
Cette règle s'applique également aux maladies infectieuses qui ne peuvent se développer que lorsque le corps a été affaibli par des manquements à l'hygiène ; en effet, les microbes sont partout présents, voire même très abondants, ils ne peuvent toutefois exalter leur virulence et devenir nocifs que s'ils tombent sur un terrain approprié, en l'occurrence un corps délabré par une vie anormale. Carton a démontré, statistiques à l'appui, que l'emploi abusif des sérums et des vaccins est une erreur thérapeutique; c'était l'opinion de notre maître de clinique médicale, le Dr Ls Bourget qui, en son temps, lutta avec énergie contre l'engouement des médecins pour les sérums et contre la prescription abusive des spécialités; il consigna ses remarques en un petit ouvrage qui, à l'époque, fut considéré comme révolutionnaire, même «criminel»; évidemment, il ne fut certes pas tendre pour certains de ses confrères, mais il plaçait la vérité scientifique au-dessus de toute considération de personne, ainsi qu'il s'en explique dans la préface de sa brochure intitulée : Quelques erreurs et tromperies de la science médicale moderne (1907). « Malheureusement, nous avoue-t-il, dans notre science médicale l'esprit moutonnier a toujours fait grand tort à l'esprit purement scientifique et critique. Les jeunes confrères n'ont rien à craindre de mes procédés thérapeutiques, qui tous sont basés sur le bon adage de primum non nocere... » (premièrement ne pas nuire).
Carton en est arrivé à la conclusion que si, apparemment, les sérums et les vaccins semblent ramener un rétablissement immédiat de la santé, ils sont en réalité funestes à l'individu, car leurs résultats éloignés se soldent par un accroissement des maladies chroniques et des tares de dégénérescence. Par l'emploi de ces produits soi-disant curatifs, l'échéance fatale du payement des fautes alimentaires et hygiéniques a seulement été reculée de quelques années.
1 Lire à ce sujet : Dr Ed. Bertholet, La réincarnation. Delachaux et Niestlé, Neuchâtel et Paris, 1949.
(p. 47)
Voici quelques chiffres relevés par le Dr Carton et qui sont bien de nature à confirmer sa manière de voir :
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Fièvre typhoïde |
Diphtérie |
Variole |
Diarrhée infantile |
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En |
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2032 |
1573 |
373 |
4772 cas |
|
» |
|
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281 |
186 |
1 |
1290 » |
Ces chiffres semblent indiquer qu'il y ait progrès manifeste de la santé publique pour ce qui en est de la mortalité par maladies infectieuses, mais il s'agit d'un progrès factice, car dans ce laps de temps les maladies chroniques ont augmenté d'une façon inquiétante comme nous pouvons nous en convaincre par le tableau ci-dessous :
Cancer Néphrite Diabète Cirrhose du foie
En l'année 1876 1929 316 78 173
cas » » 1913 3212 1609 454 637 »
En 1876, 57 109 aliénés internés et 5 470 suicides » 1913 101741 aliénés internés et 10340 suicides
II est intéressant de noter que cet abaissement du niveau de la santé publique coïncide aussi avec une diminution de la moralité et avec un relâchement des liens familiaux; en effet, le nombre des divorces s'est élevé en France de 4120 en 1885 à 17 680 cas en 1913; les délits pour escroquerie jugés par les tribunaux ont subi un accroissement similaire, soit: i486 cas en 1830, contre 9315 cas en 1910.
Le Dr Carton a bien soin de préciser que cette recrudescence de maladies chroniques n'est pas fonction de l'augmentation de la population; aussi peut-il conclure avec raison, car les chiffres sont assez éloquents : « L'uvre d'assainissement de l'espèce se poursuit donc d'une façon moins tapageuse qu'autrefois, mais tout aussi pénible et fatale en réalité. » Carton fait encore à ce propos la remarque suivante si juste et bien propre à faire réfléchir : « La sélection par les maladies épidémiques mettait rapidement les individus déchus hors de la lutte, tandis que les tares diathésiques et les infections chroniques assurent aux dégénérés une survie assez prolongée pour leur permettre de reproduire des sujets profondément tarés qui entretiennent ainsi la dégénérescence de l'espèce. »
II va sans dire que cette augmentation des maladies chroniques n'a pas que cette seule cause; il s'y ajoute comme nous l'avons déjà dit, de graves fautes contre l'hygiène morale et physiologique; ce sont en grande partie les excès alimentaires qui produisent une intoxication de l'organisme, viciant les liquides humoraux, nourriciers des cellules de tous nos organes; ces cellules étant mal nourries et encrassées par ces substances de déchet dépérissent, s'atrophient et meurent. La sclérose attaque les vaisseaux sanguins dont les parois épaissies deviennent rigides et imperméables, ce qui aggrave encore les désordres de nutrition des organes; les organes eux-mêmes se durcissent à leur tour par sclérose et leur fonctionnement devient de plus en plus précaire, amenant une vieillesse anticipée qui finit par conduire prématurément au tombeau.
Nous avons dénoncé les excès alimentaires éminemment nocifs pour la santé; cette notion en effet n'a pas encore assez pénétré dans le public, qui s'imagine au contraire que le fait de bien et de beaucoup manger est justement un gage de vigueur. Au contraire, il faut se pénétrer de l'idée que les gens bien nourris et hauts en couleurs sont des encrassés surnourris, à résistance fortement diminuée ; ce sont du reste ces individus qui succombent les premiers et en plus grand nombre lors des épidémies. « C'est une erreur, dit le Dr Riedlin, contre laquelle on ne saurait trop réagir, que celle qui nous fait croire que les gens gros et gras sont nécessairement sains et qu'il faut beaucoup manger pour se fortifier. »
Déjà en 1820 Broussais disait que la suralimentation n'était pas une panacée : « L'indication de relever les forces par une alimentation copieuse ne se tire ni de la maigreur ni de la faiblesse, mais uniquement de la rapidité de l'assimilation et de la prédominance de la composition sur la décomposition. » Ce sage précepte aurait mérité plus d'attention de la part des médecins et son application eût gagné à être généralisée.
Le fait que la suralimentation développe un état latent fondamental de moindre résistance chez les individus à l'aspect florissant semble s'étendre à tous les êtres vivants, animaux et végétaux. Lors du terrible hiver de 1928, nous avons eu l'occasion de faire à ce point de vue une observation intéressante qui paraît confirmer cette manière de voir. Notre propriété est entourée d'une épaisse haie de lauriers cerises; un rideau de ces arbustes sert aussi à masquer un tas de détritus ménagers qui se trouve placé dans un endroit écarté et abrité par de vieux arbres; ces lauriers, grâce à l'humus très riche qui les avoisinait, avaient pris un développement remarquable, les troncs en étaient très vigoureux et les feuilles d'une grandeur double de celles des autres, moins bien nourris et plus chétifs ; cependant ces lauriers au développement luxuriant furent les seuls qui ne purent supporter les froids rigoureux de cet hiver où le thermomètre descendit au-dessous de 200 C. ; seuls les plants surnourris gelèrent complètement tandis que les arbustes de la haie, beaucoup plus exposés au froid et à la bise glaciale, s'en tirèrent avec quelques branches gelées.
Il est beaucoup plus grave encore d'appliquer cette fausse théorie du gavage à des sujets débiles ou à des malades, chez lesquels il serait préférable de suivre l'indication de la nature qui demande une réduction des apports nutritifs; ainsi on laisse aux organes fatigués et surmenés le temps de se reposer. Si l'on respecte ce temps d'arrêt des fonctions digestives réclamé par la nature, le corps reprend bientôt avec plus de vigueur ses fonctions normales.
On ne réfléchit pas assez au fait que les aliments, pour donner de l'énergie à l'individu, doivent d'abord passer par une longue série de transformations qui les amènent enfin à l'état de corps chimiques spéciaux susceptibles d'être utilisés par les organes pour leur travail propre; c'est alors seulement que l'on peut parler d'énergie fournie au corps par les aliments, mais pour arriver à ce stade de substances assimilables utiles ils demandent un gros effort de nos organes digestifs; le premier acte de digestion se solde donc pour nous par une déperdition d'énergie, représentée par la force nerveuse nécessaire pour mettre en action les divers processus digestifs. On comprend maintenant pourquoi il n'est pas indiqué de vouloir à tout prix suralimenter des affaiblis aux organes surmenés et intoxiqués ; et quand on sait combien grandes sont les réserves énergétiques de notre force vitale, on réalise d'autant mieux l'utilité, la nécessité de la diète et du jeûne pour accorder ce repos réparateur à tous nos organes. Nous verrons bientôt que le maintien de la vie est compatible avec une abstention de nourriture pouvant s'étendre, selon les cas et l'entraînement des jeûneurs, de 30 à 80 jours, et cela sans nuire à l'individu; la peur de manquer un repas, trop répandue chez la plupart des humains, et les maladies dont ils se plaignent au cas où ce malheur leur arrive, sont tout à fait illusoires; ce sont de déplorables phénomènes subjectifs d'autosuggestion individuelle et collective.
A toutes ces fautes d'hygiène alimentaire, nous ajoutons encore un gaspillage irréfléchi de notre réserve de capital vital causé par notre vie psychique désordonnée et fiévreuse; rien de bien étonnant alors si l'homme moderne devient la proie toute désignée de la neurasthénie, de la folie, des maladies aiguës ou chroniques, de la mort avant le temps fixé par nos possibilités de longévité. « Tout être humain, nous dit Carton, possède en effet une force occulte de préservation et de conservation que les anciens nommaient nature conservatrice, réparatrice et médicatrice, et que les modernes caractérisent en partie par le nom d'immunité naturelle. Cette force ne demande qu'à se manifester si on ne l'entrave pas en vivant d'une façon malsaine et immorale. La vie saine et droite la cultive merveilleusement. Et alors comme le disait Hippocrate « elle suffit à tout et pour tout », elle nous garantit de toute atteinte infectieuse mieux que tous les secours venus de l'extérieur. »
Ainsi, nous ne le répéterons jamais trop, ce n'est pas en absorbant des quantités plus ou moins copieuses de médicaments en vogue que nous pouvons espérer conserver et maintenir notre santé florissante, mais en nous conformant strictement aux lois de la vie pure et saine; seul le respect de ces lois immuables nous procurera un corps robuste, une âme bien trempée et un esprit subtil.
La diète rationnelle sera donc la règle primordiale de tout homme sage.
Pour rétablir l'équilibre harmonique et le bon fonctionnement de tous nos organes nous aurons recours à la désintoxication par le jeûne plus ou moins prolongé selon les cas. Cette méthode, appliquée avec discernement, est susceptible de provoquer de vraies résurrections aussi bien morales que physiques.
Le Jeûne
Quelques cas de jeûnes prolongés et de suspension apparente de la vie
NOUS AVONS déjà vu l'importance des réserves vitales et nutritives de notre organisme qui peuvent, selon les individus, entretenir la vie durant plusieurs mois sans aucun apport nouveau de nourriture.
Dans son Traité de Yoga, E. Bosc déclare que « l'homme ordinaire peut vivre 50 à 51 jours sans prendre aucune espèce de nourriture solide ou liquide ». Dans le prochain chapitre nous aurons l'occasion d'étudier les cas de jeûneurs entraînés qui, dans un but expérimental ou thérapeutique, sont arrivés à se passer d'aliments durant des périodes beaucoup plus longues; des malades soignés par le Dr Dewey, ne consommant qu'une minime quantité d'eau, ont pu jeûner durant 65 à 70 jours; des cas semblables ont été observés par le Dr Moller; la doctoresse Hazzard, élève de Dewey, a même conduit un jeûne avec grand succès jusqu'au 75° jour; le record en cette matière est détenu pour notre vieille Europe par un patient du Dr Carrington qui jeûna 79 jours; mais ce sont les Yogis, passés maîtres en l'art de diriger leur respiration, leurs échanges nutritifs et leurs fluides vitaux, selon leur volonté, qui ont exécuté des jeûnes de plus longue durée; grâce à leur science ils arrivent à se plonger pour de longs mois dans un état de mort apparente. Le Yogi, par suite d'entraînements gradués et très savants, acquiert la possibilité de se mettre dans l'état de Samâdhi, espèce d'auto-trance qui lui permet de se passer presque totalement d'air respirable et de vivre dans un état léthargique durant de longues périodes, sans absorber aucune nourriture, solide ou liquide. Nous trouvons dans un intéressant ouvrage du colonel A. de Rochas, La suspension de la vie, la relation détaillée et fidèle de plusieurs cas de jeûnes prolongés, exécutés par des fakirs, ou plus exactement par des Yogis ; ces ascètes, après avoir subi un entraînement approprié, ont été enfermés pour de longs mois dans des caveaux
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scellés ou dans des cercueils hermétiquement clos enfouis à quelques pieds sous terre ; du blé ou du riz semé sur le tertre sous lequel reposait leur corps avait le temps de germer et de recouvrir le monticule d'une luxuriante végétation.
De Rochas cite entre autres le cas remarquable d'un fakir âgé de 30 ans, Haridès, qui jeûna et resta enterré durant dix mois, à la cour et sous la surveillance stricte du maharadja Randjet-Sing, de Sehore, près de Calcutta; en présence du général Ventura et du capitaine Wade, la caisse contenant le corps du Yogi endormi fut scellée par le prince lui-même, au moyen de son propre cachet qui ne le quittait jamais; la dalle fermant le caveau où avait été déposée la caisse fut encore recouverte de terre dans laquelle on sema de l'orge; durant les dix mois que se poursuivit l'expérience, des sentinelles de toute confiance gardèrent le tombeau nuit et jour.
Un médecin autrichien, le Dr Honigberger, ayant longtemps rempli les fonctions de médecin attaché au service particulier du rajah de Lahore, a pu observer Haridès tout à loisir et a décrit les nombreuses précautions et le minutieux entraînement suivi par le Yogi avant de se mettre en sommeil; son régime très frugal consistait en légumes et fruits, jamais d'ufs ni de viande; il observait une continence absolue et s'entraînait journellement aux exercices de la respiration profonde et rythmée, connue sous le nom de Yoga. Le Dr Honigberger donne dans son livre un dessin qui représente Haridès dans la position typique du fakir, assis sur son talon droit. Le docteur a pu observer comment Haridès, quelques jours avant de se laisser enfermer dans le cercueil, se soumettait à une purgation copieuse, se nourrissant les derniers jours d'une minime quantité de lait. Le jour même de l'enterrement il avalait lentement une bande de toile longue de 30 aunes (environ 35,5 mètres) et large de 3 doigts; puis après l'avoir laissée dans l'estomac un certain temps il la retirait; par ce moyen héroïque, il obtenait un nettoyage parfait de l'estomac ; puis le Yogi se plongeait jusqu'aux aisselles dans un tonneau d'eau et, au moyen d'un petit tuyau introduit dans l'anus il laissait pénétrer lentement le liquide dans l'intestin pour le nettoyer complètement. Ces précautions prises il fermait les orifices naturels avec des bouchons de cire aromatique, retournait sa langue pour boucher la glotte et le gosier, puis tombait enfin en catalepsie. Le Dr Honigberger nous décrit comme suit l'aspect du Yogi au moment de son exhumation : le linceul qui recouvrait le corps était maculé par d'abondantes moisissures; l'attitude était la même que le jour de l'ensevelissement ; le corps était froid, la peau plissée et les membres raides; pas trace de pouls ni aux radiales, ni aux tempes; le cur ausculté paraissait inerte; l'il était vitreux comme celui d'un cadavre. Néanmoins Haridès revint à la vie au bout <f un temps assez court après avoir reçu les soins entendus de ses disciples. « La résurrection du Yogi était accomplie, écrit-il, il avait fallu une demi-heure pour le ranimer et ses premières paroles furent,
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en apercevant le rajah : « Me crois-tu maintenant ? » Au bout d'une autre demi-heure, le fakir, bien que faible encore, trônait à la table royale. »
De Rochas rapporte un cas contemporain d'ensevelissement d'un Yogi, cas bien contrôlé par un de ses amis ayant longtemps séjourné dans l'Inde ; les Anglais, désireux de détruire définitivement ce qu'ils estimaient pure superstition de la part des natifs, avaient offert à un semiani de la secte de Vichnou qui prétendait pouvoir vivre de longs mois sans boire ni manger de faire une expérience, mais sous leur contrôle rigoureux et exclusif; à leur grand étonnement, le fakir accepta toutes leurs conditions et le tombeau préparé par les soins et sous la surveillance des autorités anglaises fut gardé militairement par des soldats, tous de nationalité britannique. Vingt jours après, le cercueil fut exhumé devant une foule nombreuse anxieuse du résultat et, au profond désappointement des Anglais mais à la joie des indigènes, leur Yogi fut rapidement ramené à la vie grâce aux soins diligents des bramines.
Un médecin de la marine, le Dr Laurent, qui séjourna longtemps en Indochine, raconte, dans le numéro d'octobre 1897 (p. 75-77) de L'initiation, l'inhumation volontaire des bonzes cambodgiens dont il eut des renseignements de source directe ; leurs pratiques préliminaires à la mise en sommeil sont les mêmes que celles des Yogis hindous; toutefois après être tombés en catalepsie, ils se font suspendre par des bandelettes à une poutre se trouvant au-dessus de la fosse afin de ne pas être la proie des rats qu'ils craignent tout spécialement dans cet état d'insensibilité et de mort apparente. Il résume l'observation de deux de ces bonzes qui se firent inhumer simultanément et qui, au bout de 26 jours, furent exhumés et rapidement rappelés à la vie.
Des ermites tibétains observés par les participants anglais de l'expédition du Mont Everest se nourrissaient depuis de longues années de dix grains de blé par jour et d'un peu d'eau et se portaient parfaitement bien; ils ne paraissaient aucunement souffrir de leur diète se rapprochant quasiment du jeûne complet.
Mme Alexandra David-Neel, l'exploratrice et l'orientaliste bien connue, dont les travaux sur le Tibet font autorité, a eu souvent l'occasion de faire la même observation ; elle rencontra au cours de ses pérégrinations des ascètes vivant des années dans la solitude de montagnes inaccessibles; leur régime était des plus frugals quand ce n'était pas le jeûne plus ou moins prolongé.
Ayant eu l'occasion de s'entretenir avec un bonze d'une pagode, le Dr Môller raconte qu'il put obtenir, après avoir gagné la confiance de ce sage, le secret de la diète préliminaire à ces longs jeûnes, secret jalousement gardé par les ascètes chinois.
Pour s'entraîner à l'exercice d'un jeûne de plus en plus prolongé, le prêtre prépare un mélange de trois livres de graines de lin et trois livres de pois verts qu'il fait cuire à la vapeur durant trois jours;
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puis le tout est refroidi et broyé dans un mortier jusqu'à formation d'une espèce de galette qu'on met sécher à l'air; au bout de quelques jours de dessiccation, cette mixture se transforme en farine brune; le bonze qui veut jeûner commence par en ingurgiter une quantité aussi grande que possible; lorsqu'il est arrivé à en absorber au moins une livre et demie il peut sans difficulté se passer de nourriture pendant environ trois mois; il est assuré de ne plus ressentir la faim à condition de boire chaque semaine un peu d'eau pure; lorsque toute la farine est enfin digérée au bout de ces trois mois, la sensation de la faim réapparaît. Le bonze reprend alors de sa fameuse farine, mais en moins grande quantité et il peut recommencer à jeûner aussi longtemps que la première fois.
A ce régime spécial, les organes gastro-intestinaux, le foie notamment, se ratatinent peu à peu et le bonze prend l'aspect d'un squelette vivant à peau sèche et parcheminée; seuls les poumons et le cur continuent à fonctionner régulièrement. Des périodes de jeûne durant deux ans ne sont pas rares; parfois cependant, lorsque l'entraînement est poussé d'une façon trop rapide, la mort peut se produire; alors, paraît-il, le « bienheureux » est conservé ainsi qu'une momie sacrée, et son corps purifié par le jeûne ne tomberait jamais en putréfaction.
Quant aux inhumations prolongées des Yogis, elles offrent
aussi
certains dangers, surtout lorsque ceux qui tentent cette
expérience
sont mal préparés ou pas suffisamment
entraînés ; dans ce cas le retour
à la vie devient souvent impossible. Les Yogis redoutent tout
spécia
lement de devenir, durant leur sommeil, la proie des petits
carnassiers :
rats, souris ou fourmis. '
D'après une relation du major Osborne, témoin oculaire du fait, de Rochas cite une expérience de ce genre qui eut une fin tragique : II y avait vers 1873 à Sehore où séjournait le dit major, un jeune fakir du nom d'Oumra-Doula, très renommé par la sainteté de sa vie et par ses pouvoirs extraordinaires. M. Osborne eut l'occasion de suivre de près deux inhumations du Yogi et cela grâce à l'intervention de son ami le brahmane Chatterji; la première fois la mise au tombeau fut surveillée dans tous ses détails par son lieutenant, M. Willhougby, qui acquit la conviction qu'aucun truc n'était possible ; comme d'habitude le corps fut recouvert de terre sur laquelle on sema de l'orge; une sentinelle veillait en permanence auprès de la tombe. Au bout de dix mois la terre fut déblayée et la fosse ouverte ; on y trouva le corps inerte, sans vie apparente; après avoir été traité par les brahmanes selon les rites, le Yogi reprit connaissance au bout d'un temps assez court, puis il se leva et se mit à marcher.
Une seconde fois l'inhumation eut lieu dans un caveau scellé par une dalle énorme recouverte de terre. Cette fois l'opération de fermeture du caveau était dirigée par un certain kshâtria, le guerrier Chagalia, appartenant à la garde de la béguin de Bhopal; c'était un
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ennemi juré du fakir, parce que ce dernier, grâce à ses pouvoirs de voyant, avait découvert autrefois au prince les malversations de son kshâtria qui de ce fait avait été condamné à la bastonnade ; au moment de rouler la pierre qui fermait le caveau, Chagalia, d'un geste rapide, avait jeté un objet allongé dans la fosse. Six mois après, lorsqu'on ouvrit la tombe et que la dalle fut soulevée, on vit une fourmi sortir du trou béant, ce qui fit pousser un cri d'effroi au chef des brahmanes qui dirigeait les opérations. Une fois le sac ouvert on trouva le fakir à l'état de squelette admirablement bien nettoyé ; des files de fourmis rouges quittaient en hâte le caveau; c'est ainsi que le kshâtria avait réussi à se venger de son ennemi; l'objet qu'il avait jeté dans la tombe était une gourde pleine de fourmis rouges connues pour leur terrible voracité.
Pas n'est besoin d'aller jusqu'aux Indes pour trouver des cas de vie se prolongeant des années avec un apport presque insignifiant de substances alimentaires; dans cette même étude, de Rochas cite de nombreux exemples de personnes, surtout de mystiques, ayant vécu très longtemps dans un état de jeûne presque absolu.
Le Dr Mackensie a pu observer une jeune femme de 33 ans qui tomba dans une espèce de somnolence et qui durant quatre ans n'avala rien « qu'une cuillerée d'eau médicamenteuse et une pinte d'eau simple; elle n'eut aucune évacuation par les selles et les urines; la transpiration fut presque nulle. Le pouls que j'ai eu quelque peine à trouver, est distinct et régulier, lent et excessivement faible, le teint bon et assez frais ».
En 1790, plusieurs savants genevois eurent également l'occasion d'observer une jeune fille des environs, Joséphine Durand, qui en était arrivée à vivre à peu près sans boire ni manger; durant quatre mois elle n'avait même pris aucune nourriture solide ou liquide.
Les journaux scientifiques de 1896 parlèrent beaucoup d'une femme de 45 ans, Zélie Bouriou, dite la jeûneuse de Bourdeilles, qui cessa totalement de boire et de manger à la suite de chagrins causés par des malheurs subits. Durant 125 jours, elle fut observée et étroitement surveillée à l'hôpital de Bourdeilles; elle ne prit durant cette période, nous dit le Dr Lafont, qu'un peu d'eau panée qu'elle rejetait immédiatement. Un autre cas remarquable à ce point de vue est celui de la dormeuse de Thenelles, Marguerite Bougenval, observée successivement par le Dr Charlier, son médecin traitant, puis par les docteurs et professeurs Charcot, Voisin, Bérillon et Gilles de la Tou-rette; elle dormit de nombreuses années sans prendre aucune nourriture solide, ne vivant que de quelques aliments liquides souvent vomis, aussitôt qu'absorbés; en 1903, à la suite d'une peur elle se réveilla et commença à manger quelque peu, mais la nourriture sembla ne pas lui profiter beaucoup, car elle mourut quelque temps après son réveil. La durée totale de cette somnolence extraordinaire fut de vingt années. Pour les médecins, spécialistes des maladies
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nerveuses, qui l'ont observée, il ne s'agirait pas d'un sommeil naturel, mais d'un état pathologique se rapprochant nettement de l'état d'hibernation de certaines espèces animales.
En 1902, le peintre anglais James Ward fit le portrait d'une jeûneuse remarquable par ses abstinences et ses sommeils qui s'étendaient sur plus d'un demi-siècle; durant les rares périodes où elle prenait quelque nourriture, elle se contentait d'un peu d'eau et d'un morceau de pain de 30 grammes par quinzaine. A 88 ans son corps était complètement décharné et réduit à l'état de squelette.
Parmi les religieux et les mystiques chrétiens, nombreux sont ceux qui se soumirent à des macérations et à des jeûnes prolongés et qui vécurent cependant en parfaite santé, jouissant d'une plus grande pénétration psychique. Gôrres en cite plusieurs cas remarquables dans sa Mystique divine (livre II, chap. V). Parlant de « la mystique purgative » qui règle et purifie l'appétit nutritif ainsi que le sommeil, il écrit entre autres :
« Or, c'est une loi générale, qu'à mesure que l'activité de l'esprit diminue, la masse du corps augmente; et qu'au contraire lorsqu'une discipline sévère diminue la masse du corps, l'esprit est plus libre et plus dégagé. »
On sait que sainte Rosé de Lima, lorsqu'elle ne jeûnait pas, vivait de quelques bouchées de pain sec et d'eau.
Sainte Lydwine de Schiedam vécut pendant trente-trois ans d'une petite tranche de pomme ou d'un peu de pain avec quelques gorgées d'eau, de lait ou de bière ; vers la fin de sa vie elle ne prenait plus que de l'eau pure.
Saint Joseph de Copertino, bien connu par ses austérités et par ses grands pouvoirs mystiques et métapsychiques, présenta souvent dans ses extases le phénomène remarquable de la lévitation; il vivait de la façon la plus frugale ; pendant cinq ans il ne mangea pas de pain, durant dix autres années il s'abstint de boire du vin, son régime consistait en plats d'herbages, de fruits et de fèves en très minime quantité.
Nous connaissons les nombreux jeûnes et les privations journalières auxquels se soumettait le saint curé d'Ars.
Souvent l'eucharistie a remplacé pendant de longs mois, chez beaucoup de mystiques, toute nourriture effective ; telles : sainte Catherine de Sienne, sainte Colette et d'autres plus modernes comme la stigmatisée Louise Lateau; une autre stigmatisée dont on s'occupe beaucoup depuis quelques années, Thérèse Neumann, dite la visionnaire de Konnersreuth, n'a pris de 1923 à 1927 aucun aliment solide, si ce n'est des parcelles d'hostie consacrée, avec quelques gouttes d'eau ; voici ce que raconte un de ses historiographes, Fr. de Lama : « A Noël 1922, le cou enfla en même temps que se produisait une paralysie des muscles de la déglutition. C'est à partir de ce moment qu'elle fut obligée de s'abstenir de nourriture solide. Durant les deux années qui
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suivirent, à différentes reprises il se forma à l'intérieur du cou des abcès, qui provoquèrent des crises d'étouffement presque mortelles. En 1923, Thérèse Neumann ne prenait même plus aucune boisson, si ce n'est une à deux cuillerées par jour... Depuis 1926, jusqu'à ce jour (1927), elle n'absorbe plus que six à huit gouttes d'eau en recevant la sainte communion. Bien entendu il y eut des essais réitérés de la part de sa mère et de son curé pour la faire manger ; vaines tentatives, qui ne firent que provoquer des vomissements et des accès d'étouffement. A l'heure qu'il est tout besoin de nourriture a disparu. Il en est de même pour le sommeil. » Ce cas est discuté avec âpreté par toute la presse scientifique matérialiste; elle ne veut y voir que les exploits d'une hystérique ; mais ces contradicteurs passent sous silence que depuis des années Thérèse Neumann est observée minutieusement par des savants et des hommes dignes de toute confiance.
Tous les Suisses connaissent le pacifique saint Nicolas de Flue, l'apôtre de la paix et de la concorde ; lorsqu'à 50 ans il jugea bon de quitter la vie publique, au grand regret de ses concitoyens, il obtint de sa femme de se consacrer entièrement à Dieu ; il se retira dans la solitude et y passa le reste de ses jours. Les chroniques du temps nous apprennent qu'il vécut ainsi dans la méditation et la prière jusqu'à l'âge de 70 ans sans prendre d'autre aliment que l'eucharistie; l'évêque de Constance avait voulu avoir la certitude de ce qu'il estimait être un miracle; pour ce faire il fit surveiller l'ermite pendant un mois par les habitants d'Unterwald, et il acquit la conviction que personne n'avait pu communiquer avec Nicolas pour lui apporter clandestinement de la nourriture.
L'occultiste érudit, Dr F. Rozier, dans une intéressante étude sur le Plan physique, parue dans le numéro de mars 1903 de L'initiation (vol. 58, p. 215) divise ce plan en trois sous-plans : supérieur, moyen et inférieur, auxquels correspondraient trois corps physiques doués de propriétés particulières ; le corps physique moyen, développé spécialement, conférait à l'individu des pouvoirs de pénétration de la matière, de bilocation, de dématérialisation et notamment la faculté de pouvoir vivre de longues périodes sans boire, ni manger, et même sans respirer et sans subir les attaques du feu; il en donne des exemples remarquables. Il cite entre autres le cas extraordinaire de Christina Mirabilis : « En effet, dans cette dernière année de sa vie, presque toutes les parties de son corps animal s'étaient tellement spiritualisées, que personne ne pouvait regarder son ombre sans trouble et sans terreur. » Elle jeûnait continuellement, présentait le phénomène de la lévitation à un très haut degré, pouvait vivre sous l'eau ou au milieu du feu. « Son histoire entière, nous dit le Dr F. Rozier, est très instructive parce qu'elle présente un exemple remarquable d'un corps physique ayant évolué jusqu'au plan physique moyen, d'une manière complète. En lisant cette histoire, on verra la plupart des propriétés de ce plan, réunies comme pour une démonstration scientifique. »
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Toutes ces constatations prises dans des milieux les plus divers prouvent à l'évidence la possibilité de la vie même avec une diète réduite au strict minimum; elles démontrent aussi la complète innocuité du jeûne et même son utilité très grande pour développer le corps spirituel de l'homme, pour le dégager des liens de la matière et lui permettre une ascension plus rapide vers la< perfection et vers l'idéal.
Nous allons passer maintenant aux preuves fournies par des jeûnes exécutés dans un but expérimental et démonstratif.
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Cas de jeûnes expérimentaux et démonstratifs
ALGRÉ tous ces jeûnes, prolongés durant de longs mois, bien et dûment constatés par l'histoire de tous les siècles, la science matérialiste se refusa longtemps à en accepter la possibilité, sous prétexte que le fait ne s'observait pas chez les animaux supérieurs. Dans son cours de physiologie à la Faculté de médecine de Paris, le professeur Longet disait encore en 1869 que les rares cas de jeûne rapportés par la chronique « se réduisaient à néant », qu'ils étaient le fruit de l'imagination populaire. « La faim, disait-il, est une fonction toute animale dans laquelle l'esprit ne joue aucun rôle ; or, comme chez les animaux, la mort arrive fatalement en assez peu de jours dans les cas d'inanition, il nous paraît impossible qu'il en soit autrement chez l'homme. » Cette citation est un bel exemple des erreurs auxquelles peut conduire le parti pris matérialiste.
Pour vaincre cette résistance et cet aveuglement officiels, il fallut donc avoir recours à l'expérience ; c'est ce que firent des partisans du jeûne, qui s'abstinrent de nourriture durant de longues semaines, surveillés et contrôlés rigoureusement par des commissions médicales; puis ce furent des professionnels du jeûne qui, contre bonne rémunération, s'exhibèrent dans des cages, aux panneaux de verre, scellés par voie juridique.
Ce fut un médecin anglais, domicilié à New-York, le Dr Tanner, qui fit en 1880 la première démonstration expérimentale de la possibilité de longues périodes d'abstinence complète ; à la suite d'un pari, le Dr Tanner entreprit un jeûne de 40 jours sous la surveillance stricte de plusieurs professeurs et médecins qu'il tenait particulièrement à gagner à la cause du jeûne ; il voulait ainsi démontrer la possibilité, l'innocuité et surtout la grande utilité thérapeutique de cette méthode. Il était tellement convaincu de l'excellence de sa cause qu'il n'avait pas craint d'engager lors de son pari le coquette somme de 25 000 francs (5000 dollars). Au début de son jeûne, le Dr Tanner pesait 71,4 kilogrammes; bien nourri, il avait une réserve assez abondante de tissu adipeux; durant les quatorze premiers jours le docteur ne prit rien
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du tout, pas même de l'eau, chaque jour il faisait une promenade d'une demi-heure accompagné de ses surveillants, il perdit 12 kilogrammes durant cette première période ; il se mit à boire un peu d'eau, à partir du vingt-cinquième jour il eut quelques malaises avec vomissements de bile cédant rapidement à l'ingestion d'un peu d'eau gazeuse. A part une certaine irritabilité qui se manifesta les derniers temps, le Dr Tanner fut toujours d'excellente humeur et parfaitement lucide. Arrivé à la fin de son jeûne, il pesait 55,1 kilogrammes, soit une perte totale, durant cette expérience, de 16,3 kilogrammes. Pendant ce temps il n'absorba que 21 litres d'eau; son sommeil fut toujours parfait, il dormait en moyenne de 16 à 18 heures par jour.
Son premier repas fut copieux, il consista en lait, melon, vin et un bifteck qu'il digéra, paraît-il, facilement; les premiers temps il s'en tint cependant à une alimentation plutôt végétarienne; au bout de huit jours, il avait déjà repris son poids originel. Avant sa cure, le Dr Tanner souffrait de désordres gastro-intestinaux qui disparurent à tel point qu'il put digérer sans peine un melon d'eau de plusieurs livres le jour même de la reprise alimentaire, cela au grand scandale de ses collègues qui lui prédisaient des maux multiples et variés comme suite inévitable d'une pratique aussi contraire aux lois de la médecine officielle.
Cette expérience eut l'excellent effet d'ébranler la conviction des sceptiques qui se mirent à étudier la question de plus près; on commença alors à considérer le jeûne comme possible, sinon comme très utile. Cependant le Dr Tanner avait été si peu affaibli par ce long jeûne qu'il accepta de répéter son expérience dans plusieurs villes, en se soumettant toujours à un rigoureux contrôle médical; ces jeûnes réitérés lui furent très salutaires, car il garda jusque dans sa vieillesse une souplesse et une vigueur remarquables; il mourut en 1919 à l'âge de 91 ans, proclamant à qui voulait l'entendre que la cure de jeûne était la vraie cure d'eau de Jouvence.
Ces démonstrations publiques rapportèrent au Dr Tanner des revenus financiers assez respectables; aussi nous devons bien penser qu'il suscita de nombreux imitateurs parmi lesquels le col. de Rochas cite tout spécialement : Battandier à Vesoul, Savonay à Alger, Alex. Jacques à Londres, Simon à Bruxelles, qui jeûnèrent plus ou moins longtemps et admirent le public à les contempler moyennant payement. Ces exhibitions contribuèrent à faire connaître la possibilité de la vie sans nécessité d'un apport alimentaire quotidien; elles eurent le mérite de préparer le terrain à la méthode du jeûne exécuté dans un but thérapeutique en en démontrant la possibilité et l'innocuité.
Un Italien, Alberto Montazzo, offrit même de se soumettre à un jeûne de six mois, mais il ne se trouva aucun savant qui voulût prendre la responsabilité de cette expérience.
En 1887 un autre Italien, le jeûneur Cetti, fit une démonstration devant les professeurs de l'Université de Berlin, mais elle prit fin au
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bout de dix jours, les savants ayant eu peur et forcé Cetti à prendre quelque nourriture ; durant les six premiers jours de jeûne tout alla très bien, sauf quelques renvois stomacaux et quelques douleurs d'entrailles ; la première selle survint à la fin du sixième jour, ce qui améliora beaucoup l'état général ; le huitième jour il se portait à merveille; il eut quelques malaises et faiblesses le neuvième jour; l'état s'aggrava le dixième jour, ce qui effraya ces médecins, peu familiarisés avec les phases normales du jeûne ; au lieu de forcer Cetti à manger, il eût suffi de lui administrer une bonne purge qui l'eût débarrassé de ses toxines et de ses détritus intestinaux, causes effectives des malaises observés, notamment l'excitation et la variabilité du pouls (82 pulsations dans la position étendue et 108 assis), phénomènes dus à une autointoxication qu'une purge eût fait disparaître, permettant à Cetti de jeûner beaucoup plus longtemps.
Ce furent deux Italiens encore, le peintre sicilien Merlatti qui jeûna, sous contrôle, 50 jours à Paris, et son compatriote Succi qui fit, à partir de 1885, plusieurs séries déjeunes de 20 à 30 jours; ce dernier eut la bonne fortune d'être examiné d'une façon rationnelle par le physiologiste Luciani, alors professeur à Florence ; de l'observation de Luciani nous apprenons que Succi, âgé de 35 ans, était de taille moyenne, plutôt maigre, avec des muscles et un squelette bien développés ; les organes étaient normaux, preuve que ses jeûnes antérieurs ne lui avaient pas été nuisibles; il était de caractère vif et irritable, supportant difficilement la contradiction quant aux idées qui lui étaient chères et, nous dit de Rochas, « comme il professait des théories peu en accord avec les opinions vulgaires, il fut deux fois enfermé dans un asile d'aliénés, à Rome, et deux fois relâché au bout de peu de temps ». Il avait beaucoup voyagé en Afrique, où il prit les fièvres ; c'est justement durant cette maladie qu'il constata qu'il pouvait très bien vivre sans manger et poursuivre ses excursions grâce à certains sucs végétaux qu'il prenait comme médicaments; il en fit un mélange qu'il appelait sa liqueur de Zanzibar, consistant en un extrait de suc de feuilles de tabac, de kola et de coca. En 1886, Succi fit encore un jeûne dé 30 jours, à Milan, sous le contrôle de plusieurs médecins ; le Dr Luigi Bufalini, rapporteur de la commission de contrôle, nous apprend que la surveillance avait été très stricte, et « qu'on a nettement constaté qu'il n'y avait eu aucune supercherie ». L'intelligence de Succi est restée tout à fait lucide, son aptitude aux diverses occupations très complète et sa force musculaire égale à celle d'un homme qui se nourrit bien. Il but en moyenne 850 grammes d'eau par jour, dont il rejetait par vomissement volontaire environ 250 grammes. La quantité d'urine émise chaque jour variait de 408 à 500 grammes au maximum; l'urée excrétée présentait un minimum de 10 grammes lorsque Succi gardait le repos et montait à 29 grammes après des exercices violents. Toutes les sécrétions étaient presque totalement abolies; Succi n'a jamais transpiré, même après une course de sept kilomètres; il ne se moucha
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ni ne cracha durant tout son jeûne. La température moyenne oscillait autour de 370 C. ; on comptait au repos 21 respirations et 71 pulsations à la minute. Au début de l'expérience son poids était de 61,3 kilogrammes et de 48,2 kilogrammes à la fin, soit une diminution de 13,1 kilogrammes, ce qui représentait une perte journalière de 441 grammes. Le trentième et dernier jour de jeûne, le rapporteur note spécialement que : « toutes ses facultés physiques et intellectuelles étaient absolument normales, malgré les exercices violents auxquels il s'était livré et qui paraissaient n'avoir entraîné aucune fatigue ».
La boisson de Succi consista durant ces trente jours en : 7 litres d'eau de Vichy, 12 litres d'eau purgative d'Hunyadi Janos, et 16 litres d'eau pure.
Le rapport du Dr Bufalini se termine par une affirmation assez baroque et inattendue : « J'admets une névropathie réelle portant sur le système ganglionnaire; le secret du jeûne est à chercher dans son grand sympathique dont le fonctionnement est anormal. » Cette conclusion illogique montre combien peu les savants matérialistes du siècle passé connaissaient les ressources réelles et les possibilités des réserves vitales du corps humain.
Lors d'un jeûne que Succi fit à Paris, le col. A. de Rochas eut l'occasion de parler longuement avec lui, de se convaincre de la parfaite innocuité de la méthode et de la façon logique et consciente dont l'expérience était menée; de Rochas nous dit qu'il trouva un homme dont l'esprit était parfaitement équilibré et qui de plus était très versé dans les arcanes des sciences psychiques et occultes, ce qui n'est pas sans apparenter ce jeûneur avec les Yogis de l'Inde.
Succi fit encore une fois un jeûne de 30 jours à Florence sous la direction du professeur Luciani qui l'observa journellement et consigna toutes ses constatations dans un livre intitulé : La faim. Etudes et expériences. Par la lecture de cet ouvrage on peut se convaincre de la minutie et de l'exactitude avec lesquelles cette expérience a été suivie.
Luciani examina attentivement les échanges nutritifs de Succi durant son jeûne, comparant la quantité et la teneur des excrétions avant le début de l'expérience, pendant et après. Il voua une attention toute particulière au fonctionnement du cur et à celui des muscles en général. Il put se convaincre que le jeûne ne diminuait pas beaucoup l'endurance, l'énergie musculaire et psychique de Succi; ainsi le douzième jour ce dernier fit une course à cheval qui dura une heure quarante minutes; puis il fournit une course de vitesse à pied d'une durée de huit minutes qu'il disputa avec trois jeunes étudiants, enfin le même soir il prit part à un duel au sabre ; le podomètre avait enregistré pour cette seule journée la somme respectable de 29 900 pas. Durant cette expérience, il fournit en moyenne un travail musculaire des jambes représentant le total de 3000 à 4000 pas chaque jour.
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Luciani mentionne que Succi avait exécuté son pas de course avec beaucoup de facilité et d'agilité, que le seul symptôme particulier avait été une accélération des pulsations cardiaques qui reprirent du reste rapidement leur rythme normal après un temps de repos très court; l'augmentation avait été de 60 battements en plus par minute.
Le vingt-troisième jour de jeûne, Succi soutint vaillamment deux assauts au sabre, et cela d'après les propres termes de Luciani, « avec résistance, force et habileté»; ce même jour le podomètre enregistra un total de 7000 pas.
La formule sanguine fut très heureusement modifiée par cette longue abstinence; au début le nombre des globules rouges était de 4 526 000 au mm!, le vingt-neuvième jour il atteignait 4 805 000 au mm3; la quantité des globules blancs présenta aussi une amélioration proportionnelle; ce furent notamment les cellules actives à forme jeune qui subirent la plus forte augmentation.
La température se maintint continuellement un peu au-dessous de la normale. L'élimination d'azote par l'urine diminua graduellement et d'une façon constante, indiquant qu'il y avait une notable réduction de la combustion des substances albuminoïdes, tandis que la graisse était brûlée en égale quantité chaque jour. Luciani nota que le dernier jour de nourriture l'excrétion d'azote était de 16,2 grammes, quantité qui passa le cinquième jour de jeûne à 12,8 grammes, le dixième jour à 6,8 grammes, pour atteindre son minimum le vingt-deuxième jour avec 3,2 grammes et remonter le dernier jour à 6,5 grammes.
La conclusion à laquelle arrive Luciani, à la suite de cette observation, fut plus logique et plus conséquente que celle de son collègue de Milan; il déclare qu'au point de vue physiologique l'expérience qu'il a effectuée avec le concours de Succi « nous prouve qu'un adulte sain peut vivre trente jours sans dommages pour la santé lorsqu'il se soumet à certaines règles ».
Cette conclusion émise par un physiologiste aussi éminent est à retenir, car elle ouvrit une ère nouvelle à la question du jeûne thérapeutique et renversa cette légende accréditée par la science officielle de son temps, à savoir que l'homme ne pouvait vivre plus de quelques jours sans manger et qu'il y avait danger mortel à ne pas l'alimenter en cas de maladie prolongée.
Succi exécuta un autre jeûne expérimental de 45 jours en 1890, à New-York; durant cette période il fut observé minutieusement et d'une manière tout à fait scientifique par plusieurs médecins qui confirmèrent, tout en les complétant, les observations de Luciani; ils sont unanimes pour conclure à l'excellence de la pratique du jeûne au point de vue de la rénovation des organes.
A la fin de cette expérience Succi avait perdu environ 43 livres (poids initial 147,5 livres, poids final 104,38 livres).
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On fit une constatation intéressante en ce qui concerne l'accroissement de la force musculaire et de la capacité respiratoire au cours du jeûne; au début de l'expérience le dynamomètre indiquait une force de 47 kilogrammes à la main droite et une capacité pulmonaire de 1450 centimètres cubes au spiromètre; le douzième jour du jeûne on mesurait déjà une force de 60 kilogrammes à la main droite et une capacité pulmonaire atteignant 1750 centimètres cubes. Le vingt-deuxième jour il fit sans fatigue une course à cheval de 8 milles (environ 13 kilomètres); enfin le quarante-quatrième jour il se livra encore à quelques passes d'escrime au sabre et nagea sans en éprouver de fatigue.
En 1909, ce fut un médecin anglais, le Dr Penny, qui fit un jeûne expérimental de trente jours; il ne prit comme boisson que de l'eau distillée. Il occupait son temps à lire, à converser et à faire un exercice modéré, consistant soit en promenades pédestres de 5 à 6 kilomètres, soit en excursions à bicyclette de 8 kilomètres et plus. Il prenait de 12 à 14 heures de repos. A part les deux premiers jours où il ressentit la faim d'une façon désagréable, son état général fut toujours excellent; il était seulement un peu plus frileux que d'habitude et avait souvent les extrémités froides, surtout les pieds.
Le trentième jour il rompit le jeûne en absorbant une livre anglaise (453,5 grammes) de fruits succulents; durant dix-sept heures son poids diminua encore et il eut une abondante élimination d'urates. L'amaigrissement total fut d'un peu plus de 13 kilogrammes, soit en moyenne 438 grammes par jour.
Vers la même époque, MUe la doctoresse de Serval, toute gagnée à la cause du jeûne thérapeutique, fit une expérience de 24 jours d'abstinence à l'hôpital de la Charité à Berlin; elle fut enfermée dans une cage en verre de 3 mètres de long sur 2,50 mètres de large et 2 mètres de haut; la perte de poids vu l'immobilité presque complète ne fut que de 7 kilogrammes. Ce jeûne fut très facile et sans aucun dommage pour le sujet, bien au contraire, MUe de Serval répéta plusieurs fois la même expérience la prolongeant jusqu'à 40 jours durant lesquels elle n'absorba qu'une faible quantité d'eau pure à la place de l'eau minérale prise au cours des jeûnes antérieurs. Non seulement elle déclara se porter parfaitement bien durant ces périodes d'abstinence, mais encore elle assura se trouver dans un état si agréable et si lucide qu'elle regrettait toujours de devoir recommencer à manger. Elle affirme en outre s'être radicalement guérie de plusieurs infirmités et de divers malaises par des jeûnes plus courts et répétés (2 à 6 jours) en ne buvant que de l'eau pure.
Mlle Dr de Serval estime que la plupart de nos maladies proviennent d'une nourriture irrationnelle ou trop copieuse; elle pense que tous, jeunes et vieux, malades et bien portants, nous devrions jeûner deux jours par semaine, cela vaudrait mieux et serait plus sage et plus économique que de s'ingurgiter force médicaments.
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Depuis lors des expériences ont été faites sur des animaux; elles ont confirmé et éclairé le détail des processus vitaux qui se produisaient durant le jeûne. On a pu établir avec certitude, Chossat entre autres, que la perte de poids portait sur les tissus et sur les organes de moindre importance vitale; la graisse disparaît presque complètement durant la période d'inanition, tandis que le système nerveux et le cur perdent très peu de leur poids ; il y a, comme le dit très bien le professeur Pfliiger, une loi d'adaptation durant la faim qui assure la protection des principaux organes du corps pour maintenir leur nutrition et leur fonctionnement aux dépens des organes secondaires. Miescher a démontré que le même phénomène a lieu pour le saumon du Rhin qui vit environ neuf mois sans prendre aucune nourriture durant la ponte; pour se soutenir et assurer le fonctionnement des glandes sexuelles ces poissons mangent leur provision de graisse et une bonne partie de leur musculature.
Nous allons maintenant donner un tableau des pertes moyennes, durant le jeûne, des divers organes du corps, telles qu'on les indique dans les manuels classiques :
Graisse 95 % Poumons 26 %
Rate 69 % Peau 25 %
Foie 62 % Os 18 %
Muscles 44 % Cur 3 %
Reins 36 % Cerveau et système nerv. 2,2 %
Ce tableau répond victorieusement à toutes les objections émises contre le jeûne, par les pessimistes et par les ignorants, qui déclarent, au nom de théories fausses, que cette méthode est dangereuse pour les organes vitaux, notamment pour le cerveau et pour le cur.
Voulant observer l'effet éloigné du jeûne sur l'organisme, le Dr von Seeland soumit un lot de six pigeons au jeûne répété et rythmé, soit un total de 15 jours de diète en trois mois et demi; un autre lot de pigeons témoins était nourri chaque jour à leur faim. La moyenne de poids des pigeons jeûneurs était au début de l'expérience de 302 grammes par tête; elle atteignit 368 grammes au terme de l'observation; par contre, la moyenne de poids des pigeons témoins, abondamment nourris, était de 301 grammes au début pour arriver à 347 grammes à la fin, malgré cette nourriture à discrétion; ce qui fait qu'au bout de trois mois et demi, les pigeons témoins surnourris n'avaient engraissé que de 15 %, tandis que les jeûneurs avaient augmenté leur poids primitif de 21 %. Cette observation démontre nettement l'excellence du jeûne rythmé et de courte durée dans les cas où l'on veut fortifier un organisme débile.
Lors d'une autre série expérimentale, le Dr von Seeland observa que des coqs, soumis au jeûne intermittent, furent beaucoup plus vigoureux et résistants. « Au milieu de janvier, raconte-t-il, nous eûmes des gelées très violentes à la suite desquelles tous les coqs du
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deuxième groupe, non jeûneur, eurent la crête gelée presque en entier. Par contre, les crêtes des volatiles soumis au jeûne ne présentèrent qu'une légère zone gelée à la périphérie ; les cellules de leurs tissus et leur peau étaient donc devenues plus résistantes. »
Môller cite une expérience très intéressante faite tout récemment par Serge Morgulis sur de jeunes tritons :
Un deuxième groupe B était soumis à un jeûne de 7 à 8 semaines, puis à une alimentation abondante.
Un troisième groupe C comprenait des animaux soumis à une série de jeûnes alternatifs d'une semaine, suivis d'une semaine de nourriture copieuse.
Les résultats furent les suivants : Les animaux du groupe B, à jeûne unique et long, rattrapent rapidement le poids des animaux de contrôle A et finissent même par les dépasser, l'augmentation journalière étant le double de celle des témoins. Quant au groupe C, d'animaux jeûnant par intermittence, ils mirent un peu plus de temps à reprendre leur poids; si dans ce cas les résultats diffèrent un peu de ceux du Dr von Seeland, cela peut tenir au fait qu'il s'agissait de tritons jeunes, en voie de développement, tandis que les pigeons du Dr von Seeland étaient des sujets adultes. En tout état de cause ces deux expériences concordent sur un point; elles confirment le fait que le jeûne, après avoir débarrassé le corps de ses déchets, agit en fin de compte comme un puissant excitateur de la nutrition.
Le cas du malheureux maire de Cork est encore présent à toutes les mémoires; Mac Svriny, grand patriote irlandais, fut incarcéré en 1920 dans les prisons de Londres; il résolut, en matière de protestation, de se laisser mourir de faim. Ce ne fut qu'après 75 jours de jeûne absolu que la mort vint le délivrer. Ce long jeûne, fait sans aucune préparation, prouve qu'avant d'en arriver au terme fatal l'organisme dispose de grandes réserves alimentaires et énergétiques.
Nous trouvons, parmi les publications parues sous les auspices du Laboratoire de nutrition de l'institut Carnegie de Washington, deux importants ouvrages consacrés à l'étude des échanges nutritifs durant le jeûne ; dans le premier le Dr F. G. Benedict traite de L'influence de l'inanition sur le métabolisme; il y fait une bonne étude historique du sujet et l'examine sous tous ses aspects, entrant dans les détails les plus circonstanciés; le second ouvrage, ayant trait plus spécialement à l'étude d'un jeûne de 31 jours fait au laboratoire de l'institut par M. A. Levanzin, a été rédigé par le même auteur avec la collaboration de spécialistes : le Dr //. W. Goodall pour ce qui concerne l'étude physique et urinaire de ce cas, le Dr J. E. Ash pour l'examen détaillé du sang, le Dr H. S. Langfeld pour l'étude psycho-physiologique du patient, le Dr A. I. Kendall pour l'examen microscopique de la flore intestinale et H. L. Higgins préposé à l'investigation physico-chimique des échanges gazeux pulmonaires.
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Ce dernier ouvrage nous fournit les détails les plus minutieux de la vie et du comportement de notre jeûneur observé jour et nuit, heure par heure.
De cet amas de documents nous pouvons en dégager quelques faits instructifs et directement pratiques que nous allons résumer, renvoyant à l'original ceux qui désireraient de plus grandes précisions.
Benedict tient à nous affirmer dès le début qu'aucune précaution n'a été négligée pour assurer la pleine réussite et le contrôle parfait de cette expérience ; une chose cependant qui n'est pas sans nous étonner de la part de ces savants, c'est la crainte qu'ils laissent voir des suites fâcheuses possibles d'un tel jeûne ; en effet avant de faire venir M. A. Levanzin de Malte pour tenter cette expérience, il leur faut trois certificats de santé, établis, l'un par le Dr R. Samut, professeur de physiologie à l'Université de Malte, l'autre par le Dr J. S. Galiga et le troisième par le médecin de famille, le Dr Agius ; de plus, avant son départ, ils font signer à M. Levanzin une déclaration notariée déchargeant l'institut Carnegie de toute responsabilité en cas de maladie contractée par le sujet, soit à la suite de cette expérience, soit durant le voyage ou encore en raison du changement de climat; si l'auteur estime que ce sont là moyens propres à calmer l'anxiété du patient, nous devons avouer que nous restons très sceptique sur le résultat final de tels procédés. Après avoir pris ces précautions, beaucoup plus de nature à sauver les intérêts de l'institut que ceux du sujet en expérience, on est en droit de trouver un peu naïf des affirmations de la nature de celle-ci : « and every attempt was made to minimize anxiety on the part of the subject ». Cette peur des risques possibles d'un jeûne de 31 jours n'est pas sans étonner non plus de la part de savants du XXe siècle (l'ouvrage porte la date de 1915); cet état d'esprit nous fait parfaitement réaliser combien la cure de jeûne et ses possibilités thérapeutiques sont encore méconnues dans les milieux universitaires; en outre le fait de réclamer de la part de M. Levanzin une déclaration de non-responsabilité de l'institut en cas d'accident fâcheux nous étonne à un double point de vue : moral et psychologique ; si les auteurs estimaient cette expérience dangereuse, ils avaient le devoir strict d'en assumer la charge aux frais de l'institut et si au point de vue psychique ils tenaient à calmer l'anxiété du sujet, il fallait en tout premier lieu assurer son avenir en cas de suites mauvaises; c'est la seule attitude qui nous paraisse équitable et devoir répondre aux desiderata du simple bon sens. Cependant ces restrictions ne semblent pas avoir impressionné beaucoup M. A. Levanzin, naturiste convaincu, qui avait le plus grand désir de démontrer à des savants de laboratoire la possibilité et l'efficacité du jeûne de longue durée.
Cette expérience fut conduite de façon à pouvoir obtenir le maximum d'examens possible, sans s'occuper des nécessités de la conduite rationnelle d'un jeûne thérapeutique ; il n'y a rien de surprenant dans
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ces conditions à ce que les résultats obtenus aient été quelque peu différents de ceux observés lors de cures cliniques; il n'y a pas lieu non plus de s'étonner de l'augmentation de l'excitabilité du patient, déjà nerveux par nature, soumis à une autointoxication intense par défaut de nettoyage intestinal; le manque d'exercice est aussi à déplorer; des promenades au grand air ne furent entreprises qu'à partir du douzième jour et encore en voiture fermée ! Ces restrictions faites, il y a beaucoup de choses intéressantes à relever dans l'uvre du Dr Benedict et de ses collaborateurs.
M. A. Levanzin eut une vie assez mouvementée; né à Malte de parents peu fortunés, il se surmena pour faire des études médicales; à 20 ans une crise de neurasthénie le contraignait à abandonner son travail; pour vivre, il s'engagea chez un pharmacien; plus tard il dirige lui-même une pharmacie, puis il est tenté par le droit et remporte de multiples succès au barreau ; il se lance alors dans la propagande sociale, s'enthousiasme pour la propagation de l'espéranto comme facteur de paix et d'entente universelles; la médecine officielle ne lui ayant pas apporté la guérison de son état, malgré de nombreuses cures de suralimentation, il eut recours à la médecine naturiste, il s'adonna au végétarisme, au flétschérisme et à la pratique du jeûne; frappé par l'amélioration radicale de sa santé, il consacra dès lors son temps à faire triompher les idées naturistes. Tous ces renseignements ainsi que ceux qui vont suivre sont extraits de son autobiographie qu'il écrivit les trois derniers jours de son jeûne à l'institut Carnegie. Il nous apprend qu'il jeûna 8 jours en avril 1910 avec un excellent résultat, en 1911 il fit trois cures : 40 jours en mars-avril, 12 jours en août et 5 jours en novembre; grâce à cette méthode de vivre, il estime avoir été préservé, de même que sa famille, du choléra qui sévissait à l'état d'épidémie aiguë à Malte.
Après avoir fait sur lui-même et sur les siens l'expérience des bienfaits thérapeutiques du jeûne, il déclare que : « les faits l'ont convaincu que, pour l'homme en santé, l'excès de nourriture est susceptible non seulement de causer des maladies, mais encore d'entraver le fonctionnement normal des facultés cérébrales. Durant le jeûne l'esprit est plus clair et plus alerte, ce qui fait naître le désir de l'étude. En cas de maladie, sa femme, ses deux enfants et lui-même s'abstiennent totalement de toute nourriture, la gravité en est ainsi diminuée, les symptômes subjectifs moins désagréables et la durée très réduite grâce au jeûne. » Une notable augmentation de l'acuité visuelle fut aussi pour Levanzin un bénéfice direct de ses cures. Il opte pour la diète végétarienne et se déclare abstinent; toutefois son régime ne semble pas très strict, car il mangea force viande avant son jeûne, ce qui parut mettre en joie les expérimentateurs de l'institut.
 son arrivée à Washington, Levanzin était en parfaite santé, il était âgé de 40 ans, avait une taille de 170,7 centimètres et pesait 60,1 kilogrammes. Il était cependant de tempérament nerveux et
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excitable ; le Dr Goodall estime même qu'il eut une vraie crise d'hystérie lors de la reprise alimentaire à la suite de repas trop copieux; ceux-ci mal combinés provoquèrent une série de malaises plus ou moins prononcés, mais sans gravité.
Durant le jeûne, on ne remarqua jamais à l'ouverture de la chambre calorimétrique où couchait Levanzin qu'il s'en dégageât une odeur nauséeuse spéciale, bien que l'haleine fût un peu chargée ; cette constatation indique que l'état général du patient était satisfaisant, qu'il brûlait peu de toxines; elle confirme également la véracité de dires du sujet quant à la réalité de son régime végétarien et de son abstinence d'alcool.
Au bout des 31 jours déjeune, Levanzin pesait 46,85 kilogrammes, soit une perte de 13,25 kilogrammes, ce qui représente un déficit de 21,9 % du poids initial. La plus forte diminution avait eu lieu durant les premiers jours; Benedict l'explique en grande partie par la perte de l'eau d'oxydation des tissus. Succi durant son jeûne de 30 jours avait perdu 21 % de son poids. Cinq mois après son expérience, Levanzin pesait 57,6 kilogrammes.
Comme nous l'avons mentionné, la reprise alimentaire fut excessive, elle étonne de la part d'un naturiste aussi au courant de la question que M. Levanzin; il demanda en effet : deux citrons, trois oranges dont il absorba le jus, 300 grammes de miel (!) et un litre de jus de raisin. Dès lors, il n'y a rien d'étonnant à ce que notre sujet ait eu de vives coliques, avec malaises violents et crise nerveuse consécutive.
Les auteurs ont noté dès le onzième jour de la cure une poussée intense de séborrhée du cuir chevelu, indication d'une élimination par cette partie du corps des poisons irritants accumulés dans la peau du crâne.
Les réflexes patellaires ont diminué d'intensité à partir du cinquième jour, ce qui indique une baisse de l'excitabilité générale du sujet.
Au cours de cette période d'abstinence, on remarqua une rétraction graduelle du bord inférieur du foie qui disparut sous les côtes; il en fut de même pour le cur qui accusa une régression de son bord gauche de 4,2 cm. ; quant à la rate elle ne diminua pas.
Il est regrettable que Levanzin ait cru devoir refuser toute expérience suivie avec le dynamomètre et n'ait voulu tenter aucun exercice physique sous le prétexte qu'il était « un gentleman et non pas un athlète » ! Les renseignements fournis par son observation furent à ce point de vue très rudimentaires.
La marche du cur fut surveillée de très près durant tout le jour et encore mieux pendant la nuit alors que le patient était dans la chambre calorimétrique; à ce moment des mensurations étaient faites toutes les dix minutes environ; voici la moyenne des pulsations comptées durant la nuit :
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Avant le jeûne Premier jour
I4e-2oe j. 31e j. Reprise
alimentaire
Nombre de 7e""* 32' j-
34e i-
des pulsations 78 68 53-52 57 68 90
Durant le sommeil profond le pouls descendit à 49 battements en moyenne. De jour il oscillait entre 82 et 60 dans la position assise; aucune irritabilité du cur ne put être décelée pendant les trois premières semaines, ce ne fut qu'à partir de la quatrième qu'une légère excitabilité du myocarde se fit remarquer, soit une certaine tachycardie d'effort.
D'après Benedict, la moyenne du pouls peut être utilisée comme indice de l'activité du métabolisme.
Toutes ces constatations sont en parfait accord avec celles déjà faites par Cathcart (Btochem. Zeitsch., 1907, 6, p. 109) qui a trouvé que le pouls diminuait à mesure que le jeûne progressait, passant de 70 à 58, chez le jeûneur Beauté au bout de 14 jours ; il en fut de même pour Charteris (Lancet, 1907, 173, p. 685) qui observa au bout de 12 jours une diminution du pouls de 68 à 58 battements.
Luciani avait trouvé que la pression sanguine s'abaissait chez Succi, passant de 220 mm. le premier jour à 120 mm. le 26e; Cathcart indique 108 mm. pour le premier jour et 88 mm. pour le 14e; Charteris note également une baisse sensible de 25 % avec retour à une pression plus élevée au bout d'une semaine de nutrition; Penny (British Médical Journal, 1909, p. 1414) remarqua sur lui-même lors de son jeûne de 30 jours que la pression avait passé de 110 mm. le premier jour à 90 mm. le 30e jour ; chez Levanzin il en fut de même : la pression passa de 134 mm. le premier jour à 98 mm. le 30e.
Benedict estime que durant le jeûne la contractibilité du cur ainsi que la tonicité générale des vaisseaux sanguins périphériques diminue sensiblement, ce qui est de nature à expliquer cette baisse de pression sanguine, mais il a bien soin de spécifier que cet organe n'a pas souffert dans sa structure intime, qu'il a seulement été réduit de volume, étant moins distendu à la suite de la réduction du liquide sanguin, car on note un retour à la normale déjà après le troisième jour de la reprise alimentaire.
Dans cet ouvrage de Benedict, nous trouvons une excellente étude de l'état du sang et de ses modifications durant le jeûne, faite par un spécialiste en la matière, le Dr J. A. Ash qui nous donne tout d'abord un bon résumé historique de la question; il y aurait augmentation des globules rouges au début, puis diminution légère au bout d'un certain temps, avec apparition de formes nuclées, signe de régénération cellulaire; les leucocytes eux subissent une notable augmentation; nous l'expliquons facilement par le travail de nettoyage et de défense qui se fait dans l'organisme au cours du jeûne ; or on sait que ce sont justement à ces cellules mobiles qu'est dévolu le travail de police et de nettoyage de nos organes. Le sang de Levanzin ne fit pas exception à cette règle, on y trouva également de nombreuses formes transitoires
parmi les globules rouges et un nombre accru de leucocytes indiquant, comme toujours, une disparition et une élimination des cellules faibles et malades.
Groll estime que l'hémoglobine est plus stable durant l'inanition que tout autre constituant du sang. Déjà en 1878 Vterordt avait trouvé que la coagulabilité du sang était beaucoup plus grande chez les animaux astreints à une privation alimentaire complète; ce qui fut confirmé aussi sur Levanzin. Ehret avait déjà démontré, comme nous allons le voir, ce pouvoir coagulant plus intense du sang du jeûneur permettant une cicatrisation plus rapide des plaies.
Le Dr Ash conclut de sa longue et consciencieuse étude que: « chez un individu, normal à tout point de vue, dont l'activité mentale et physique est réduite, le sang, dans la totalité de ses éléments, est capable de résister à l'action d'une abstinence complète de nourriture pour une période d'au moins 31 jours, sans montrer aucun changement pathologique extraordinaire. » Cette conclusion est de nature à tranquilliser ceux qui redoutent d'entreprendre un long jeûne.
Nous voulons, pour en terminer avec le travail du Dr Benedict, résumer en un tableau comparatif les différentes trouvailles faites au cours de cet examen du jeûne de Levanzin :
Echanges gazeux par 24 h. Premier jour 30e j. 31" j.
Oxygène (O) litres 374,7 266,3 275.0
Acide carbonique (CO) ... » 286,3 189,6 195,5
Catabolisme des substances du corps (Autophagie)
13e ;'
Hydrates de carbone grammes 68,8 3,5 0,0 0,0
Graisse » 135.0 108,0 115,0
Protéine » 42,6 47,0 41,6
Ce tableau est déjà très intéressant, car il nous indique le minimum de quantité d'aliments primordiaux nécessaire au maintien de la vie; on verra plus loin, au chapitre traitant des rations alimentaires, que ces chiffres sont en accord avec les doses établies par les spécialistes de la nutrition.
Avant le jeûne Le premier Le 30e j. Le 31 j.
Température moyenne de la nuit iour ^e 7e""*
Pouls, moyenne de la nuit . . 78 68 58 57
Tension systolique, couché . . 124 mm. 134 mm. 98 mm. 101 mm.
Globules rouges. . 7000000 6100000 7200000 6170000
6280000
Globules blancs. . 6 000 8 400 8 000 7 200
Hémoglobine ... 85 % 90 % 93 % 92 %
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Avant Le premier Le 4e j. Le 30e j. Le 31' j-le jeûne jour de jeûne
|
77i ce. |
566 ce |
|
263 |
227 |
|
0,14 |
0,13 |
|
7,83 |
6,94 |
|
0,89 |
0,86 |
Quantité par 24 heures . . 1441 ce. 660 ce.
Acidité 4°9 285 655
Chlore (Cl) . . . grammes 3,77
Azote (N) ... » ii,54 7,io
Créatinine ... » 1,29
On voit que l'acidité urinaire a augmenté du premier au quatrième jour où elle atteint un maximum de 655, pour diminuer rapidement au fur et à mesure que les acides toxiques du début de la période de jeûne sont éliminés du corps. L'excrétion de l'urée s'abaisse également de 80 % à 69,74 %
D'après Benedict, les variations de la créatinine indiquent le genre d'activité et d'intensité du métabolisme général, soit le taux des échanges nutritifs internes.
A partir du cinquième jour on releva dans l'urine de très minimes traces d'albumine, tout à fait indosables.
Nous avons indiqué les chiffres obtenus au trentième et trente-unième jour du jeûne parce qu'ils offrent un intérêt tout spécial étant donné que durant cette dernière période M. Levanzin eut une activité très grande, écrivant son autobiographie, recevant beaucoup de visites et discutant de longues heures avec ses interlocuteurs pour les convaincre à la pratique du jeûne ainsi que pour les amener à partager ses idées de réforme sociale qui lui tenaient tant à cur.
De cette longue étude rigoureusement scientifique, nous pouvons conclure en tout état de cause que le jeûne n'est aucunement nuisible à l'organisme et qu'il n'y a aucun risque mortel à s'y soumettre.
Un dernier cas nous fournira la transition toute naturelle entre les jeûnes exécutés dans un but de démonstration expérimentale et ceux qui sont prescrits à titre médical et curatif. Il s'agit du fameux naturiste Ehret dont nous allons étudier avec quelques détails l'histoire instructive, ainsi que les théories diététiques spéciales qu'il a formulées à la suite de son expérience personnelle, théories qui méritent une sérieuse attention et qui pourraient apporter un changement radical à notre manière antinaturelle de vivre.
Arnold Ehret était professeur de dessin dans une des écoles supérieures de Fribourg en Brisgau ; de constitution plutôt faible, il souffrit, déjà à l'âge de 18 ans, d'un catarrhe pulmonaire de nature tuberculeuse; il ne put arriver à la fin de son année obligatoire de service militaire, car il dut être réformé au bout de onze mois pour cause de faiblesse générale, neurasthénie, insuffisance cardiaque grave et début de néphrite. A l'âge de trente ans, à la suite de surmenage professionnel, miné par les soucis et les chagrins, affaibli par sa néphrite chronique, qui avait empiré, il fut condamné par les médecins, jugé incurable et déclaré perdu à bref délai; et pour comble de malheur, à la
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même époque sa mère mourut aussi de néphrite ; il restait seul, désemparé, ayant déjà perdu quelques années auparavant son père et son frère, morts victimes de la tuberculose. Tous ces faits prouvent que dans la famille d'Ehret on n'était pas précisément d'une constitution très robuste; il est important de s'en souvenir lorsqu'on verra quelles performances Arnold Ehret put réaliser après s'être soumis pendant quelques années à son régime nouveau. Il nous avoue qu'à cette époque il était profondément découragé par tous ces revers et par la sombre perspective que lui laissait entrevoir la médecine officielle; la vie lui était à charge, cependant il tenta une expérience ultime en s'adressant aux méthodes naturistes dont il espérait quelque adoucissement; il nous raconte en effet, « qu'après avoir en vain cherché aide et secours auprès de multiples autorités médicales, après y avoir sacrifié déjà toute une fortune », il fut rebuté de la science officielle, à laquelle il devait même une aggravation de «es malaises à la suite de trop nombreuses cures de suralimentation, soi-disant fortifiantes, mais en réalité dangereusement épuisantes pour un organisme affaibli comme le sien. Au bout de quelque temps de régime végétarien et de cure naturiste, il vit son état s'améliorer assez sensiblement, mais ce n'était pas encore la guérison complète ; durant le même hiver il fit un séjour de convalescence à Alger, il en profita pour tenter une cure fruita-rienne absolue. Il avoue qu'il eut beaucoup de peine à supporter les premières crises de désintoxication provoquées par ce régime purificateur; il persista cependant et bien lui en prit car, nous dit-il, « un jour, grâce à un sursaut d'énergie, malgré la faim, une grande faiblesse et une forte dépression morale, j'enfourchai ma bicyclette et je pédalai jusqu'à en crever » ! L'effet fut remarquable, comme nous allons le voir, et lui ouvrit des horizons nouveaux sur les notions de faiblesse et de dépression, sur leurs causes et sur leur traitement. Il fait remarquer à ce propos que l'expérience lui a maintes fois démontré que dans des cas de démoralisation ou de malaises physiques dus à une crise salutaire de nettoyage, « il s'agit justement de vouloir, de vouloir avec tout son esprit et de toute son âme afin de dominer la matière, et surtout, il faut croire, c'est-à-dire il faut avoir confiance en la nature et en la vie, car on peut aussi interpréter dans un sens physiologique ces paroles de la Bible qui nous assurent que Dieu ne veut pas la mort du pécheur (de celui qui transgresse les lois de la nature), mais sa vie. » Le résultat de cette promenade à bicyclette fut excellent et inattendu ; au bout d'une demi-heure de pédalage Ehret remarqua que la sensation de faim s'apaisait, que la faiblesse et la dépression disparaissaient peu à peu pour faire place à un sentiment de bien-être remarquable, à tel point qu'après avoir couvert 48 kilomètres il se sentit comme régénéré et en possession d'une force vitale nouvelle; il était plus alerte, plus vigoureux et plus joyeux que jamais; le sentiment de faim avait totalement disparu ; il apaisa sa soif avec quelques mandarines bien juteuses.
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Au bout de deux mois de régime fruitarien exclusif, il s'en trouva amélioré et fortifié à tel point qu'il put faire, en compagnie d'un professionnel du sport, une course à bicyclette d'environ iooo kilomètres et cela en quatorze jours seulement (voyage d'Alger à Tunis par Biskra). « Qu'on y réfléchisse bien, écrit-il avec une pointe d'ironie, cette performance fut exécutée par un ancien candidat à la mort ! »
Une fois complètement rétabli, il reprit son travail en Allemagne et fut forcé de se remettre au régime de la vie de pension, mangeant copieusement comme tout le monde; le résultat ne se fit pas attendre longtemps ; il se solda sous forme d'une rechute sérieuse de sa néphrite, ce qui lui fait dire avec mélancolie : « Au jour d'aujourd'hui il est mille fois plus difficile de se protéger contre le gavage qui détraque (sich krankessen), que d'arriver à obtenir une alimentation modérée et convenable. » II décida alors d'avoir recours au moyen héroïque du jeûne; au bout de sept jours d'abstinence alimentaire complète, son état s'était déjà sensiblement amélioré et les forces lui étaient revenues après avoir repris un seul repas fruitarien ; une seconde série de jeûne durant neuf jours acheva la guérison et après avoir absorbé deux repas de fruits, il put se mettre en route avec un ami, quittant Nice, où il était venu se reposer, pour gagner pédestrement Milan, en traversant les montagnes; Ehret insiste sur le fait que durant ce voyage la nourriture fut strictement composée de fruits frais et bien mûrs; comme la première fois, il remarqua que ce régime était seul propre à augmenter le rendement musculaire; qu'il diminuait également la sensation de fatigue et qu'il était apte à procurer un sentiment de joie et un bien-être tout particulier. A Gênes, où les voyageurs durent séjourner quelque temps dans un hôtel pour attendre l'arrivée de leurs bagages, ils furent contraints de « bien manger » à table d'hôte ; aussitôt Ehret sentit que la dépression morale le reprenait et qu'il était moins vif et moins courageux; il se retira alors à Capri, ayant décidé de faire un jeûne prolongé de 21 jours; il nous apprend que les huit derniers jours de la cure furent très durs, il se sentait particulièrement misérable, faible, abattu et déprimé ; fort de ses expériences antérieures, il n'en persista pas moins et la récompense ne se fit pas attendre, car une fois la crise de désintoxication terminée il se rétablit complètement et acquit une force nouvelle. Trois jours après la reprise alimentaire, sous forme de régime fruitarien, il en ressentit un tel changement qu'il en fut lui-même étonné; il se trouva rajeuni de plusieurs années, estimant avoir plus de force et d'endurance qu'à vingt ans; le teint était devenu rosé et frais; quant à ses cheveux qui grisonnaient et qu'il perdait en quantité, ils repoussèrent drus et colorés; son esprit était plus vif et plus lucide que jamais; enfin il ne restait plus trace de son affection rénale.
Dès lors, Ehret devint un apôtre convaincu et enthousiaste du jeûne et de la diète fruitarienne exclusive ; afin de propager les idées qui
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lui étaient chères, il commença alors à faire des jeûnes publics. Il nous avoue que ces exhibitions lui étaient très désagréables et qu'elles furent parfois dangereuses à cause de l'air vicié des établissements publics où elles avaient lieu, mais il estimait que c'était pour lui un devoir de solidarité humaine de faire connaître cette merveilleuse méthode curative, si efficace, si simple et si peu coûteuse à la fois. Voici à ce sujet l'opinion du Dr K. Bernold Martin, qui eut l'occasion de l'observer à plus d'une reprise : « Ce n'est pas par besoin de réclame sensationnelle ou dans un but matériel qu'Arnold Ehret se livre à des cures publiques de jeûne, mais parce qu'il est intimement convaincu de leur efficacité et c'est par intérêt scientifique qu'il s'y adonne, voulant ainsi démontrer par son propre exemple les bienfaits d'une cure salvatrice dans la plupart des maladies. » Ehret, de son côté, se défend dans ses écrits de tout charlatanisme médical ou autre; il fait au contraire appel aux médecins, afin qu'ils veuillent bien expérimenter son système et en constater par eux-mêmes les excellents résultats; à plus d'une reprise il recommande à ceux qui veulent jeûner la première fois de ne pas le faire sans se placer, si possible, sous la surveillance d'un médecin ou, en tout cas, sous celle de personnes compétentes en ces matières. Voici du reste l'avertissement qu'il croit devoir mettre comme préface à l'une de ses brochures de propagande. « Le présent travail renferme la quintessence de mon savoir, il est le fruit de quatorze années d'études théoriques et pratiques, aussi je prie le lecteur de bien vouloir prendre ce fait en considération et de traiter mon ouvrage en conséquence. »
Ehret fit, en Suisse, deux jeûnes publics dans un but de démonstration et de propagande, dont l'un fut d'une durée de vingt et l'autre de vingt-quatre jours ; en Allemagne il se soumit ensuite à un jeûne de trente-deux jours ; puis deux mois après, il continua la série par sa fameuse exhibition de Cologne où il jeûna durant 49 jours, exposé dans un établissement public, enfermé dans une cage en verre dont la porte avait été scellée le 26 juin 1909 par les soins du notaire Dorst; durant cette expérience, il fut très incommodé jour et nuit, par l'air impur de cet établissement, mal ventilé, empesté par les fumées du tabac et de l'alcool; en outre il ne put jouir d'un repos suffisant, car le local était ouvert en permanence et les hôtes ainsi que le personnel étaient souvent avinés et particulièrement bruyants. Ce fut, d'après lui, un de ses jeûnes les plus pénibles ; il vécut avec 60 litres d'eau minérale et perdit 41 livres de son poids initial; le cur et le pouls furent toujours réguliers et d'un fonctionnement normal. Malgré les conditions défectueuses dans lesquelles fut exécutée cette expérience, Ehret put s'abstenir de toute nourriture durant 49 jours.
Au cours de cette même année, il jeûna en tout 105 jours; il fait cependant remarquer que malgré toutes ces précautions, il estimait s'être encore surnourri pendant les périodes où il avait mangé et qu'il aurait pu et dû vivre avec moins d'aliments. Sa santé demeura
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excellente et il conclut avec raison que son expérience prouve à l'évidence que : « Le jeûne est le seul moyen naturel, dépourvu de tout artifice humain, capable d'améliorer sûrement la santé ébranlée par des excès nutritifs, il est susceptible de compenser même des tares héréditaires. » En effet, son histoire nous apprend que définitivement réformé du service militaire à 32 ans, pour maladie de cur et néphrite, déclaré incurable par les médecins, il fut si bien rétabli dix ans après, grâce à la cure de jeûne et à la diète fruitarienne, qu'il pouvait sans fatigue et sans aucun malaise supporter des marches ininterrompues durant 56 heures, qu'il n'était presque pas essoufflé et avait à peine quelques pulsations de plus après deux heures et demie de pas de course, fait constaté par plusieurs médecins. A 42 ans, il demanda en conséquence au ministère de la Guerre de passer un nouvel examen sanitaire, estimant être apte au service plus que jamais et pensant surtout qu'il pourrait ainsi être utile à son pays en faisant admettre son régime par les autorités afin d'augmenter l'endurance et la santé des soldats; il comptait sans la force d'inertie du préjugé et de la sainte routine; on lui répondit par une fin de non-recevoir pure et simple.
Ehret aurait voulu gagner tout le monde à la cause de la vie naturelle; il ne se lassait pas de répéter à chaque occasion que : « Le jeûne n'est pas seulement le moyen curatif le meilleur, le plus sûr et le plus naturel, mais il aide encore à solutionner d'une façon tout à fait nouvelle l'énigme de la vie humaine ; le jeûne est donc pour l'homme un des problèmes les plus palpitants à étudier. »
II ne se fit du reste aucune illusion sur le sort de sa méthode qu'il savait ne pas devoir plaire à tout le monde, car il présumait déjà qu'en notre siècle de matérialisme effréné, bien rares seraient les sages qui auraient l'énergie nécessaire pour affronter sans faiblir les malaises et les crises de désintoxication inévitables et que plus rares encore seraient ceux qui voudraient s'astreindre au régime fruitarien d'après-cure.
Arnold Ehret n'eut pas le bonheur de pouvoir démontrer l'excellence de son système par une longévité spéciale, vu sa vitalité accrue par son nouveau régime ; il eut la malchance de succomber à un stupide accident ; rentrant un soir, après une conférence de propagande, il glissa malencontreusement, tomba dans une fouille profonde et se brisa la nuque. Ceci se passait dans une ville de l'Amérique du Sud; on le releva avec une fracture du crâne à laquelle il succomba sans avoir repris connaissance. La critique matérialiste ne manqua pas de se saisir de cette mort prématurée dans un pays lointain pour répandre la fable qu'Ehret avait succombé à une maladie occasionnée par ses jeûnes et par ses privations ridicules; ce conte, mensonge et pure invention, n'en fit pas moins le tour de la presse.
Ehret chercha à synthétiser ses observations et ses vues dans quelques brochures intéressantes destinées à faire réfléchir le grand public et même les savants.
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Les observations d'Ehret le conduisirent à cette première conclusion que la cause de toutes les maladies ainsi que la diminution de la vitalité humaine proviennent d'une alimentation vicieuse ou des excès d'une vie déréglée ; il se forme alors dans nos organes fatigués un corps mucoïde toxique qu'il dénomme : Schleim. Cette substance entrave le fonctionnement des cellules et finit par en provoquer la dégénérescence ; il ne cherche pas à en donner une définition précise ; sa nature chimique lui échappe; ce serait une autotoxine présentant beaucoup d'analogie avec le processus maladif de la floculation des colloïdes, découvert par Auguste Lumière comme étant à la base de toutes les diathèses et de tous les états morbides; elle correspondrait aussi assez bien avec ce que les auteurs anciens dénommaient le flegme ou la pituite. « Toutes les maladies, dit-il, même les affections congénitales, proviennent presque uniquement, exception faite pour quelques autres facteurs antihygiéniques, de la nourriture artificielle biologiquement inadéquate et de chaque gramme d'aliments introduits en excès. » Hippocrate n'avait-il pas déjà enseigné il y a de longs siècles que « plus vous nourrissez un malade plus vous lui êtes nuisible » ? D'après Ehret, chaque maladie ou malaise représente un effort de l'organisme pour éliminer ces substances mucoïdes avec les déchets organiques, par les sécrétions diverses ou par le pus; on retrouve ces mucosités en abondance dans l'urine qui se trouble légèrement lorsqu'elle se refroidit. Toutes les muqueuses, mais spécialement celles des bronches, du nez et du tractus gastro-intestinal sont les émonctoires de ces mucosités; la couche de détritus qui recouvre la langue d'un jeûneur au début de sa cure, est significative à ce point de vue. Chez les animaux en liberté on ne remarque pas de sécrétion muqueuse du nez, la langue est rosé; il en est de même pour l'homme après un jeûne et lorsqu'il suit le régime fruitarien.
Ehret affirme encore que cette pituite s'accumule dans l'estomac et dans l'intestin dont elle est chassée par le régime fruitarien et surtout par le jeûne ; cette substance serait aussi la cause des symptômes nauséeux et des malaises de désintoxication de cette période, cela par un phénomène d'empoisonnement en retour, d'intoxication endogène (Rùckvergiftung). Il estime également que ces substances mucoïdes toxiques sont la cause unique de la sénilité précoce, de l'adipose ou de la dégénérescence graisseuse des cellules, de la calvitie, des cheveux gris précoces, de la carie dentaire ; ces mucosités seront désastreuses pour l'esthétique du visage, elles procurent un teint brouillé et plombé, ratatinent la peau qui se couvre de rides; enfin elles auraient une influence fâcheuse sur les nerfs et le cerveau dont elles affaiblissent le pouvoir de travail utile.
L'expérience lui a appris, et il insiste à plusieurs reprises sur ce fait, que la graisse chez l'homme, comme chez les animaux du reste* est une dégénérescence cellulaire et qu'elle ne représente nullement un signe de bonne santé comme on le croit trop souvent dans le public ;
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en effet les gens gras sont beaucoup plus sujets aux maladies, ils sont moins résistants aux infections et peu capables d'efforts soutenus; du reste il est un fait d'observation courante : Les animaux en liberté ne présentent pas ce plastron adipeux dont trop d'humains s'enorgueillissent et de plus les bêtes ont découvert depuis longtemps que lorsqu'elles sont malades, le meilleur moyen de guérir rapidement c'est de jeûner.
L'idée émise par Ehret que les plaies et les blessures élimineraient une certaine quantité de toxines endogènes (Schleim) est très intéressante, car elle est confirmée par une expérience qu'il fit sur sa propre personne et par l'observation médicale courante qui nous a appris que la cicatrisation est toujours beaucoup plus lente chez les malades intoxiqués ; le Dr Foucher a même eu l'idée d'utiliser dans un but thérapeutique cette propriété qu'ont les plaies de la peau d'éliminer les poisons organiques ; au moyen d'injections de térébenthine, il provoque artificiellement des « abcès de fixation » dans la peau afin de détourner à l'extérieur l'inflammation qui s'était portée sur des organes internes. Il est un fait d'observation courante également, c'est qu'il est dangereux de cicatriser et de tarir brusquement la sécrétion de vieux ulcères variqueux qui fonctionnent souvent comme émonctoires secondaires; avant de les fermer il faut tout d'abord nettoyer le corps de ses autotoxines.
Voyons maintenant l'expérience probante qu'Ehret fit sur lui-même pour démontrer la valeur de sa théorie de l'intoxication de l'organisme par les substances mucoïdes; on peut rejeter sa théorie explicative, mais il y a lieu cependant de s'incliner devant les faits et de reconnaître que son régime est bien de nature à accroître la vitalité et la santé de celui qui s'y soumet. Voici comment il décrit son état : « Après deux ans de diète fruitarienne, avec cures de jeûnes surajoutés, j'ai atteint un état de santé dont on n'a plus aucune idée de nos jours. » Telle est sa conviction qu'à juste titre il estime expérimentale; en effet, dans cet état de santé parfaite il se fit une blessure assez profonde à l'avant-bras; cependant la coupure ne laissa sourdre qu'une faible quantité de sang qui se coagula aussitôt en produisant l'occlusion parfaite de la lésion ; il n'y eut aucune inflammation consécutive, aucune douleur, pas de production de sécrétion, donc pas de pus (absence totale de toxines internes); en trois jours la cicatrisation était achevée et la croûte protectrice éliminée. Peu de temps après, ayant suivi durant quelques mois une diète végétarienne où figuraient les aliments amylacés, sans ufs ni lait, il eut l'idée de renouveler cette expérience; il se fit alors une blessure identique dans la même région; elle saigna un peu plus, fut douloureuse, il se produisit une légère purulence avec inflammation des bords de la plaie et la guérison complète ne survint qu'au bout d'une dizaine de jours. Plus tard encore après avoir suivi un régime carné avec adjonction de doses modérées de boissons alcooliques, une blessure semblable occasionna
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une hémorragie assez importante, le sang était beaucoup plus fluide et de couleur moins foncée ; il s'ensuivit une forte inflammation accompagnée de vives douleurs, durant plusieurs jours la plaie sécréta un pus abondant et muqueux; la guérison n'intervint qu'à la suite d'un jeûne complet de deux jours. Il va sans dire qu'au cours de ces trois expériences il ne traita ses blessures par aucun désinfectant ou antiseptique, mais qu'il se borna à faire un pansement occlusif aseptique.
Ehret rapproche son expérience de l'observation faite en grand lors de la guerre russo-japonaise; les blessures de guerre guérissaient plus vite chez les soldats japonais accoutumés à un régime sobre, plutôt végétarien et sans alcool, que chez les Russes surnourris et trop souvent alcoolisés.
Parmi les aliments particulièrement producteurs de substances mucoïdes (Schleimbildner) Ehret range : tous les farineux ou aliments amylacés, pain, pomme de terre, riz, maïs, puis la viande, les ufs, le lait et le fromage. Le lait aigre ou caillé, le yoghourt seraient meilleurs parce que légèrement purgatifs ; si l'on ne peut se passer de pain il recommande de le consommer grillé, ce qui nécessite une meilleure mastication et insalivation; il en serait de même des pommes de terre frites. Ehret s'élève avec vigueur contre le régime végétarien outrancier et mal compris qui fait absorber souvent beaucoup trop d'aliments disparates et en grande quantité, produisant ainsi un gavage de légumes cuits qui sont plus toxiques du reste que les crus. Quant à la viande, c'est un mauvais excitant qui pousse les hommes à faire appel à d'autres excitants, tels que l'alcool, le café et le tabac.
D'après son expérience il est facile de guérir un alcoolique de sa funeste passion en le soumettant à des cures de jeûnes répétés et en lui prescrivant la diète fruitarienne ; une fois bien nettoyé et désintoxiqué par le jeûne et par les fruits, on perd cette appétence pour les excitants artificiels, notamment pour l'alcool et pour le tabac.
Ehret fait remarquer que les aliments qu'il prohibe, les farineux, les amylacés, la viande, présentent une transformation gélatineuse et colloïde lorsqu'on leur fait subir une cuisson prolongée; c'est ce qui rendrait leur assimilation difficile et même nuisible, tandis que les fruits soumis à une coction prolongée ne donnent qu'un sirop très assimilable et nutritif. Le fruit serait d'après lui la seule nourriture exempte de produits toxiques (schleimlos). Il ajoute que c'est, de plus, un remède naturel, « du fruit seul on devient tout d'abord malade, c'est-à-dire nettoyé ».
Il a remarqué que lorsqu'il y a baisse barométrique, les échanges nutritifs sont retardés et ralentis, la désintoxication naturelle se fait plus lentement, ce qui occasionne aux malades chroniques des malaises dont ils se libèrent le mieux par la diète et le repos ; le jour suivant on voit leur urine se troubler par élimination de substances mucoïdes, bien apparentes lorsque le liquide se refroidit ; ce dernier prend alors une teinte opalescente.
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La nourriture primordiale de l'homme devrait être presque exclusivement le fruit, avec adjonction de noix, noisettes et amandes. Mais il faut bien se pénétrer de l'idée que l'on ne peut se soumettre d'emblée sans danger à un pareil régime, il faut s'y accoutumer progressivement; il y a toujours une période de transition souvent très désagréable qui correspond aux crises successives de désintoxication, lesquelles s'accompagnent souvent d'angoisse, de dépression, de fatigue, de sensibilité plus grande au froid, de malaises cardiaques qui ne sont du reste que passagers et qui font place à un sentiment de joie et de mieux-être très agréable.
La diète fruitarienne est la seule cuisine saine que nous offre la nature, c'est une vraie cuisine solaire (Sonnenkùche), car les fruits renferment dans leur jus toute l'énergie du soleil.
De même que le Dr Dewey, Ehret est un chaud partisan du jeûne matinal; il estime que la suppression du petit déjeuner s'impose et que deux repas par jour sont complètement suffisants pour entretenir la santé et le bon fonctionnement de l'organisme. Quant à la cure de jeûne complet et prolongé, il ne faut en tout cas pas la faire à la légère sans direction compétente, si possible sous la surveillance d'un médecin expérimenté en ces matières, car chaque traitement doit être adapté au tempérament de chaque individu et il importe de ne pas procéder selon un schéma immuable. Un jeûne de trop longue durée est à déconseiller à toute personne qui dès le début de la cure présente des symptômes d'insuffisance cardiaque ; il y a lieu dans ce cas de commencer par la diète végétarienne, puis fruitarienne douce; il en est de même lorsqu'on traite des individus qui présentent des signes d'empoisonnement massif par les médicaments, notamment par le mercure, l'arsenic ou la digitale ; les personnes adonnées au régime carné excessif rentrent dans la même catégorie.
Un débutant de la cure de jeûne fera bien de commencer par des périodes courtes de 36 heures, mais répétées à intervalles réguliers; il ne faudra pas oublier qu'il est absolument nécessaire de nettoyer complètement l'estomac et l'intestin de ses déchets; pour ce faire on aura recours à la purge et aux lavements ; il est préférable de commencer ce petit jeûne le soir; la reprise alimentaire sera fruitarienne, le suc des fruits balayant beaucoup mieux les toxines libérées qui recouvrent les muqueuses gastro-intestinales.
Une fois l'habitude prise on peut alors commencer des jeûnes de 3 à 4 jours, en augmentant graduellement jusqu'à 30 et à 40 jours; le nettoyage gastro-intestinal ne sera jamais négligé durant toutes ces périodes de cure; comme boisson c'est de l'eau pure qui convient le mieux; on peut à la rigueur y adjoindre une citronnade légère ou un peu de jus de fruits. Il n'y a pas lieu de s'effrayer si parfois l'urine se trouble en refroidissant, c'est au contraire une bonne indication que l'organisme se débarrasse de ses substances mucoïdes toxiques ; il ne faut pas non plus se laisser décourager par les périodes de crises
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éliminatoires du début, ces désagréments, nous l'avons vu, ne sont que passagers; il est à notei que ces crises peuvent réapparaître du onzième au treizième jour, annonçant une nouvelle désintoxication; il faut surtout éviter de prendre peur et de vouloir soutenir le jeûneur avec des excitants, alcool, café ou thé forts, cette pratique pourrait amener de graves désordres du cur; il suffit dans ces cas de malaises de laisser reposer le patient dans une chambre sombre, bien aérée, où il s'étendra et pratiquera des respirations longues et bien rythmées ; on se rappellera qu'il ne doit pas passer trop brusquement de la position couchée à la station debout, car il pourrait en ressentir des vertiges désagréables, mais très passagers et nullement dangereux. Pour effectuer une cure dans de bonnes conditions, le repos d'esprit est indispensable ; il faut aussi que le sommeil soit suffisamment prolongé dans le calme extérieur le plus parfait possible.
La reprise alimentaire doit être graduelle, elle consistera en fruits bien mûrs en été, en pruneaux trempés durant l'hiver; on observe souvent les premiers jours une série de malaises avec décharge abondante d'acide urique dans l'urine; il faut y voir là une indication que le jeûne n'a pas été suffisant, que l'organisme n'est pas encore tout à fait décrassé et qu'il y a lieu de recommencer l'exercice.
Ehret formule quelques principes d'hygiène alimentaire d'après-cure qui sont excellents, à condition de les appliquer avec discernement sans en devenir l'esclave servile.
La nourriture la plus mauvaise consisterait à mélanger à la fois trop d'aliments variés en un même repas ; pour lui, les plats composites constituent une faute grave aussi fréquente chez les végétariens que chez les carnivores. Il est bien préférable et plus profitable de ne manger qu'une ou deux sortes de fruits ou d'aliments à chaque repas. Il veut encore qu'on ne consomme pas en même temps des fruits et des légumes, car ils produisent de la flatulence ; il en est de même pour le mélange du pain et des fruits qui favorise les fermentations intestinales.
Voyons enfin quelques menus qu'il estime non producteurs de substances toxiques (Schleimlos) :
En été, on aura recours à tous les fruits aqueux et doux, aux salades et aux légumes que l'on hachera et assaisonnera avec du citron et de l'huile d'olive ou de noix, ou encore du beurre de noisettes.
En hiver, le régime sera composé surtout de fruits plus doux du midi, de pommes, de noix, de noisettes, ou encore d'amandes (de préférence décortiquées dans l'eau chaude); les noix se digèrent très bien lorsqu'elles sont mâchées avec des fruits secs, du miel, des gelées de fruits ou des confitures en petite quantité.
En toute saison on pourra se procurer des légumes frais que l'on mangera nature ou râpés, tels que : carottes, choux, choucroute bien lavée, salades pommées et autres, laitues, cresson, endives, concombres et tomates ; le raifort devra être utilisé avec modération, mélangé à un
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peu de miel. Les légumes cuits sont moins bons parce que plus riches en déchets.
Pour Ehret le régime fruitarien et le jeûne constituent les seuls remèdes efficaces que nous donne la nature pour recouvrer sûrement santé, force et vigueur, ou pour conserver ces biens précieux lorsqu'on a le bonheur de les posséder. Il ne cesse de répéter qu'en matière de santé, « ce qui est le plus simple est aussi le plus naturel, partant ce qu'il y a de mieux pour la nutrition et la guérison ». C'est aussi le meilleur moyen et la méthode la plus rationnelle pour devenir «son propre médecin et ne plus être la proie de la maladie ».
Il n'y a qu'à voir le teint frais, clair et rosé, l'aspect spiritualisé des jeûneurs pour être convaincu que cette méthode constitue le meilleur moyen pour se dégager des liens de la matière et pour échapper à son emprise.
Ehret conclut, comme tous ceux qui ont expérimenté cette façon de vivre, que cette règle de conduite (sobriété, jeûne et diète fruita-rienne) est le gage d'une santé excellente, qu'elle confère une immunité remarquable contre toutes les maladies infectieuses, même contre le choléra; ce régime est particulièrement recommandable aux femmes, pendant et après la grossesse, car il facilite l'accouchement ; le sang étant plus pur, les tissus sont plus souples et plus élastiques et la cicatrisation des plaies beaucoup plus rapide. Les enfants sont plus robustes, ayant bénéficié d'un sang normal et d'un lait exempt de toutes autotoxines.
Enfin, fait très notable, cette méthode de vie présente de grands avantages moraux; elle adoucit les murs, diminue tous les besoins matériels, notamment les excès sexuels entretenus par une nourriture anormale et excitante; au point de vue social son importance n'est pas moins grande par la façon dont elle simplifie la vie.
Il serait grandement à désirer que les médecins veuillent enfin réaliser combien le jeûne est un auxiliaire précieux pour le maintien de la santé publique et qu'ils se décident à le prescrire sur une grande échelle afin d'éviter que des charlatans ignorants ne s'emparent de cette méthode excellente pour la faire tomber dans le discrédit par leurs pratiques effrontées.
Avant de quitter Arnold Ehret et ses théories morales, sociales et hygiéniques, nous accorderons quelques instants à l'étude d'une brochure écrite par une de ses adeptes les plus convaincues, Rhea Niesen, qui publia en 1924 une plaquette intitulée : L'art de jeûner d'après Ehret. C'est pour avoir expérimenté sur sa propre personne que Rhea Niesen arriva à la conviction enthousiaste que le jeûne est un merveilleux moyen de conserver la santé et de guérir les maladies; c'est du reste toujours la même conclusion à laquelle arrivent et arriveront ceux qui voudront expérimenter ce système, mais l'expérience doit être faite sans parti pris et avec intelligence. Rhea Niesen donne en cours de route quelques bons conseils destinés aux jeûneurs
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novices : « Ne pensez pas toujours à la faim ! Celui qui a toute la journée à la bouche le mot de faim et qui le cultive continuellement en son cur, attire à lui le spectre de la faim et finit par l'avoir dans sa maison! »
La crainte qu'ont la plupart des hommes de maigrir et d'avoir mauvaise mine à la suite de cures de jeûne est pure illusion : il faut bien se mettre dans la tête que le sentiment misérable et les malaises du début « sont une suite naturelle de nos péchés culinaires et gastronomiques; le corps confesse alors ses fautes que l'homme doit payer plus ou moins cher selon leur gravité. »
La méthode de jeûne représente une ascèse qui d'emblée ne sera pas toujours facilement praticable, « il faut apprendre à se dominer, à se discipliner, augmenter degré par degré son énergie morale; pour atteindre le sommet de la vraie santé, il faut beaucoup d'efforts, mais c'est ainsi qu'on parvient à la guérison et à la sanctification. »
II est bon de ne contraindre personne à prendre le chemin de ce renoncement difficile, chacun doit y venir de lui-même, à la suite d'une conviction spontanée et d'un besoin intérieur de rénovation physique et d'amélioration morale. Malheureusement, les malades y recourent lorsqu'il est déjà trop tard; ce sont les bien portants qui peuvent en retirer le plus grand bénéfice, car il ne faut pas seulement jeûner et devenir fruitarien pour améliorer sa santé matérielle, mais pour pouvoir rayonner la vie et l'amour; « celui qui n'a pas un fonds profondément religieux aura beaucoup de peine à s'adapter à ce nouveau genre de vie. »
Les pires ennemis du jeûneur sont tout d'abord ses propres parents et ses amis intimes qui, le plus souvent, ne savent pas l'entourer et l'encourager durant la cure et cherchent au contraire à l'en dissuader dès qu'apparaissent les premiers malaises.
« Les génies, dit-elle encore, furent presque tous très modérés dans le boire et le manger. Tous les fondateurs de religions furent également de grands jeûneurs. » Preuve évidente du pouvoir énorme de spiritualisation du jeûne. « La plupart des hommes sont si lourds et si matériels parce qu'ils mangent trop... Par la modération ils deviendraient beaucoup plus sveltes, ils se libéreraient de l'emprise des sens et gagneraient en spiritualité. »
Pendant de nombreuses années, Rhea Niesen vécut de fruits, de salades et de noix râpées, en y ajoutant parfois un peu de pain rassis. En hiver, une livre de dattes avec quelques noix constituait sa nourriture journalière ; à l'occasion elle jeûnait deux à trois jours durant la semaine ; ce régime lui convenait parfaitement : « C'était alors, écrit-elle, une joie séraphique qui inondait tout mon être, ma démarche devenait souple et légère comme une sylphide. »
Elle estime que l'homme très évolué n'a pas besoin de prendre plus d'un repas par jour, le soir de préférence, mais « celui qui porte encore en lui le désir des plaisirs de la table, qu'il suive sa gourmandise,
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car il n'aura pas l'énergie de parcourir cette ascèse; celui par contre qui tient à pénétrer les arcanes de la vie, qui aspire à la sagesse, qui veut la santé et la force vitale entières, qu'il essaye et qu'il lutte avec courage pour réussir. » II faut naturellement procéder par étapes successives, si l'on veut mener cette cure à chef; il est bon d'entourer le jeûneur d'une atmosphère de repos, il faut l'encourager lorsqu'il se déprime, enfin il a besoin de chaleur au physique comme au moral.
En août 1914, Rhea Niesen fut capturée en mer par un vaisseau anglais ; le médecin qui l'examina fut frappé du parfait fonctionnement de ses organes; au comble de l'étonnement il l'ausculta longtemps et lui déclara enfin : « Vous êtes une femme très heureuse (most fortunate woman), vos poumons et votre cur fonctionnent parfaitement et vous pouvez vous vanter de n'avoir aucune hypothèque sur votre santé. »
Pour prouver combien le jeûne peut élever l'âme et la spiritualiser, l'auteur cite l'enthousiasme manifesté pour cette méthode et pour ses résultats par une femme de talent, Mme L. Jilrges-Hega, qui célèbre cette cure en des vers enflammés dont nous allons traduire la plus grande partie :
Temps de jeûne ! sainte période de jeûne !
Jette sur moi ton manteau d'une blancheur de cygne,
Doux et blanc comme la première neige,
Afin que je prenne mon essor ainsi qu'une fée.
Temps de jeûne ! bienheureuse période de jeûne ! Veuille m'accorder encore ton vêtement ailé, Pour que je m'envole de par le monde ainsi qu'un ange ; Plus d'entraves ; plus rien qui arrête ma course !
Temps de jeûne ! période salvatrice de jeûne !
Si je pouvais seulement revêtir ta parure brillante de soleil !
Une fois libérée de l'esclavage des sens,
Je deviendrais semblable à un dieu joyeux et vainqueur.
Temps de jeûne ! douce période de jeûne ! Ton vêtement fleuri comme la nature à Pentecôte m'enveloppe, Et tout ce qui est en moi, paresse, laideur et matière Repose déjà là-bas dans le marais croupissant.
Temps de jeûne ! Période ensoleillée de jeûne !
Pour pouvoir chanter ainsi les bienfaits du jeûne, il faut que l'auteur en ait ressenti elle-même les effets merveilleusement purificateurs.
Parmi les disciples et les continuateurs directs de l'enseignement d'Ehret, nous citerons Georges Lindner, qui, lors du départ de son maître, dirigea son sanatorium de Lugano où les traitements naturistes,
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notamment la cure de jeûne, étaient administrés sur une large échelle ; actuellement Lindner pratique à Munich; il a publié en 1928 une brochure, La cure de choix pour les incurables, dans laquelle il a consigné les rapports et les lettres envoyés par de très nombreux patients ayant fait sous sa direction de 6 à 40 jours et plus de jeûne suivi complet; tous sont unanimes à vanter les effets merveilleux de cette méthode et tous ont vu leurs maux, souvent déclarés incurables par la faculté, s'améliorer rapidement et évoluer vers la guérison dans la plupart des cas; à ce point de vue les déclarations des patients sont toutes plus élogieuses les unes que les autres; ils sont d'accord pour vanter le savoir et la conscience de G. Lindner, ainsi que l'excellence de la cure de jeûne prolongée.
Lindner est devenu naturiste convaincu à la suite d'une expérience personnelle qu'il fit durant son service militaire; engagé dans la marine, il eut en haute mer une crise aiguë d'appendicite ; l'opération immédiate ne put être pratiquée et lorsque enfin on débarqua le malade dans un hôpital de côte, son état fut jugé désespéré par le chirurgien, qui constata une péritonite avec gros amas purulent dans la région de l'appendice. Se voyant condamné par la science officielle, Lindner eut un moment de découragement bien compréhensible et il refusa toute nourriture prescrite, même la plus légère. « Quand la science fait défaut il ne reste plus qu'à s'en rapporter à l'instinct. Ce fut mon salut de le suivre. » Cet instinct lui avait en effet soufflé de refuser tout aliment quelconque et de pratiquer le jeûne complet avec lavements répétés ; au bout de cinq jours déjà il eut le bonheur de voir son état s'amender très sensiblement, les violentes douleurs s'apaiser et la fièvre s'abaisser peu à peu. Libéré du service, il compléta sa guérison par un traitement naturiste complet, cures de jeûne répétées, diète végétarienne, bains de soleil et hydrothérapie. Dès lors il devint un chaud partisan du naturisme et consacra sa vie au soulagement des malades par ces moyens naturels si simples; il eut ainsi la joie d'améliorer, sinon de guérir, bien des cas désespérés où la médecine officielle s'était révélée tout à fait impuissante. '. Dans la brochure précitée, Lindner résume avec netteté tous les arguments qui militent en faveur du jeûne complet ; il démontre aussi l'innocuité totale de cette pratique lorsqu'elle est dirigée par une personne compétente. Il insiste sur le fait que l'excellence du jeûne nous est déjà démontrée par tous les animaux qui refusent de s'alimenter dès qu'ils sont malades; leur instinct les guide plus sûrement que notre science; il cite quelques observations personnelles typiques à ce point de vue et il rapporte aussi de nombreux cas d'après la brochure du Dr Erwin Liek, Le médecin et sa mission, qui eut l'occasion d'observer les jeûnes spontanés de trois à six semaines (cas de la chatte du Dr Riedlin) de plusieurs animaux malades, accidentés ou empoisonnés. Les enfants en bas âge, lorsqu'ils sont souffrants, procèdent instinctivement de même.
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Pour Lindner, il faut aussi distinguer entre la vraie faim, qui est très rare de nos jours, et la fausse faim, qui nous pousse à manger plus que de raison. Il y a lieu de se méfier de son appétit qui est trop souvent capricieux, tandis qu'on peut toujours se fier à la sensation de vraie faim qui survient dans la plupart des cas lorsque la dénutrition est complète. « La faim, dit-il, est le meilleur cuisinier. Elle indique le besoin de faire passer par la bouche, l'estomac et les intestins, des substances qui sont nécessaires à l'entretien de la vie. En réalité on a faim pour une toute petite quantité d'aliments organiques et minéraux, accompagnés de quelques vitamines; ces substances prises à l'état naturel contiennent en général la quantité suffisante d'eau pour assurer leur parfaite digestion, de telle façon qu'avec un régime bien composé on ne ressent jamais la sensation de vraie soif. »
La force vitale et la santé ne sont nullement en rapport avec la quantité d'aliments ingérés, car, « s'il en était ainsi, ce serait celui qui mange le plus copieusement qui devrait être le plus fort, et ce n'est assurément pas le cas (la corpulence et la graisse n'entrant pas en ligne de compte). »
Quant au jeûne, il est parfois difficile à supporter surtout au début de la cure lorsque les autotoxines sont éliminées en masse; la langue ainsi que les muqueuses se couvrent d'un enduit épais et pâteux, blanchâtre ou jaunâtre, lorsqu'il y a forte élimination de bile, ou encore brun noirâtre dans les cas d'empoisonnement par l'abus des médicaments.
Il y a lieu de combiner le jeûne avec les lavages intestinaux copieux, avec le massage et les traitements physiothérapiques (cure de soleil, bains d'air, gymnastique et marche). Pour ce qui en est de la durée du jeûne, elle varie du tout au tout selon que les patients sont gras ou maigres, malades ou en santé (jeûnes préventifs). Un malade, atteint de cirrhose du foie, fut guéri après 52 jours déjeune. « Plusieurs patientes, les unes atteintes de calculs biliaires, les autres d'inflammations de la matrice, de salpingite ou d'ovarite, jeûnèrent jusqu'à 42 jours. Elles étaient pour la plupart grasses. De même une fille de ferme avec violentes céphalées, qui avait été traitée dans un asile où on la considérait comme incurable, jeûna 40 jours et se rétablit complètement. Des hommes souffrant de néphrite, de gastrite, etc., jeûnèrent rarement moins de 28 jours. Tous furent guéris. Même des jeûneurs maigres supportèrent jusqu'à 25 jours d'abstinence avant de ressentir la vraie sensation de faim. »
Lindner estime que la cure de jeûne est particulièrement à recommander à ceux qui se rendent aux colonies et qui vivent sous les tropiques. Il en fit l'expérience lors de son voyage à Samoa ; très éprouvé par le climat tropical, il en était arrivé à ne plus rien digérer; un jeûne de 15 jours le remit complètement d'aplomb, lui permit de s'habituer a la nourriture des indigènes et de supporter le climat et les fatigues de son exploration.
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Enfin, c'est, d'après notre auteur, une méthode excellente pour conserver au corps sa souplesse et sa ligne normale, pour le préserver de l'embonpoint et de l'empâtement, surtout si l'on suit une diète rationnelle après la cure proprement dite; cette méthode de traitement produit en effet une vraie rénovation de tout l'organisme, apportant santé, beauté et jeunesse.
A la question de savoir si l'on doit prolonger le jeûne lorsqu'il survient quelques malaises, Lindner répond avec beaucoup de sagesse que : « Celui qui a assez de courage pour rester tranquillement couché sur la table d'opération de la nature et assez de patience pour attendre le développement normal des forces curatives naturelles, celui-là ne doit pas interrompre la cure trop tôt. La plupart du temps le traitement est abandonné par des gens qui n'arrivent pas à comprendre le grand secret de la nature; ils sont pris d'angoisse parce que cousins, tantes ou commères, femmes ou mères dégagent des nuages de peur qui enveloppent et démoralisent le jeûneur. » Pour résister à ces suggestions déprimantes, il faut au patient une dose toute spéciale d'énergie et de confiance en son médecin; mieux vaut sortir le jeûneur de son milieu. Lindner conseille à tous ceux qui ont en vain cherché la guérison par les méthodes thérapeutiques officielles de tenter un essai de jeûne, il suffit d'y mettre le temps et la tranquillité d'esprit nécessaires pour réaliser des miracles si l'organisme a encore quelques réserves vitales.
Le premier devoir d'un médecin ou d'un guérisseur est de ne pas contrecarrer les efforts de la nature, ce qui est trop souvent le cas lorsqu'on a recours aux drogues chimiques; le jeûne par contre est le seul moyen de laisser libre jeu aux forces curatives naturelles.
Dans une brochure antérieure, La cure de jeûne, parue en 1921, Lindner avait déjà développé tout au long et démontré les bienfaits de ce traitement qu'il déclarait le moyen le plus sûr et le plus « honnête » pour arriver à la santé. (Ein ehrlicher Weg, gesund zu werden).
C'est avec raison que notre auteur insiste d'une façon toute spéciale sur l'action spiritualisante du jeûne; il estime même que ce bénéfice moral en est le plus précieux gain et que notre humanité enlisée dans le bourbier du matérialisme en a le plus urgent besoin. « L'horrible guerre, dit-il, cette ironie de notre trop fameuse « Culture et Civilisation », n'aurait pas été possible si nous nous étions efforcés jusqu'en 1914 d'évoluer du mal vers le bien. A l'époque de Néron, l'homme n'était guère à un niveau moral plus bas que le nôtre. » Aussi, Lindner recommande-t-il d'utiliser le temps de cure pour se reposer et pour se rénover non seulement physiquement, mais encore et surtout moralement; il faut profiter de ces moments pour se recueillir, pour lire des ouvrages édifiants, parmi lesquels il recommande tout particulièrement la Bible.
Pour Lindner, comme pour tous les naturistes conséquents, c'est folie que de penser gagner la santé en absorbant quelques drogues
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plus ou moins coûteuses et de s'imaginer qu'on est ainsi dispensé de tout effort personnel. « On se trompe fort, dit-il, si l'on croit pouvoir solder les fautes de régime, perpétrées par routine durant des années, en absorbant quelques pilules ou en courant d'un médecin à l'autre. En cette occurrence, il ne s'agit pas de vouloir jouer le jeu de l'autruche avec la nature, ni de penser pouvoir la tromper; la loi de la cause et de l'effet agit d'une façon aussi déterminante qu'inexorable ; ce n'est qu'en faisant demi-tour assez tôt que nous obtiendrons d'heureux résultats; en rompant avec la vieille routine, en faisant amende honorable, alors seulement nous pourrons orienter notre vie nouvelle vers un but nouveau. »
Lindner nous affirme avec conviction que la cure de jeûne est le moyen curatif par excellence : « on pourrait la dénommer la thérapeutique divine complète par opposition aux moyens limités de la médecine des hommes ».
Nous reproduisons ci-après une bonne définition que cet auteur nous donne de cette cure merveilleuse :
« Le jeûne est une attitude passive de l'homme et de l'animal vis-à-vis des forces équilibrantes de la nature, forces agissantes placées dans l'univers par Dieu, l'Eternel. Cette énergie réparatrice est particulièrement active chez le jeûneur. Elle représente l'effort de la nature pour rétablir l'harmonie détruite. Elle est la force motrice de l'univers tout entier. Elle pourrait être appelée l'Ame de l'univers. C'est la volonté de Dieu de rétablir toutes choses dans leurs normes lorsqu'elles s'en sont écartées. C'est pendant le jeûne que cette force agissante se révèle à nous et nous pouvons alors nous en servir pour corriger notre délabrement corporel et nous laisser diriger vers la santé. »
Lindner a raison lorsqu'il insiste sur le fait qu'aucune personne, médecin ou laïque, ne devrait diriger une cure de jeûne si elle n'en a pas tout d'abord fait l'expérience sur elle-même, car c'est la seule façon d'en bien comprendre toutes les possibilités, d'en suivre toutes les phases pour pouvoir l'appliquer à bon escient, sans se laisser influencer ou effrayer par les malaises plus ou moins intenses qui apparaissent en cours de cure pendant les décharges toxiques. Dans sa brochure l'auteur nous donne le journal d'une cure personnelle de jeûne qu'il fit à Lugano durant 21 jours; nous assistons au jour le jour aux crises de désintoxication avec leurs malaises caractéristiques, courbature, nausées, etc.; ces symptômes sont rapidement amendés par l'administration de copieux lavements, par l'absorption d'une tisane purgative, par le repos au grand air accompagné de profondes respirations. A partir du sixième jour, l'état s'améliora et fit place à un sentiment de renouveau et de mieux-être. Cet effet, à notre avis, se serait produit plus rapidement si dès le début Lindner avait pris des purges salines abondantes selon la méthode de Guelpa, ainsi que nous en avons fait l'expérience sur nous-même; ayant pratiqué les
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deux systèmes nous pouvons juger en connaissance de cause. Lindner recommande de prendre contre les malaises d'intoxication un peu de jus de citron dilué dans de l'eau pure (un citron pour une tasse d'eau, sans sucre naturellement) ; tous les deux jours il trouve indiqué d'administrer une cuillerée à café de bicarbonate de soude pour neutraliser les acides toxiques. Il insiste en outre sur le fait que durant la cure le patient doit rester chaque jour un certain temps au repos complet ; il doit également se coucher assez tôt afin de ne pas diminuer son temps de sommeil très nécessaire, même s'il n'est que superficiel comme c'est souvent le cas, car il n'en est pas moins très réparateur et indispensable pour la bonne marche de la cure.
A la suite de ce jeûne de 21 jours, Lindner tenta une expérience de reprise alimentaire brusque et totale; il prit un potage, mangea un peu de viande de veau, des légumes, des fruits, le tout à discrétion; le résultat ne se fit pas attendre, il fut déplorable; Lindner avait l'impression d'être empoisonné. Ce ne fut qu'après avoir pu vomir qu'il ressentit un certain soulagement; pour se rétablir tout à fait il prolongea son jeûne de quelques jours et recommença alors à manger graduellement, ne faisant appel qu'à des aliments pris dans le règne végétal, légumes et fruits mûrs tout spécialement ; au bout de dix jours de cette diète uniquement fruitarienne et végétarienne il avait déjà regagné 21 livres. Aussi conclut-il : « J'en suis arrivé à la conviction qu'on peut parfaitement renouveler son corps sans avoir recours à la viande et en n'absorbant que peu d'amylacés; quant au lait il n'est pas nécessaire non plus pour faciliter la reconstitution cellulaire; je l'évite, car il encrasse et empâte (sie verschleimt und verpappt). De bons fruits, des noix, des amandes, des dattes, des figues, des légumes, tous, purs dons de la nature, contiennent la quantité suffisante d'albumine, de sucre et d'amidon pour la reconstitution du corps ainsi que je l'ai expérimenté à la suite de mon jeûne. »
Une fois le corps nettoyé par une telle cure, il ne s'agit pas de retomber dans les erreurs alimentaires passées, c'est pourquoi Lindner a tenu à donner dans son ouvrage un tableau de régimes journaliers non toxiques qui peuvent être facilement pratiqués par toute personne de bonne volonté, douée d'un minimum de bon sens; la base fondamentale de son alimentation est fruitarienne, quelques légumes crus, ou cuits, de préférence à l'étouffée ou mieux encore à l'huile qui a l'avantage de ne pas détruire les composés aromatiques organiques. Ne pas se soumettre à un régime rationnel et naturiste après cette cure équivaut à une rechute fatale, à échéance plus ou moins éloignée.
Comme exemple de transformation radicale, physique et spirituelle à la suite de jeûnes bien conduits, Lindner donne les photographies de quelques patients avant et après la cure ; nous devons à son obligeance de pouvoir reproduire ici deux spécimens typiques qui ne demandent pas beaucoup d'explications pour convaincre de visu,
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des bienfaits et du rajeunissement tant corporel que spirituel, obtenus à la suite de cures bien conduites (fig. i à 6, p. 263).
Les deux premières photographies (fig. 1 et 2) représentent une malade avant et après le traitement diététique et naturiste. La cure de Baunscheidt, les bains de lumière, les massages, l'administration de tisanes, de sucs d'herbes, la diète rigoureuse furent les moyens appliqués par Lindner. Avec cette méthode il fallut 7 mois pour amener une transformation radicale de la patiente. Dans une lettre personnelle, G. Lindner nous fait remarquer spécialement que dans ce cas « le succès était dû, beaucoup plus à la diète et au régime suivi, qu'au traitement physiothérapique ».
Quant aux quatre photographies (fig. 3 à 6), elles nous montrent qu'on est arrivé au même résultat thérapeutique dans un cas semblable en 7 semaines, après un jeûne de 4g jours.
L'affinement des traits et la spiritualisation du regard obtenus à la suite de ces deux cures sont également typiques, mais l'avantage reste incontestablement au jeûne dont le pouvoir curatif est beaucoup plus grand; dans le cas précité, son action fut environ six fois plus rapide que celle d'une cure diététique bien conduite.
Que le jeûne ne soit pas une panacée, l'auteur le sait parfaitement et il prend bien soin de nous l'affirmer dans sa préface, mais il déplore aussi qu'on néglige par trop cette merveilleuse méthode et qu'on la critique sans raison dans les milieux officiels; il sait encore, pour en avoir plus d'une fois fait la triste expérience, que l'on pourrait guérir beaucoup plus de malades par ce moyen si ces derniers n'étaient pas obsédés par l'idée qu'il faut manger beaucoup et de bons aliments pour se « fortifier » ; cette peur irraisonnée cause l'interruption intempestive de plus d'un jeûne qui aurait eu les meilleurs résultats sans la pusillanimité du pauvre malade.
Pour terminer avec les observations de Georges Lindner, nous reproduirons encore un passage important de son uvre où il résume les avantages du jeûne tels qu'il les a observés et dont il s'est rendu compte par expérience personnelle :
« 1. Par le jeûne nous découvrons la mesure originelle de notre capacité alimentaire.
» 2. Le jeûne nous apprend que l'homme est loin de mourir de faim aussi vite que l'on croit.
» 3. Durant le jeûne, nous voyons que pour maintenir les fonctions vitales l'homme a besoin d'une minime quantité de nourriture ; au bout d'un certain temps de cure nous découvrons ce qu'est la vraie, la réelle, l'honnête faim.
4. Grâce au jeûne, nous apprenons à connaître une force qui peut guérir notre corps pour autant que nous voulions bien nous y confier.
» 5. Par le jeûne, nous parvenons à sortir de notre Moi et à y laisser pénétrer Dieu en lieu et place.
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» 7- Le jeûne est pour nous une leçon de modestie extrême, il nous initie à la vraie richesse intérieure de l'homme.
» 8. Par le jeûne nous arrivons à la certitude que l'esprit, lorsqu'il le veut, peut dominer le corps matériel. Cette volonté est de nature divine; le jeûneur veut ce que Dieu veut.
» 9. Par le jeûne nous vivons la loi thérapeutique naturelle. La Nature guérit le corps malade du jeûneur comme elle cicatrise les blessures d'un arbre.
Avec Arnold Ehret et ses disciples nous sommes arrivés en plein domaine médical, aussi allons-nous maintenant passer à l'étude de la valeur thérapeutique du jeûne appliqué spécialement à la guérison des maladies de l'homme.
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Chapitre VII La valeur thérapeutique du jeûne
OUS AVONS déjà dit que dès la plus haute antiquité les prêtres, les sages et les philosophes recommandaient à leurs adeptes, dans un but de purification du corps et de l'esprit, de s'abstenir de certains aliments, de viande notamment, et de pratiquer des jeûnes plus ou moins prolongés ; ces ordonnances figurent encore au rituel de plusieurs religions, mais la plupart des pasteurs et des fidèles n'en comprennent plus la haute portée morale ni la nécessité physique; aussi ces jeûnes rituels ont-ils beaucoup perdu de leur valeur, quand ils ne sont pas devenus lettre morte; forts de leur science chimique et pharmaceutique, les modernes estiment que ces préceptes pouvaient, à la rigueur, être bons pour les anciens, grave erreur de la science matérialiste. Déjà nous trouvons dans Plutarque cette judicieuse recommandation, qu'au lieu de se gaver de médicaments, dans le fallacieux espoir de recouvrer la santé, il est beaucoup plus indiqué de pratiquer de temps en temps un ou deux jours de jeûne complet, car les effets purificateurs de cette méthode sont merveilleux et infaillibles.
On sait que les adeptes affiliés à la secte des esséniens avaient coutume de se livrer à des jeûnes prolongés jusqu'à 40 jours; or les Ecritures nous apprennent que Jésus-Christ qui, d'après certains auteurs aurait suivi les enseignements de cette doctrine, se retira dans le désert pour y jeûner 40 jours; pour beaucoup de nos contemporains cette abstention alimentaire si prolongée paraît relever du domaine de la fable ou du merveilleux religieux et cependant rien n'est plus facile à exécuter avec un peu d'entraînement et beaucoup de volonté. Le passage de Matthieu est très explicite; parlant de Jésus il nous dit en effet : « Après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim » (Matth. 4. 2). L'apôtre note ainsi un fait d'observation parfaitement physiologique, c'est l'apparition du sentiment de vraie faim au bout d'un temps assez long quand le corps a été parfaitement purifié par le jeûne, car la faim ressentie les premiers jours de cure n'est qu'une fausse faim psychique, suite de l'irritation des muqueuses par les toxines endogènes.
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Marc (9. 15-29) rapporte la guérison par Jésus d'un épileptique possédé, que les disciples avaient en vain essayé de soulager, et comme ils lui demandaient pourquoi ils avaient échoué dans cette cure, Jésus leur répondit cette phrase typique : « Cette espèce de démons ne peut sortir que par la prière et par le jeûne. » II est bien curieux de constater que, contrairement à la version Ostervald, les traducteurs protestants modernes (version Segond, version Synodale) ont purement supprimé le membre de la phrase ayant trait au jeûne, témoignant ainsi de l'incompréhension des traducteurs quant à la valeur du jeûne comme facteur important de spiritualisation. Cette suppression est regrettable ; Westcott-Hort admet le texte complet comme « version occidentale » ; le texte de la Vulgate, lui, est formel : « Et dixit illis : Hoc genus in nullo potest exire, nisi in oratione et jejunio. »
Un médecin hongrois, le Dr Edmond Székely, a découvert dans la bibliothèque royale des Habsbourg un texte en vieux slavon qu'il put identifier plus tard comme étant une traduction littérale d'un manuscrit en langue araméenne qui se trouvait à la bibliothèque du Vatican. Après avoir comparé et traduit ces deux ouvrages, une édition anglaise parut en 1937 : The Gospel of Jésus Christ by the disciple John, par Ed. Székely et Purcell Weaver.
Cet Evangile de Jésus-Christ, par le disciple Jean, contient de multiples enseignements d'hygiène physique, psychique et morale du plus haut intérêt. D'après ces auteurs, les évangiles actuels nous sont arrivés étrangement amputés des préceptes de saine hygiène naturiste donnés par le Christ à ses disciples et aux foules qui le suivaient et qui venaient réclamer de lui la santé de l'âme et du corps ; dans ce manuscrit, on trouve des conseils d'hygiène naturiste que l'apôtre affirme avoir reçu directement de Jésus.
Nous allons donner quelques extraits de cet important manuscrit dont une traduction complète paraît aux Editions rosicruciennes dans la Revue psychique : Inconnues, troisième volume, 1950 (P. Genillard, 2, chemin des Allinges, Lausanne).
Le manuscrit débute par un colloque entre Jésus et de nombreux malades qui supplient le Maître de les guérir, car, disent-ils : « Nous savons que tu as le pouvoir de nous guérir de nos maux. Maître, libère-nous de Satan 1 et de tous les maux qu'il nous inflige. »
Le Christ commence par expliquer à ses auditeurs qu'il les conduira dans le royaume des anges de notre Mère où tous les pouvoirs de Satan sont inopérants.
« Votre mère, dit-il, est en vous, et vous êtes en elle. C'est elle qui vous a enfanté et qui vous a donné la vie. Elle vous a donné votre corps et vous retournerez à elle. »
1 II est à retenir que dans ce manuscrit ancien, datant de l'époque du Christ, Satan est indiqué comme étant la cause et le fauteur de tout mal et de toute maladie.
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La conclusion à tirer de ces prémisses est que si l'on ne veut pas devenir la proie de la maladie, il faut vivre selon les lois de cette Mère dispensatrice de force et de vie.
Le Christ rend son auditoire attentif au fait que ce n'est pas en suivant les voies de Satan, c'est-à-dire en cédant à toutes les tentations de la chair et à toutes les impulsions d'une imagination déréglée, avide de plaisirs sensuels, que l'on peut espérer demeurer en santé et garder le contact avec l'Esprit, seule voie qui nous mène à Dieu :
« Voulez-vous que le Verbe et la Force du Dieu vivant puissent se déverser à flots en vous ? Dans ce cas, ne salissez ni ne profanez votre corps ou votre esprit, car le corps est le temple de l'Esprit et l'Esprit est le temple de Dieu. Purifiez le temple afin que le Maître du temple puisse y demeurer et y trouver un lieu digne de Lui. »
Or, un des meilleurs moyens de purification du corps, voire de l'esprit, c'est la pratique régulière du jeûne; écoutons plutôt la voix du Maître :
« Régénérez-vous et jeûnez. Car je vous le dis, en vérité, Satan et ses suppôts ne peuvent être chassés que par le jeûne et par la prière. Retirez-vous à l'écart et jeûnez pour vous-mêmes, ne montrant à personne que vous jeûnez. Le Dieu vivant le verra et grande sera votre récompense. Et jeûnez jusqu'à ce que Belzébuth et tous ses démons s'enfuient de vous, alors les anges de notre Mère la Terre viendront en vous et vous serviront. Car, en vérité, je vous le dis, si vous ne jeûnez pas, vous ne vous délivrerez jamais du joug de Satan et de toutes les forces maléfiques qui découlent de lui. Jeûnez et priez avec ferveur, en recherchant pour votre guérison la force du Dieu vivant. Evitez tous les hommes tant que vous jeûnez et recherchez les anges de notre Mère la Terre, car qui cherche trouve. »
C'est par des procédés physiothérapiques des plus naturels que Jésus promet la santé à l'homme qui les mettra en pratique : jeûne, bains d'air, bains d'eau, bains de lumière, application de boue chaude. Et le résultat de ces pratiques si simples sera la purification complète du corps et des pensées :
« Et lorsque enfin tous vos péchés et toutes vos souillures auront quitté votre corps de la sorte (par ces pratiques de purification naturelle) votre sang deviendra aussi pur que celui de votre Mère la Terre et aussi limpide que l'écume du ruisseau qui joue dans le rayon de soleil. Et votre haleine sera aussi pure que le parfum des fleurs, votre chair aussi pure que la chair des fruits qui rougissent entre les feuilles des arbres, la lumière de vos yeux aussi brillante et claire que l'éclat du soleil sous la voûte du ciel. »
A retenir l'haleine fraîche, gage d'une santé parfaite et la lumière brillante des yeux, miroirs d'une âme pure et joyeuse.
« Ne tuez pas les animaux innocents et ne mangez point leur chair afin que vous ne deveniez pas les esclaves de Satan. Car cela signifie s'engager sur le chemin de la souffrance qui conduit à la mort. Faites plutôt la volonté de Dieu afin que Ses anges puissent vous servir sur le chemin de la vie. »
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Ce n'est pas sans raisons, comme nous le verrons à la fin de notre étude, où nous comparerons la valeur diététique du régime fruito-végétarien avec celle du régime carné, que le Christ recommande la diète de légumes et de fruits comme étant la seule nourriture normale de l'homme. Alors seulement « la joie habitera en permanence dans le cur de l'homme ».
On ne saurait trop méditer et trop se pénétrer de cet enseignement du Maître :
« Ainsi mangez seulement ce qui se trouve sur la table de Dieu : les fruits des arbres, les graines et les herbes des champs, le lait des animaux et le miel des abeilles. Tout autre aliment provient de Satan et conduit au péché, à la maladie et à la mort. Par contre, la riche nourriture que vous trouvez sur la table du Seigneur dispense à votre corps, force et jeunesse; dès lors la maladie se tiendra loin de vous. C'est, en effet, de la table de Dieu que Mathusalem tira ses aliments et je vous l'assure, en vérité, si vous faites de même, le Dieu de Vie vous accordera à vous, comme au patriarche, une longue existence sur cette terre. »
II est à déplorer que le christianisme moderne ait perdu complètement cet enseignement de saine hygiène physique et morale donné par le Christ à son disciple Jean, ainsi qu'il ressort de ce précieux manuscrit araméen découvert et traduit par le Dr Székely.
Le savant moine et philosophe érudit, Roger Bacon (1214-1294) se révèle partisan éclairé du jeûne lorsqu'il recommande, dans son traité De Retardandis senectutis accidentibus (Du moyen de retarder les outrages de la vieillesse), cette pratique en ces termes : « Pour s'opposer à la dessiccation et à la décomposition que l'âge amène nécessairement pour les sucs vitaux, il faut se soumettre tous les deux ou trois ans à un travail de rénovation de soi-même, qui consiste à débarrasser son corps de toutes les anciennes humeurs viciées en recourant à la diète (au jeûne) et aux évacuants. » C'est le meilleur moyen de renouveler ses tissus et de se rajeunir, surtout si l'on s'adonne ensuite à un régime rafraîchissant. Nous avons en germe dans ces prescriptions les bases fondamentales de la méthode curative de jeûne, systématisée plus tard par le Dr Guelpa ainsi que nous aurons l'occasion de le voir sous peu.
Dans son Traité de médecine naturiste, le Dr Carton cite les pratiques du Père Bernard de Malte qui, au début du XVIIIe siècle, vers 1724, obtenait des guérisons remarquables grâce à sa méthode combinant les jeûnes de longue durée avec les règles de l'hygiène naturiste. « Son principal agent thérapeutique, nous dit le Dr Carton, était le jeûne prolongé, parfois jusqu'à vingt-cinq ou trente jours. Il donnait en même temps de l'eau glacée en boisson, lavements et lotions, et provoquait ainsi des éliminations par les selles et les urines. Il individualisait minutieusement sa cure, se guidant d'après le tempérament, l'état du pouls et des ongles. Il utilisait la marche nu-pieds, faisait dormir les fenêtres grandes ouvertes, et plus tard ordonnait un régime
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de fruits, jaunes d'oeufs, pâtes, fromages, à l'exclusion du bouillon et de la viande. » Le Dr Carton a trouvé ces renseignements intéressants dans un ouvrage paru à Paris en 1730, intitulé: «.Les vertus médicinales de l'eau commune ou recueil des meilleures pièces qui ont été écrites sur cette matière. »
Beaucoup d'artistes et non des moindres ont prisé les bienfaits du jeûne, estimant qu'il était non seulement un facteur primordial de santé, mais encore et surtout un moyen de dégager l'âme des liens de la matière, partant de favoriser et de spiritualiser l'inspiration. Le Dr Môller cite le cas remarquable d'un des meilleurs peintres de la Renaissance vénitienne, Bonvicino qui, avant de commencer un nouveau tableau, se livrait au jeûne et à la prière. Alessandro Bonvicino, dit le Moretto, était un artiste très expéditif quoique très soigneux et des plus minutieux; il nous a laissé quantité de toiles de grande valeur; à Brescia seulement on compte cinquante-cinq tableaux de grand style. P. Molmenti, dans son Etude sur la peinture vénitienne, fait un grand éloge de ce peintre génial et le motive ainsi : « En présence des tableaux de Bonvicino, on se sent pris du désir de connaître aussi l'âme de cet artiste et l'action des causes qui tout d'abord le dirigèrent dans les voies de l'art. »
II en fut de même pour le compositeur Grétry dont les mélodies, pleines de fraîcheur et de feu, ont fait l'enthousiasme de ses contemporains. « II est charmant, nous dit Romain Rolland, parce que tout est chez lui naturel, spontané; et il a tant d'esprit. » Grétry, tout jeune, au jour de sa première communion, demanda à Dieu de le faire mourir s'il ne devait pas devenir honnête homme et homme distingué dans son art. « Cherchons, dit-il, cherchons les sensations délicieuses, mais honnêtes et pures; nous ne sommes heureux que par elles. »
Son esprit était toujours en travail et dans ses mémoires nous trouvons d'intéressantes théories sur l'occultisme et la télépathie, sur l'emploi de la musique pour calmer les maladies de nerfs et la folie, sur la diète alimentaire qui, d'après lui, a une importance énorme sur la santé et la formation du caractère. « On serait à peu près sûr, affirme-t-il, de faire un homme colère, pacifique, imbécile, ou un homme d'esprit, si l'on portait une attention suivie sur son régime et son éducation. » Grétry avait hérité d'une santé délicate et il estime que c'est à sa diète très frugale qu'il dut son endurance et sa force de travail toutes particulières; toujours il se préparait à la composition par le jeûne et la méditation ; il n'eut qu'à se louer de ces pratiques.
Un grand initié qui eut son heure de célébrité au xvme siècle, le comte de Cagliostro, fut également un partisan convaincu de l'excellence thérapeutique du jeûne.
Cagliostro fut un occultiste érudit et éminent, n'en déplaise à certains auteurs qui veulent en faire une sorte d'illuminé, de charlatan, voire même d'escroc; à ceux qui douteraient de la valeur de
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Cagliostro comme homme et comme savant occultiste, nous recommandons la lecture du livre remarquablement fouillé et documenté que lui consacre le Dr Lalande, sous le pseudonyme de Marc Haven. Nous y apprenons, en effet, que Cagliostro recommandait à ses disciples le jeûne prolongé comme moyen de purification. Le Dr Lalande cite, d'après les renseignements qu'il a puisés dans le Catéchisme du Maître, un des rituels de la « Maçonnerie égyptienne » instituée par Cagliostro, des détails précis sur une cure de régénération physique qui devait précéder la régénération morale exigée de l'aspirant à ce grade élevé. Pour ce faire, Cagliostro avait institué une retraite de quarante jours que l'adepte devait passer à jeûner en se livrant à la méditation sous la surveillance et la direction d'un ami, son maître. Durant le jeûne on lui administrait des poudres purgatives rafraîchissantes pour nettoyer le corps de ses impuretés; pour faire suite à l'administration de ces médicaments on lui faisait absorber un liquide fortifiant, vitalisant, qui consistait en gouttes blanches, dites baume du Grand Maître, dont Cagliostro a gardé le secret.
Voici l'opinion autorisée du Dr Lalande au sujet de cette cure si copieusement ridiculisée par les adversaires intéressés de Cagliostro :
« Si l'on veut bien réfléchir à toutes les théories et pratiques médicales, sans parti pris, songer que les cellules de l'intestin se renouvellent en quarante-huit heures, les autres moins vite, mais assez régulièrement pour qu'on puisse admettre qu'en sept ans, rien ne subsite plus dans un organisme de ce qui le constituait matériellement sept ans auparavant; que, dans certaines maladies, les destructions et régénérations organiques se font en masse, en quelques jours ; que le jeûne a toujours été employé en médecine, et en religion, comme la plus puissante méthode purificatrice, on trouvera sans doute que le « charlatanisme » de Cagliostro prête moins à rire que l'ignorance de ses railleurs. » Le Dr Lalande parle ensuite de la communication faite le 7 janvier 1909 à la Société de neurologie de Paris par le Dr Guelpa au sujet de sa méthode de rajeunissement des tissus et de désintoxication de l'organisme par le jeûne répété et rythmé avec adjonction de purgations copieuses; nous aurons bientôt à étudier plus à fond les théories et les conclusions du Dr Guelpa. « C'est exactement ce qu'enseignait Cagliostro, fait remarquer le Dr Lalande, il dynamisait ensuite son malade, ce qui était mieux encore. »
Avant de quitter la personnalité si étrange et si remarquable que fut Cagliostro, nous ne pouvons résister au désir de transcrire un autre passage de ce fameux rituel du maître, bien propre à illustrer le noble idéal professé par ce grand initié :
« La grâce s'obtient surtout par des actes : vivre de la vie de tous, dans la société où le ciel vous a placé, en en respectant les lois, et surtout se consacrer au bonheur et au soulagement de son prochain, voilà le premier devoir d'un philosophe et l'uvre agréable à Dieu. »
Ce haut idéal ne semble pas avoir été du goût de la Rome papale, car après avoir été accusé de sorcellerie et d'hérésie, Cagliostro mourut dans les cachots de l'Inquisition.
Le Dr Hufeland, dont nous avons déjà parlé, cite dans son Art de prolonger la vie, deux cas remarquables de guérison par le jeûne. Son premier exemple est tiré des Comptes Rendus de l'Académie royale des Sciences, de 1769; il s'agit d'un officier français malade depuis longtemps et tombé dans la mélancolie la plus noire; il avait résolu de se laisser mourir de faim; durant les trente-neuf premiers jours il ne prit qu'une petite quantité d'eau pure parfumée avec quelques gouttes d'extrait d'anis; puis il cessa même totalement de boire. Le quarante-sixième jour de son jeûne volontaire il vit un enfant entrer dans sa chambre avec une tartine de beurre; à ce spectacle, le sentiment de faim naturelle se réveilla à tel point qu'il réclama un potage avec insistance ; c'était, comme va nous l'apprendre le Dr Dewey, le retour de la vraie faim physiologique. Et, fait remarquable, pendant toute la durée de son jeûne, cet officier qui avait auparavant des hallucinations et ne voulait pas être appelé par son nom, fut complètement débarrassé de ses troubles psychiques; par contre, dès qu'on eut commencé à le faire boire et manger copieusement pour réparer les pertes du jeûne et pour le fortifier ( ?), le dérangement cérébral réapparut au bout d'un certain temps ; preuve évidente que la maladie était d'origine toxique, par alimentation excessive et inadéquate.
Le second cas rapporté par Hufeland fut observé par lui-même avec beaucoup de soin; il s'agit d'une jeune fille de dix-huit ans, qui tomba tout à coup dans une mélancolie profonde, refusant toute nourriture ; on arrivait en employant la force à lui ingurgiter de temps en temps un peu de potage à la crème d'avoine, alors qu'à la lumière de nos connaissances actuelles, soit dit en passant, on aurait beaucoup mieux fait de la laisser se désintoxiquer par un jeûne absolu. Ce ne fut qu'au bout de trente-six jours qu'elle sortit de cet état de torpeur et qu'elle consentit enfin à s'alimenter normalement; le rétablissement fut rapide et dès lors la santé resta excellente ; dans ce cas, bien que le jeûne n'ait pas été absolu, il contribua à débarrasser la malade de ses auto-toxines et de sa maladie.
Il est du reste un fait d'observation courante, des plus suggestifs, c'est que les populations soumises momentanément à des privations et à des restrictions forcées (disette, famine ou surtout troubles sociaux, guerres, etc.), ne présentent pas un état sanitaire aggravé proportionnellement aux restrictions; au contraire, cette diète imposée par les circonstances a les résultats les plus heureux, spécialement pour la santé des nombreux arthritiques et des diabétiques surnourris. En Russie, où avant la guerre de 1914 on mangeait beaucoup et copieusement, car les mets étaient servis en abondance, vu leur bas prix, il y avait de ce fait de nombreux surnourris, podagres et diabétiques, qui chaque année faisaient appel à la science pharmaceutique ou balnéaire
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pour n'en obtenir qu'un soulagement passager; depuis la révolution, nous avons revu beaucoup de ces arthritiques guéris du simple fait que les circonstances financières ne leur permettaient plus de manger trop et d'encrasser leur organisme. Cette observation est fertile en enseignements cliniques et thérapeutiques.
De la multitude de faits que nous venons de citer, et nous aurions pu encore en allonger la liste, il ressort toujours plus clairement que l'homme, dit sage et civilisé, mange trop et mange surtout mal. L'étude que nous allons faire maintenant des théories du Dr E. H. Dewey, consignées dans un livre important intitulé : Le jeûne qui guérit, nous fortifiera de plus en plus dans la certitude que la diète est le premier pas vers la santé et la sagesse. C'est à Dewey que nous sommes redevables aussi d'avoir définitivement rompu avec le vieux préjugé du gavage alimentaire des malades et des bien portants ; son uvre mérite une étude approfondie, nous allons y consacrer quelques instants.
LA MÉTHODE DU JEUNE D'APRES LE Dr E.-H. DEWEY
Dewey nous raconte en guise d'introduction à l'exposé de sa méthode que, dès le début de ses études, sa foi en la valeur thérapeutique des drogues était très limitée; cette opinion se fortifia encore à la suite d'un stage comme médecin de l'hôpital de Chattanooga, où il eut l'occasion de soigner beaucoup de malades et de blessés; il y put observer que le nombre des guérisons, tant dans son service que dans ceux de ses collègues, n'était pas du tout fonction directe et proportionnelle de la quantité des médicaments administrés; mais que celles-ci dépendaient beaucoup plus de la résistance individuelle des malades qui même paraissaient souvent se guérir malgré le médecin. Il résolut de droguer le moins possible ses patients et de laisser à la nature le soin de réparer les ravages de la maladie : « J'ai reconnu depuis, nous dit-il, que j'ai rendu de plus grands services au chevet de mes malades comme interprète des symptômes, que comme dispensateur de drogues... A mesure qu'augmentait mon expérience, croissait aussi ma foi en la nature. Après que j'eus reconnu qu'il n'y avait aucune similitude dans l'espèce, la quantité et la durée des traitements médicaux pour les mêmes maladies, ma minime confiance en les médicaments diminua encore graduellement. »
Plus tard il nous avoue que ce reste de confiance le quitta même complètement; voici au fait ses propres paroles: «La confiance aveugle du public dans le pouvoir qu'auraient les médicaments de
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guérir les maladies, n'est guère moindre que celle du guerrier indien dans le féticheur de sa tribu, et elle est presque aussi dénuée de raison. Le médecin pénètre dans les chambres de malades avec l'obligation stricte de laisser une « ordonnance ». Evidemment, plus lui-même a foi dans les drogues, plus ce devoir lui est important; s'il est de la vieille école, l'école allopathique, qui fut aussi la mienne, son intervention offre un risque d'autant plus redoutable de contrecarrer l'effort curatif de la nature. »
« Pour le public en général, la maladie est simplement une attaque et non pas la résultante finale de violations des lois naturelles, continuées peut-être depuis la naissance. Pour le public, les symptômes ne sont que des indices de destruction, et non pas des efforts visibles de l'organisme tendant à rétablir l'état normal. Il en résulte qu'en ne s'attachant pas spécialement à combattre les symptômes, le médecin fait naître toujours un doute plus ou moins grand dans l'esprit des amis péniblement affectés, quant à sa capacité de s'acquitter de ses graves devoirs.
« Cette « foi aveugle », non raisonnée et déraisonnable, dans les prescriptions thérapeutiques, est tout aussi forte chez les plus intelligents que chez les plus ignorants et m'a toujours causé plus de difficultés que le traitement même du malade. »
La situation n'a malheureusement pas beaucoup changé de nos jours et la foi en la vertu de la substance chimique curative est tout aussi vivace au cur du peuple.
Etabli à Meadville (Pensylvanie) dès 1866, Dewey y pratiqua la médecine pendant dix années selon les anciennes règles, mais en administrant le moins de médicaments possible. Il eut alors l'occasion de faire une observation qui donna par la suite une tout autre orientation à sa carrière médicale; il y gagna le courage de rompre définitivement avec ce qu'il estimait les erreurs de la médecine officielle allopathique. Voici l'expérience qui fut pour lui son chemin de Damas : Appelé à donner des soins à une jeune fille atteinte de déchéance organique complète, il constata une anorexie si grave que durant trois semaines la patiente ne put pas même absorber une goutte d'eau sans la vomir; au bout de ce temps un peu d'eau fraîche fut tolérée et petit à petit l'état de la malade s'améliora sensiblement; Dewey avait enfin réalisé que les efforts curatifs de la nature étaient plus efficaces, plus utiles et plus adéquats que notre thérapeutique chimique brutale. « Ce « non-traitement » se prolongea jusqu'au trente-cinquième jour, au cours duquel survint non pas le décès mais bien l'envie de manger, qui marqua la fin de la maladie. »
A ce propos, Dewey écrit : « Ce fut là le premier des cas réellement très graves que je vis, suivi de guérison; je pus constater que le dépérissement corporel n'était pas plus accentué que dans d'autres états de prostration aussi grande, pendant lesquels le malade avait absorbé et conservé plus ou moins d'aliments. » Et quelques lignes
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plus loin il ajoute : « Cette cure produisit sur mon esprit un effet si profond que je commençai à appliquer à mes autres patients les mêmes méthodes que la nature, avec les mêmes résultats généraux. »
Dès lors, notre auteur supprima complètement les médicaments, donnant souvent des potions fictives et anodines pour calmer l'angoisse des malades et surtout celle de l'entourage, réservant leur emploi aux cas désespérés où l'indication primordiale est de calmer les douleurs violentes d'une maladie incurable. De jour en jour il acquit la conviction inébranlable, basée sur des faits de plus en plus nombreux, que la guérison des blessures et des maladies était grandement favorisée par la pratique systématique du jeûne, cette « Thérapeutique de la nature », comme il la dénomme. Lors d'une épidémie meurtrière de diphtérie il eut l'occasion d'expérimenter l'excellence de sa méthode dans sa propre famille : son fils âgé de trois ans était tombé très gravement malade; pour calmer les anxiétés maternelles il avait demandé l'avis et le secours d'un confrère distingué qui ne sut prescrire autre chose qu'un traitement médicamenteux héroïque; cette médication brutale n'eut aucun succès sinon de provoquer de violents vomissements; dès lors le Dr Dewey refusa de forcer l'enfant à avaler « une mixture dont la déglutition eût été cruelle même pour le gosier d'un cheval ». Cependant en l'absence du Dr Dewey, la mère angoissée fit prendre la drogue à son fils; il s'ensuivit «une crise nerveuse terrible qui ne se calma qu'au bout d'une heure ». A son retour, Dewey mit son enfant au régime du jeûne absolu avec quelques gouttes d'eau pure pour calmer sa soif intense ; il eut le bonheur de voir son fils se rétablir complètement et dans un temps beaucoup plus court que ne le nécessitent des cas semblables, traités par l'ancienne méthode, avec médicaments héroïques.
Dewey reconnut enfin que l'alimentation forcée en cas de fièvre était non seulement inutile, mais encore parfaitement nuisible.
Nous ferons remarquer que les enseignements de la physiologie actuelle sont en parfaite concordance avec les vues de Dewey; en effet, elle nous apprend que la sécrétion des ferments digestifs cesse, dès que la fièvre est élevée; nous avons bien là un avertissement péremptoire de la nature qui nous fait comprendre que, durant cet état, il ne faut lui demander aucun travail de digestion. Il est par conséquent bien inutile d'introduire par force dans un estomac de fébricitant des aliments, même ceux que l'on croit faciles à digérer, tels que le lait ou les ufs; comme ils ne rencontrent pas de ferments capables de les transformer, ces aliments se comportent dans les voies digestives à l'égal de corps étrangers subissant des fermentations putrides qui augmentent encore la production des toxines endogènes.
Dewey démontra avec preuves à l'appui que l'alimentation forcée des fébricitants et même des malades était antinaturelle; en effet, d'après ses observations, la diminution du poids des patients n'était pas beaucoup plus grande chez ceux qui jeûnaient pendant la crise
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que chez ceux qui étaient alimentés. De plus, comme l'acte de la digestion demande de la part de l'organisme l'utilisation d'une certaine quantité d'énergie vitale et nerveuse, il estime qu'il est préférable de la laisser intacte au malade afin qu'il puisse disposer intégralement de toutes ses forces pour lutter efficacement contre son mal.
En cas de maladie il y a lieu par conséquent d'éviter autant que possible le « gaspillage des précieuses énergies vitales », or le gavage alimentaire en est une des principales sources.
« La force vitale étant entièrement nécessaire pour maintenir l'intégrité du cerveau, quartier général sans lequel plus aucune fonction ne s'accomplit, est-il utile de nous alimenter, et devons-nous le faire lorsque les aliments ingérés, n'étant pas assimilés, absorbent sans profit une certaine quantité de force nerveuse pour être désintégrés et éliminés ? Si l'on admet cette manière de voir, on arrive à la conclusion qu'alimenter un malade, c'est user son énergie vitale, alors qu'il en a tant besoin pour guérir la maladie. »
Cette idée lui est particulièrement chère, il y revient à plusieurs reprises et il insiste avec raison sur cette notion capitale :
« Les énergies cérébrales, dit-il encore, mises à contribution pour débarrasser l'estomac et les intestins des détritus provenant des matières alimentaires surabondantes à l'état de décomposition, qui doivent être entraînées de force à travers un canal long de plus de dix mètres, sont très grandes, et ce, en majeure partie aux dépens des forces vives de l'âme. »
Le symptôme qui lui sert de guide pour décider de la reprise alimentaire est la réapparition spontanée du sentiment de la vraie faim physiologique, sentiment qui peut parfois se faire attendre des semaines quand ce n'est pas des mois. Lorsqu'on institue une cure de jeûne il y a lieu de savoir qu'il faut distinguer deux sensations de faim : La faim réelle, physiologique, que très peu d'entre nous ont ressentie, étant donné notre régime alimentaire excessif; la faim psychique, qui est un appel du cerveau réagissant à une habitude ou à un malaise par pléthore alimentaire ; cette faim psychique ne correspond pas à un besoin réel d'aliments, mais à un appel sensuel de notre gourmandise. Elle provient, nous dit Dewey, « en partie de l'habitude, et s'apaise, que l'on mange ou non, tout aussi complètement. On peut s'habituer à avoir faim à n'importe quelle heure de la journée, en s'y entraînant. » Le Dr Guelpa qui est bien qualifié pour en parler, est aussi du même avis ; il pousse l'explication encore plus avant en faisant ressortir que ce faux sentiment de faim est dû à une intoxication passagère des centres nerveux par des auto-toxines. Cette faim doit être dénommée faim toxique, car elle prend son origine dans l'excitation des terminaisons nerveuses du tractus gastro-intestinal irrité par des poisons alimentaires ou endogènes, la nourriture nouvelle ingérée sous l'appel de cette faim toxique faisant l'office d'épongé pour les toxines endogènes qu'elle incorpore momentanément dans sa masse; mais ce ne peut être qu'un bien-être passager.
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Guelpa a démontré en effet que cette fausse sensation de faim des premiers jours de jeûne disparaît lorsqu'on administre au patient une bonne purgation saline qui alcalinise les humeurs et débarrasse l'estomac et les intestins de leur contenu toxique et irritant.
Pendant la fièvre, on observe du reste aussi la disparition de la sensation de faim; les malades ont même le dégoût des aliments et c'est déjà une indication bien nette de la nature, qui nous avertit que le corps ne doit plus être alimenté et qu'il faut le laisser en repos.
Le spectre terrible de la mort par inanition, qui épouvante la plupart des gens tentés de faire un essai de jeûne, est du domaine de la fable; on ne saurait se lasser de rassurer les timides qui n'osent en faire l'expérience personnelle pour leur plus grand bien; de même la crainte que témoignent certains médecins de voir les cellules nobles de notre organisme, notamment nos cellules cérébrales, dégénérer et s'affaiblir par le jeûne, ne repose sur aucun fondement réel; en fait ce ne sont que les cellules faibles et malades qui meurent, elles sont remplacées rapidement par des éléments sains et vigoureux. Dewey cite à ce propos un tableau significatif, emprunté au physiologiste Yeo, prouvant que les pertes de poids en cas de mort par inanition portent surtout sur les organes et sur les tissus secondaires ainsi que nous l'avons déjà dit précédemment.
En cas de mort par inanition, Yeo a observé les pertes de tissus suivants :
Rate 63 %
Foie 56 %
Sang 17 %
Cerveau et nerfs o %
« Ce tableau, nous dit Dewey, fut pour moi un trait de lumière. Instantanément, je compris que le corps humain contient une vaste réserve de nourriture pré-digérée, tandis que le cerveau possède le pouvoir d'absorber ces réserves pour sauvegarder l'intégrité des organes, lorsque l'alimentation est supprimée ou que le pouvoir digestif fait défaut. »
Le Dr Dewey eut l'occasion de vérifier le bien-fondé et l'exactitude des observations de Yeo; il put observer dans sa clientèle deux cas de mort par inanition chez des enfants de quatre ans ayant avalé par mégarde une solution de potasse caustique qui avait occasionné une brûlure de l'sophage et de l'estomac avec occlusion consécutive. Dans le premier cas, il s'agissait déjà d'un enfant chétif et maigre; il vécut encore durant 75 jours de ses réserves; quant au deuxième accidenté, plus robuste, il résista trois mois entiers sans absorber aucun aliment. Dans ces deux cas, à l'autopsie, le cerveau fut trouvé
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intact, sans perte de poids apparente. Ces constatations sont de nature à tranquilliser les esprits timorés qui croient encore que la privation momentanée de nourriture est quelque chose de désastreux pour la santé.
On a donc grand tort de vouloir forcer les malades à se suralimenter dans le but de les fortifier; Dewey cite un cas bien typique à cet égard; il s'agit du Révérend W. E. Rambo qui, à la suite de maladies tropicales, était revenu des Indes tellement affaibli au point de n'avoir plus que la peau sur les os; son cerveau débile le rendait incapable de toute conversation suivie ; il avait un appétit vorace qui le poussait à engloutir en six copieux repas des quantités énormes de nourriture ; au lieu de se trouver «fortifié» par ces aliments substantiels, il maigrissait et s'affaiblissait à vue d'il. Un hasard heureux lui fit prendre connaissance du livre du Dr Dewey : True Science of Living; il y découvrit toute l'inanité de la médecine basée sur le gavage alimentaire. Il eut encore l'énergie nécessaire pour congédier son médecin et pour se soumettre à une cure de jeûne; au bout de deux semaines son intestin était suffisamment guéri pour pouvoir reprendre une alimentation liquide légère, et après trois autres semaines de ce régime, il fut complètement rétabli; au bout de trois mois, cet homme qui maigrissait continuellement malgré la suralimentation, avait déjà gagné « vingt et un kilos d'une chair saine, ferme et vigoureuse ».
Dewey a employé avec grand succès sa méthode du jeûne absolu et prolongé, dans les cas de maladies fébriles, telles que grippe, pneumonie, diphtérie, infections à streptocoques et staphylocoques, typhus, fièvres paludéennes ; il a toujours pu constater que ses malades étaient plus vite rétablis et surtout que le taux de la mortalité des cas graves soumis à son traitement était de beaucoup inférieur à celui de ses confrères allopathes, partisans de la suralimentation à outrance. Il obtint notamment des guérisons remarquables dans des cas de rhumatisme infectieux chronique ou aigu, traités sans succès par la médecine officielle.
Dewey estime que le jeûne prolongé pourrait avoir les plus heureux effr^s sur les aliénés, spécialement pour calmer les agités; quant à ceux qui refusent obstinément de manger, pourquoi les y contraindre, mieux vaudrait suivre cette indication de la nature et les laisser jeûner jusqu'au retour de la sensation de faim normale. « On pourrait, affirme-t-il, instituer le régime du jeûne avec la certitude de voir se calmer l'état mental aussitôt que le processus de la digestion cesserait d'imposer au cerveau une fatigue évitable. »
II cite également une demi-douzaine de cas d'épilepsie guéris ou améliorés par la méthode du jeûne.
Le traitement des toxicomanes, alcooliques, morphinomanes, tabagiques est grandement facilité par la pratique du jeûne. Dewey remarqua aussi que les blessures se cicatrisaient mieux et que la guérison des plaies chirurgicales était accélérée par sa méthode.
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Nous allons maintenant donner le détail de quelques cures de jeûnes prolongés dont les résultats furent brillants ; on peut voir même dans le livre de Dewey la reproduction photographique de ces jeûneurs, prise le dernier jour de leur cure au moment de leur promenade quotidienne, preuve matérielle de leur vitalité et de leur santé récupérées.
Un cas intéressant est celui de M. Milton Rathbun, marchand grainier, établi à New-York. A l'âge de 54 ans, il était miné par l'arthritisme et menacé d'une attaque d'apoplexie, étant donné son tempérament trop sanguin ; il résolut de tenter la cure de jeûne ; il pesait 95 kilogrammes au début du traitement ; quand il recommença à manger, 28 jours après, il avait perdu 19 kilogrammes. Il continua son travail durant toute la période de jeûne et cela sans peine ni fatigue, effectuant chaque jour le voyage de Mount Vernon, son domicile, à New-York, siège de ses affaires.
M. Rathbun, ayant été accusé par quelques journaux médicaux, d'avoir triché et de s'être sustenté clandestinement durant son jeûne, résolut l'année suivante de refaire une cure en se soumettant à un contrôle médical rigoureux; cette fois-ci il s'abstint de tout aliment pendant 35 jours; il perdit 19,400 kilogrammes. A part quelques malaises ressentis au début pour avoir, sur le conseil pressant des médecins-contrôleurs, absorbé de trop grandes quantités de liquide qui lui fatiguèrent les reins, il fut en parfaite santé au cours de ce long jeûne et put travailler comme la première fois.
Mme A. M. Lichtenhahn jeûna également pendant 36 jours sans peine, continuant à s'occuper de son ménage; elle perdit 9kilogrammes, mais elle recouvra un regain de force et de santé après la cure.
Mlle E. Westing, professeur de chant et cantatrice distinguée, continua à donner ses leçons et à chanter durant les 40 jours de son jeûne; son poids diminua de 7,800 kilogrammes seulement; la photographie nous la montre au sortir de l'église le quarantième jour de sa cure, l'air souriant et satisfait, nullement incommodée par un froid rigoureux; à la suite de cette pratique sa santé fut tellement améliorée qu'elle se sentait une capacité de travail extraordinairement augmentée.
Un cas qui présente un grand intérêt est celui de Mue E. Kuenzel, une jeune personne de vingt-deux ans, atteinte de mélancolie grave, qui avait été traitée sans succès dans une maison de santé par le gavage médicamenteux et par la suralimentation intensive. Lorsqu'elle commença son jeûne, son état général était déplorable, sa faiblesse était telle qu'elle pouvait à peine remuer dans son lit; elle dut le garder jusqu'au onzième jour; à partir de ce moment elle commença à se lever et à faire une promenade journalière lorsque le temps le permettait; «je suis sortie, écrit-elle, vingt-trois jours sur les quarante-cinq de mon jeûne, et pendant cette période j'ai couvert cent soixante-dix-neuf kilomètres. Ceci est en dehors de mes promenades en voiture,
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de mes visites à l'Exposition et des réunions du soir où je me rendais à pied. Je ne me sentais aucunement fatiguée, ni affaiblie, mais j'étais plus heureuse et plus gaie chaque jour de mon jeûne, car je sentais en quelque sorte une vie nouvelle se répandre dans tout mon être. Mon esprit devenait plus lucide et toute confusion mentale disparaissait. J'en éprouvais une réelle extase et la vie, au lieu d'un fardeau' qu'elle était, me redevenait une vraie joie. »
Ces affirmations péremptoires de l'intéressée en disent plus que de longues discussions académiques brillantes en théorie, mais vides de preuves expérimentales.
Le quarante-quatrième jour de son jeûne fut un de ceux où Mlle Kuenzel déploya le plus d'activité ; en voici le résumé, tel que nous le donne le Dr Dewey : « Elle se leva à huit heures et demie pour vaquer à ses occupations jusque bien tard dans l'après-midi, puis, accompagnée de son ami, elle vint retrouver une de ses surs à l'Exposition. Elle y passa plusieurs heures et, revenant en tramway, le seul siège vacant fut accepté par sa sur, qui était fatiguée et ignorait que MIle Estella était privée de nourriture depuis quarante-quatre jours; celle-ci d'ailleurs n'était pas fatiguée. » Elle se coucha vers minuit sans être aucunement éprouvée et pas trop lasse de cette journée si bien remplie.
Voici comment Mlle Kuenzel termine la narration de son jeûne : « J'ai passé une année d'indicibles tortures, produites par le surmenage et par la science des doctes professeurs. J'étais près de succomber, mais grâce aux enseignements précieux que le Dr Dewey a donnés à l'humanité... je suis maintenant bien portante, forte et joyeuse. »
Toute cette histoire n'est-elle pas le meilleur certificat que l'on puisse décerner en faveur de l'excellence thérapeutique de la cure de jeûne ?
Nous avons gardé pour la fin le cas de M. Léonard Thress, pour qui le jeûne fut un vrai sauvetage ; âgé de 57 ans, souffrant d'hydropisie et de myocardite grave, « il était, nous apprend le Dr Dewey, au bord du tombeau, et ses médecins avaient abandonné tout espoir ». Malgré cet état si précaire, onze jours après le début du jeûne, M. Thress pouvait quitter son lit, ce qui ne lui avait pas été possible depuis de longs mois, il put commencer à marcher et chaque jour il vit ses forces s'accroître d'une façon réjouissante. Pendant les 50 jours que dura son abstinence totale, il parcourut à pied un peu plus de 104 kilomètres; il perdit en tout 34,5 kilogrammes. Par ce traitement héroïque, il fut sauvé d'une mort certaine, attendue à brève échéance par la Faculté et il put se remettre à un travail actif.
Nous pourrions encore allonger la liste des cas de jeûnes prolongés effectués par des patients du Dr Dewey ; mais ce serait une fastidieuse répétition des mêmes résultats positifs et heureux. Dewey insiste sur le fait intéressant que le premier bénéfice de cette cure de désintoxication et de repos alimentaire se manifeste rapidement, d'une façon très visible par l'éclaircissement du teint et par l'aspect éclatant
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de la carnation, preuve certaine d'une épuration sanguine, d'une meilleure circulation du sang et d'une nutrition normale de la peau et des téguments; ce premier symptôme de l'efficacité de la cure est important à noter, car il indique la suite à donner au traitement. « L'étude de la physionomie faciale, nous dit le Dr Dewey, offre l'intérêt le plus profond, lorsque l'on comprend que l'expression des yeux, des traits, la finesse et la délicatesse des structures organiques et de leur coloration, ne sont que des révélations de la vie plus noble qui est à l'intérieur. »
Inutile de dire que la science officielle fit aux théories et à la pratique du Dr Dewey une farouche et impitoyable opposition, car son système était trop révolutionnaire et démolissait trop d'idées préconçues, consacrées par une longue et docte routine. Lorsque parurent ses ouvrages : The true Science of Living (La véritable science de la vie) et New Gospel of Health (Nouvel évangile de la santé), ce fut un toile général. Il le constate mélancoliquement en ces termes : « Mes confrères en médecine accueillirent ma méthode comme ils auraient accueilli une épidémie de petite vérole, ou bien une hérésie dont les suites constitueraient un danger social. »
Comme d'habitude on critiqua beaucoup, au nom de la théorie médicale scientifique, mais on ne se donna pas la peine de répéter les expériences de Dewey; ces critiques officielles, ex cathedra, n'empêchèrent cependant pas la vérité de se faire jour; la cure par le jeûne gagna de plus en plus des adeptes enthousiasmés et les guérisons surprenantes de cas désespérés se multiplièrent à l'envi.
Dewey désirait tout particulièrement faire comprendre au public que le jeûne est un moyen curatif simple, en harmonie avec les lois de la nature; le grand avantage de cette méthode est de ne pas avoir recours aux drogues médicamenteuses, souvent plus nuisibles qu'utiles ; à ce propos, il déplore que : « le public candide ait une foi intense en l'efficacité des médicaments; que sa vision déformée prenne pour des géants, à l'instar du chevalier de la Manche, des guérisseurs diplômés qui, en réalité, ne sont que des moulins à vent, dont le voisinage trop proche peut être extrêmement dangereux pour les malades ».
« Médecin guéris tes maux ! » C'est par cette apostrophe que le Dr Dewey répond à ses confrères; il voudrait que chaque médecin prêchât l'exemple de la sobriété par sa propre vie et qu'il ne donnât pas, comme c'est parfois malheureusement le cas, le spectacle de mauvaises habitudes contraires à l'hygiène, celui de l'alcoolisme et du tabagisme tout particulièrement.
La santé physique et morale étant chose contagieuse, d'après Dewey, il voudrait que le médecin soit exempt de toute tare et de toute habitude vicieuse; voici le passage qu'il soumet à la méditation de ses confrères : « Selon mon opinion, il y a parmi les médecins autant d'esclaves du tabac, de l'opium sous diverses formes et des boissons
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alcooliques, proportionnellement, que dans n'importe quelle autre classe de la société; ils sont tout aussi exposés que le premier venu à être atteints des différentes maladies chroniques et tout aussi impuissants à se guérir. Journellement je vois des médecins allant le cigare à la bouche visiter leurs malades; signe d'un système nerveux en détresse subissant l'action fallacieuse de la nicotine..., ils pénètrent dans les chambres où l'air devrait être le plus pur.
» A qui convient-il plus au monde qu'au médecin de prêcher l'exemple?... Est-il logique qu'un malade s'emploie à en guérir un autre ? N'est-il pas malade le médecin dont le système nerveux le tourmente au point qu'il ait besoin de le calmer fréquemment en fumant un cigare, qui en même temps altère sa sensibilité gustative ? N'est-il pas très malade lorsque ses nerfs réclament le coup de fouet de fortes boissons alcooliques ? »
C'est là demander du médecin un grand effort et un complet renoncement ; c'est trop présumer des forces de la majorité, peut-être, mais cela nous montre quel idéal élevé le Dr Dewey avait de sa profession et combien il considérait avec sérieux les devoirs de sa charge médicale.
Il nous reste encore à parler d'un autre moyen curatif mis en uvre, à côté du jeûne, par le Dr Dewey ; une fois le corps débarrassé de ses poisons, il s'agit de le maintenir en bonne santé par un régime convenable; pour ce faire, il est arrivé à la conviction qu'il fallait réduire le nombre des repas et les rendre moins copieux; il institua le système dit des deux repas par jour.
Partant de cette idée que les aliments ne peuvent fournir les énergies utiles au fonctionnement de l'organisme qu'après avoir subi une digestion et une transformation appropriées (processus qui demandent un temps plus ou moins leng), il en conclut que la sensation de vigueur ressentie immédiatement après avoir mangé est une impression toute subjective; aussi estime-t-il que la suppression du premier déjeuner s'impose, car durant la nuit le corps a eu le temps d'élaborer et de mettre en réserve une ample provision de force et d'énergies tirées des aliments de la veille; ces énergies sont plus que suffisantes pour subvenir aux besoins de notre activité de la matinée; n'est-il pas illogique, en effet, et antiphysiologique de manger dès le réveil sans avoir rien dépensé des forces en réserve ? Pour Dewey, le désir impérieux, le besoin même, que ressentent la plupart des gens de prendre le premier repas matinal, est uniquement une affaire d'habitude et ne repose pas sur une demande réellement organique du corps.
« La faim du matin, dit-il, n'est autre chose que la « maladie qui couve », et ce sont précisément ceux qui la ressentent le plus qui auraient le plus de raisons de jeûner pour améliorer leur santé. » La faim du matin serait plutôt une fausse faim toxique analogue à celle que l'on ressent les premiers jours de jeûne; c'est aussi l'avis du Dr Guelpa, comme nous aurons l'occasion de le voir encore.
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Dewey conseille sa méthode des deux repas, non seulement aux intellectuels, aux gens de bureau qui, par leur vie sédentaire, brûlent peu de leurs réserves, mais encore aux travailleurs manuels, aux ouvriers et aux paysans pour qui elle convient également bien; c'est, d'après lui, la conviction à laquelle sont arrivés tous ceux qui ont bien voulu tenter une expérience suivie et de quelque durée; il cite entre autres les observations qu'il a faites maintes fois sur des travailleurs manuels qui étaient venus le consulter pour des malaises rhumatismaux ou stomacaux; ils ont vu leurs maux disparaître à la suite de cette légère transformation de leur régime alimentaire et ils ont été tout étonnés de constater que leur force productive était augmentée. Il cite notamment l'expérience intéressante dont il fut témoin : par une chaude matinée, trois fermiers étaient partis ensemble pour cribler de l'avoine, le plus épuisant des travaux agricoles à son avis; deux de ces hommes avaient déjeuné normalement avant de partir, tandis que le troisième, adepte de Dewey, était à jeun; il fournit autant de travail, si ce n'est plus, que ses compagnons; il maniait son crible facilement, avec beaucoup d'énergie, sans être essoufflé comme ses voisins ; enfin, lorsque midi sonna, il était encore frais et dispos, ce qui était loin d'être le cas pour les partisans des repas multiples. Un charpentier, fréquemment malade auparavant, vit ses malaises disparaître après avoir adopté la méthode des deux repas; sa force et son endurance au travail furent plus grandes que par le passé. Consulté par un fermier miné par l'arthritisme, sujet aux rhumes chroniques, récidivant à tout propos, il lui conseilla d'essayer de réduire ses repas à deux par jour; l'effet fut excellent et rapide et le retour à la santé complet; le patient déclara par la suite que « sa matinée était la meilleure moitié de sa journée, tant pour le dur travail corporel que pour la lucidité d'esprit. » A ce nouveau régime il eut bientôt gagné en poids 10 kilogrammes environ.
Cette augmentation de poids, grâce au régime des deux repas, est de nature à faire réfléchir; elle nous apprend que ce n'est pas en se gavant et en surchargeant inutilement l'estomac que l'on peut espérer une bonne assimilation des aliments, partant une réelle provision de forces.
Ce devrait être sans contredit le régime normal de tous les intellectuels, de même que de tous ceux qui sont astreints à une profession sédentaire; ce sont tous gens ayant une tendance à trop manger et à s'encrasser, car ils ne brûlent pas leurs réserves par un travail musculaire suffisant. Un évangéliste érudit, le Dr G. F. Pentecost, sur le conseil de Dewey, essaya du régime des deux repas et s'en trouva si bien qu'il gagna beaucoup de personnes à cette pratique rationnelle; nous allons résumer avec lui les avantages de ce régime :
« i. Je n'ai plus ressenti la moindre migraine douloureuse depuis la suppression de mon déjeuner. » II était de fait qu'auparavant il ne se passait pas un mois sans qu'il fût tracassé par une ou plusieurs crises violentes, dont il souffrait depuis plus de trente ans.
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« 2. J'ai graduellement perdu une notable partie de mon embonpoint. » Indice que l'accumulation de la graisse de déchet par mauvaise combustion intérieure avait cessé, partant diminution de l'encrassement de l'organisme.
« 3. La texture de ma peau s'améliora, elle devint plus douce, plus fine et plus serrée. Mon teint et mes yeux se sont éclaircis; la bouffissure faciale et les tendances apoplectiques ont disparu. » Preuve évidente d'une meilleure nutrition des tissus et des organes dont la circulation sanguine était redevenue normale.
« 4. Je n'éprouve plus ni gonflement, ni malaise après mes repas ; je sens que je digère mieux ; mes aliments ne séjournent plus aussi longtemps dans mon estomac, et ce précieux organe a renoncé à remplir le rôle d'une usine à gaz. » Confirmation du fait que la nutrition et l'assimilation des organes étaient devenues meilleures.
« 5. Je sens que j'ai la marche plus légère et que mes bras sont plus élastiques. Une promenade à vive allure m'est devenue un plaisir que je recherche, tandis qu'autrefois la marche, prescrite comme exercice, m'était horriblement désagréable.
» 6. Je me mets à l'étude ou je fais un sermon avec l'estomac vide, sans éprouver aucune impression d'insuffisance mentale ou physique, mais au contraire avec une verdeur, un bien-être, une vigueur des plus agréables. »
Preuve péremptoire de l'amélioration générale et du rajeunissement des organes ainsi que de leur vitalité nouvelle. Cette méthode si simple des deux repas est donc capable de procurer à celui qui la pratique un regain de vie et de santé.
Pour que l'homme puisse fournir la plus grande somme d'énergie et le meilleur travail journalier, Dewey ajoute une autre prescription hygiénique tout aussi simple que le conseil des deux repas, mais qu'il estime tout aussi capitale; il est de toute nécessité que l'on puisse avoir une bonne nuit de sommeil tranquille; la loi du repos est primordiale et on ne peut l'enfreindre impunément.
Il est indiqué également de se reposer quelques instants avant de manger si l'on se sent fatigué, car la digestion et l'assimilation sont retardées, sinon entravées, par la fatigue : « Manger lorsqu'on est fatigué, dit-il, c'est imposer une vaine dépense à toutes les énergies vitales, car on peut être certain qu'un repas pris dans ces conditions ne sera pas réparateur. »
Quant aux enfants, dont la croissance rapide réclame un apport plus grand de matériaux alimentaires, Dewey, après une longue expérience, est aussi arrivé à la conclusion qu'ils bénéficient également bien de la méthode des deux repas et qu'ils se développent beaucoup mieux lorsque les aliments ont le temps d'être complètement digérés et assimilés; du reste, l'estomac gagne en pouvoir digestif lorsqu'on lui donne une période de repos suffisante ainsi que c'est le cas lorsqu'on ne mange plus depuis le soir jusqu'au lendemain à midi.
Il y aurait encore beaucoup à glaner dans l'uvre médicale du Dr Dewey; nous laissons ce plaisir à ceux qui auront été séduits et convaincus par l'énoncé de ses théories pleines de bon sens, basées
in
sur la saine observation de la nature et de ses moyens curatifs; nous ne saurions mieux faire en prenant congé de notre auteur que de reproduire la préface de son livre capital, Le jeûne qui guérit :
« Ce livre est l'histoire qui s'effectua dans l'esprit d'un médecin au cours de sa carrière professionnelle. Débutant dans l'inexpérience, environné des brumes des superstitions médicales, l'auteur finit par acquérir la foi que la nature seule guérit la maladie. La méthode hygiénique mise en lumière dans ce volume est à la fois originale et révolutionnaire; son application pratique est des plus étendues et sa valeur physiologique est incontestable. Chaque ligne de cet ouvrage a été écrite avec la conviction intense que la nourriture imposée aux malades et les drogues qui corrodent l'organisme sont des pratiques professionnelles admissibles aux époques de la barbarie, mais indignes de l'âge où nous vivons. »
Comme tous les novateurs Dewey eut d'acharnés adversaires, mais aussi de chauds partisans, notamment les nombreux malades guéris après avoir été abandonnés par la médecine officielle. En Angleterre, il eut quelques confrères qui s'enthousiasmèrent pour ces méthodes nouvelles; ce sont, entre autres, les Drs Keith, RabagUati, Haig et Carrington qui se spécialisèrent dans l'application du jeûne avec un succès égal à celui de Dewey; ils complétèrent même et élargirent sa méthode par des pratiques de détail que nous allons retrouver chez une des élèves directes du Dr Dewey, la doctoresse Linda Burfield Hazzard, qui continua brillamment en Amérique la tradition de son illustre maître. Elle contribua à faire connaître la nouvelle cure par la publication d'un livre très documenté : Fasting for the Cure of Disease (Le jeûne dans le traitement de la maladie), dont Paul Nyssens a fait un excellent résumé à la suite de sa traduction française du Jeûne qui guérit du Dr Dewey.
La doctoresse Hazzard base ses affirmations sur une pratique de plus de quatorze années, après avoir suivi plusieurs milliers de cas de jeûnes dont la durée a varié de 8 à 75 jours ; elle modifia et compléta le mode opératoire de Dewey en adjoignant, à la pratique du jeûne pur et simple du début, les lavements abondants (le bain interne suivant son appellation imagée), le massage général, les exercices physiques gradués, l'hydrothérapie et le régime végétarien comme diète d'après-cure. Lorsqu'il n'y a pas urgence, nécessitant une intervention rapide, elle applique le jeûne graduellement, en commençant par la réduction alimentaire des deux repas durant deux semaines, puis réduisant à un seul repas journalier pour arriver enfin à la cure de jeûne prolongée jusqu'au retour de la vraie faim physiologique. Dans d'autres cas, elle soumet le malade à une série de jeûnes courts et rythmés tels que les conseille le Dr Guelpa.
Comme la nature ne procède en général pas par changements brusques, ce dernier procédé doux et rythmé est très recommandable pour les natures faibles et peu résistantes qui auraient de la peine à supporter une intervention aussi énergique que le jeûne absolu
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appliqué d'emblée; mais on doit reconnaître que le procédé est plus long et s'accommode souvent assez peu avec les exigences des malades modernes toujours pressés et qui en général ne disposent, à cause de leurs occupations absorbantes, que d'un temps très limité pour entreprendre un traitement sérieux. Pour ces derniers, la cure de jeûne courte et intensive est le traitement idéal pour restaurer rapidement la santé et récupérer leur puissance de travail physique ou intellectuel.
« Dans la maladie, nous dit la doctoresse Hazzard, la nature cherche à éliminer, puis à éliminer davantage, puis à éliminer encore jusqu'à ce que les conduits encombrés, véhicules de la vitalité et de l'énergie, soient rendus libres et que la santé soit rétablie. » C'est seulement après une complète épuration que l'organisme peut fonctionner normalement et que le sentiment de vraie faim réapparaît.
Le lavement d'eau pure, répété au moins deux fois par jour, fait partie intégrante de son mode de traitement; elle recommande, afin de rendre cette douche intestinale plus efficace, de l'administrer en position agenouillée, le corps penché en avant appuyé sur les coudes; il y a avantage à répéter ce lavement plusieurs fois de suite jusqu'à nettoyage complet du tractus intestinal inférieur, l'eau devant ressortir incolore et inodore.
Dans le régime d'après-cure elle prescrit la douche intestinale au moins deux fois par semaine ; en aucun cas la doctoresse Hazzard n'a observé que cette pratique ait entraîné la paresse du gros intestin ou une constipation consécutive, bien au contraire. « L'eau pure, dit-elle, est l'agent que la nature nous offre pour ces nettoyages, elle peut être appliquée sur toute membrane muqueuse sans exception et sans danger de contamination ou de dommage quelconque. »
Elle estime avec raison qu'il faut prêter une attention toute spéciale à l'alimentation d'après-cure, alimentation qui doit être strictement végétarienne, car il est parfaitement illogique de rompre un jeûne, fait dans un but de désintoxication, en absorbant des aliments tels que la viande, toujours chargée des résidus toxiques de la ; vie animale et dont la digestion engendre de nombreux sous-produits ; encore plus nuisibles et dangereux ; du reste il ne faut pas oublier que/ la viande agit comme excitant et non comme fortifiant.
Lors de la reprise alimentaire après un jeûne prolongé il est recommandé l'absorption de jus de fruits bien mûrs, comme le veut Ehret, de bouillons de légumes légers; puis au bout de quelques jours on passe à une nourriture plus substantielle : fruits crus, légumes, noix, noisettes et amandes; parmi les céréales son choix se porte de préférence sur le riz et l'orge comme étant de digestion plus facile.
Tout autant et même plus âprement que son maître Dewey, la doctoresse Hazzard fut en butte aux persécutions des représentants de la médecine officielle ; de puissants adversaires allèrent même jusqu'à la traîner devant les tribunaux dans l'espoir de lui voir interdire la
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pratique médicale; ces perfides manuvres échouèrent néanmoins devant son attitude énergique et devant le nombre imposant de malades guéris qu'elle cita à la barre. Le grief capital qu'on lui faisait était d'avoir laissé mourir des malades d'inanition; or il s'agissait en l'occurrence de patients déclarés incurables par la science officielle, avant le début de la cure, et qui avaient voulu tenter malgré tout cette dernière expérience; ils étaient morts en cours de jeûne n'ayant pu supporter le choc initial du début; mais il n'y avait aucune faute de la doctoresse Hazzard qui avait bien représenté à la famille et au patient les risques de cette intervention. Si l'on voulait appliquer une telle sévérité à la thérapeutique officielle, il n'y aurait pas de médecin qui ne fût un jour ou l'autre cité à comparaître devant un tribunal pour y répondre de ses traitements; la pratique de la médecine deviendrait impossible pour le plus grand dam des pauvres malades.
« J'ai, nous affirme-t-elle, soigné plus de deux mille malades et il ne s'est produit que quatorze décès au cours du jeûne. Dans chacun des cas l'autopsie a démontré d'une façon irréfutable, d'abord, que des imperfections organiques échappant à toute guérison possible étaient les causes directes de la mort. » II eût été peut-être de meilleure politique pour avoir la paix de refuser de tenter des jeûnes « in extremis » et d'abandonner ces malheureux à leur sort fatal, mais cette attitude n'eût pas été digne d'un vrai médecin naturiste qui sait que la nature fait parfois de vrais miracles lorsqu'on lui en donne la possibilité; il vaut donc toujours la peine d'oser quelque chose pour soulager, sinon guérir le malade.
Du reste on ne saurait trop insister sur le fait que la cure de jeûne ne doit pas être pratiquée sans discernement et par n'importe qui; c'est naturellement l'avis de la doctoresse Hazzard qui nous dit : « Je condamne absolument le jeûne irrationnel, le jeûne sans préparation, le jeûne de durée prolongée sans un guide expérimenté et le jeûne qui n'est inspiré que par le désir de suivre un système momentanément en vogue. »
Section 2 LE JEÛNE SELON LA METHODE DU D* GUELPA
Indépendamment des recherches du Dr Dewey et de celles de ses élèves, le Dr Guelpa, de Paris, est arrivé à formuler des conclusions semblables et à instituer un traitement analogue dans ses grandes lignes, destiné à combattre les maladies par autointoxication; il y est arrivé en suivant le même chemin que Dewey, c'est-à-dire en se basant sur la saine observation clinique du malade, telle que s'efforcent de la pratiquer la plupart des médecins naturistes en se laissant
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guider uniquement par les indications fournies par la nature, en cours de traitement, au lieu de vouloir plier cette dernière à leur fantaisie pour la faire rentrer dans les cadres de leurs théories éphémères.
Les travaux de Guelpa sont d'une importance telle, sa cure de jeûnes courts et répétés est d'un maniement si facile, les résultats en sont si encourageants que nous allons en faire une analyse détaillée :
En 1903 paraissait déjà dans le Bulletin de la Société de médecine de Paris (séance du 23 décembre) un exposé des théories émises par le Dr Guelpa ayant trait au renouvellement des tissus et au rajeunissement des fonctions à la suite du jeûne. En 1911, une publication plus importante : Autointoxication et désintoxication est très rapidement épuisée ; puis paraît une brochure destinée à vulgariser sa méthode et à faire ressortir les bienfaits du jeûne : Comment désintoxiquer notre organisme et le renouveler ? Enfin l'ouvrage capital : La méthode Guelpa. Désintoxication de l'organisme, que nous allons analyser à fond.
Pour Guelpa, les quatre cinquièmes des maladies sont dues directement ou indirectement aux produits toxiques provenant des fermentations ou putréfactions gastro-intestinales causées par des excès alimentaires, ou plus fréquemment encore par une alimentation irrationnelle.
La constatation faite par le Dr Dujardin-Beaumetz que chez les typhiques « la maladie évoluait d'autant plus favorablement jusqu'à la convalescence, que le malade perdait plus rapidement et plus régulièrement de son poids », fut pour Guelpa un trait de lumière, qui le mit sur la voie de sa méthode de désintoxication par le jeûne.
Déjà en 1889, le Dr Dujardin-Beaumetz fit exécuter par son assistant, le Dr Stackler, une série de recherches sur la variation du poids des typhiques soignés dans sa clinique de l'hôpital Cochin. Au moyen d'une balance enregistreuse construite spécialement à cet effet, et sur laquelle reposait le lit du malade, on pouvait voir les moindres variations du poids; par l'étude des nombreux graphiques obtenus de la sorte, on put constater que les malades qui marchaient vers la guérison étaient justement ceux qui perdaient régulièrement du poids, tandis que ceux qui maigrissaient peu ou pas du tout avaient une maladie longue, grave, évoluant le plus fréquemment vers la mort. L'amaigrissement rapide démontrait que le corps avait encore l'énergie de brûler ses réserves, trouvant en lui-même la force nécessaire pour lutter contre la maladie et éliminer ses déchets; pour Guelpa, cette constatation prouve que « l'organisme est encombré, gêné par une quantité plus ou moins grande de liquides, de cellules, de tissus vieux et empoisonnés, qu'il doit éliminer pour que la maladie disparaisse. » C'est pourquoi, plus vite on arrive à débarrasser le malade de ses poisons internes, plus vite aussi on le rétablit complètement. « C'est depuis ces expériences, pour moi mémorables, nous dit Guelpa, que je ne me suis plus inquiété de la faiblesse de mes malades ; leur fausse sensation de faiblesse n*étant en réalité que l'expression d'un encom-
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brement de produits toxiques et de déchets cellulaires, dont il faut au plus tôt, dans la mesure du possible, débarrasser l'organisme. »
Guelpa s'élève avec raison contre la funeste idée, trop enracinée dans le peuple, que la graisse est le signe d'une santé florissante ; au contraire, il ne faut pas oublier que les gens gros et gras sont des intoxiqués, dont la vitalité est diminuée, partant dont les combustions organiques se font mal, dont les cellules sont encrassées par des déchets nuisibles, notamment par d'abondants dépôts de graisse. Comme nous l'avons dit, ce sont des gens très peu résistants aux maladies; la même règle est valable pour les enfants surnourris, « ceux que le public trouve beaux, qui ont des récompenses dans les concours de bébés »; trop gras et joufflus, ils sont la proie facile et toute désignée des infections infantiles et leur mortalité est beaucoup plus grande que celle des autres enfants moins bien nourris en apparence, mais dotés en réalité d'une force de résistance plus grande parce que le fonctionnement de leurs cellules n'est pas gêné par un encrassement précoce.
Un ami du Dr Guelpa, M. Chuchu, médecin vétérinaire distingué, lui déclara que cette observation est confirmée par les faits constatés journellement sur des animaux surnourris en vue de la vente comme viande de boucherie. « En effet, lui disait-il, lorsque nos bêtes sont engraissées, si au lieu de les abattre, on voulait les conserver, cela serait très difficile, parce que leurs tissus nobles, étouffés par la graisse qui les a envahis et plus ou moins compromis, ont perdu leur capacité à la défense et au fonctionnement de la vie. » Aussi pour Guelpa, la préoccupation souvent tyrannique de la plupart des gens « de pouvoir ingérer dans de bons repas une très abondante alimentation » est une conduite parfaitement inconséquente et des plus nuisibles, car ces personnes « ne font ainsi que gaspiller leur énergie avec usure précoce de leurs organes carburateurs ». « Chez l'homme, dit-il encore, l'excès d'alimentation, surtout d'alimentation carnée et alcoolisée, a produit une exagération fonctionnelle des organes de la nutrition, avec une apparence de santé plus vigoureuse. Puis, petit à petit, comme le cheval trop fouetté, ces organes surmenés deviennent de moins en moins aptes à remplir leurs fonctions et s'acheminent vers l'impuissance totale... »
Aussi pour reposer les organes surmenés, fatigués et surchargés de déchets toxiques, il n'y a qu'un moyen rationnel de traitement : le repos fonctionnel par le jeûne absolu et la désintoxication accélérée par la purge abondante.
Naturellement la routine officielle a immédiatement protesté contre ce mode de procéder, objectant que théoriquement déjà, c'était une méthode très dangereuse, car par l'inanition le malade risquait l'autophagie, bien indiquée par la présence d'acétone dans les urines des jeûneurs ; Guelpa répond à cette critique en faisant remarquer que la pratique, seul juge en la matière, démontre que c'est là une crainte
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illusoire et que parmi les milliers de cas traités par lui de cette façon il n'a eu à enregistrer aucun cas fatal dû à un empoisonnement par l'acétone; quant à l'autophagie, loin de la redouter, il cherche au contraire à la provoquer et à l'accélérer, afin que l'organisme détruise au plus vite les cellules faibles, vrais parasites de la force vitale, et qu'il se débarrasse dans le plus bref délai de ses déchets toxiques.
On a encore objecté, toujours au nom de la théorie, que ce traitement était de nature à provoquer de graves crises de faiblesse par inanition ; c'est du reste la peur de cette soi-disant faiblesse générale qui empêche trop souvent beaucoup de personnes de persévérer au début de la cure, car dès les premiers malaises de désintoxication, elles se croient irrémédiablement perdues. Guelpa fait remarquer, avec raison, que cette sensation désagréable éprouvée par les malades au commencement d'un jeûne est très mal caractérisée par le terme de faiblesse; en effet, cette sensation est « très légère chez les bien portants, mais d'autant plus accusée que la maladie, pour laquelle on fait la cure, a été plus grave ». On peut comparer cet état de malaise à un état prégrippal; la sensation de courbature et l'abattement que ressentent les patients correspondent aux efforts de désintoxication de l'organisme qui déverse dans le sang quantité de produits nocifs; ceux-ci irritent les centres nerveux, d'où les malaises et l'état nauséeux bien compréhensibles; la purgation, balayant les autotoxines, apporte un soulagement immédiat. Guelpa revient à plusieurs reprises sur cette fausse compréhension de la faiblesse qui a fait commettre tant d'erreurs graves en thérapeutique : « Je suis convaincu, dit-il, qu'il n'y a peut-être pas dans le dictionnaire un mot plus faux, un mot qui ait déterminé des conséquences plus pernicieuses pour la santé. » Ce qui est surtout faux, c'est le sens que lui prêtent beaucoup de scientifiques.
On sait, en effet, que par la combustion et l'utilisation des aliments, par l'usure plus ou moins rapide des tissus, il se forme des produits de déchets toxiques qui doivent être éliminés et détruits par nos organes de protection, dont un des plus importants est le foie; que ces organes soient affaiblis par la maladie ou par la fatigue causée par un apport exagéré de substances nuisibles : poisons, drogues médicamenteuses, alimentation exagérée ou irrationnelle, aussitôt nous voyons se manifester l'insuffisance cellulaire par l'apparition d'un malaise sourd que l'on qualifie à tort de faiblesse ; « faiblesse, mot foncièrement malheureux, nous dira Guelpa, parce qu'il impose immédiatement et directement à notre esprit l'idée corrective de fortifiants, soit en augmentant l'alimentation, soit en recourant aux médicaments excitants. »
Or, comme ces malaises, qualifiés de faiblesse, sont dus uniquement à la présence de déchets toxiques qui empoisonnent les cellules et vicient nos humeurs, la seule pratique logique et vraiment conforme aux lois de la nature, c'est de donner au corps et aux organes un repos prolongé en cessant tout apport alimentaire, et de favoriser l'élimina-
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tion des poisons endogènes par l'administration de purges copieuses. L'expérience enseigne, en fait, qu'après trois ou quatre jours de malaises plus ou moins désagréables selon le degré d'autointoxication du patient, il se produit une amélioration notable qui lui permet de prolonger la cure de jeûne, débarrassé de ce sentiment de fausse faiblesse; ainsi que Dewey l'avait déjà remarqué, le Dr Guelpa confirme aussi qu'il en va de même pour le sentiment de fausse faim et de fausse soif qui effraie le débutant. Ces besoins n'ont rien à voir avec un acte physiologique, ce sont au contraire des appels pathologiques de l'organisme irrité par les produits toxiques de déchets. Guelpa fait remarquer que si la faim était ce que la physiologie officielle nous enseigne : « l'ensemble des sensations qui avertissent l'homme et les animaux de la nécessité de réparer les pertes de l'organisme et qui les poussent à introduire dans le tube digestif les matériaux nécessaires pour cette réparation », elle devrait augmenter après une purgation abondante; et cependant, c'est le contraire qui a lieu; le sentiment de faim disparaît d'autant plus vite que la purge a eu un effet plus radical; celle-ci débarrassant le tube gastro-intestinal de tous ses détritus toxiques et irritants, il paraît assez naturel de conclure que cette sensation de fausse faim provient justement de cette irritation des muqueuses digestives par ces mêmes poisons. « Cette faim, dit Guelpa, n'est que le cri de l'organisme gêné par l'intoxication et l'infection qui ont leur siège dans le tube digestif, et non pas l'expression du besoin de réparer les pertes de cet organisme. » Pour répondre à l'objection, qui semble appuyée par l'observation journalière, que cette fausse faim disparaît cependant si l'on ingère des aliments, Guelpa en donne une explication rationnelle; il attribue aux aliments, surtout aux végétaux, un rôle antitoxique par neutralisation temporaire; en outre la cellulose végétale ferait office d'épongé absorbant les poisons intestinaux. Cette explication est très plausible et très ingénieuse : voici comment il la motive :
« Le premier effet de l'aliment arrivant dans le tube digestif est certes d'absorber, de neutraliser ces produits de mauvaise fermentation et de préparer ainsi la masse pour les évacuations prochaines. Jusqu'à ce moment, l'aliment agit dans le même sens, dans le même but si vous voulez, que la purge, mais de manière douce, agréable. Il désintoxique suffisamment la canalisation gastro-intestinale pour permettre à la sécrétion des sucs digestifs de réaliser utilement la deuxième partie du rôle des aliments, c'est-à-dire de fournir aux tissus les éléments réparateurs des cellules en destruction. Donc l'aliment a deux fonctions successives bien distinctes à remplir; la première, la plus pressante : absorber l'excédent des poisons du tube digestif et l'entraîner au dehors, c'est celle qui éteint la faim; l'autre, moins urgente, mais non moins utile, que jusqu'à ce jour on croyait unique : fournir les éléments réparateurs. » Et il ajoute pour conclure son argumentation : « On a souvent la preuve de cette action désintoxiquante de l'aliment
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dans la disparition rapide de maux de tête et d'autres phénomènes d'embarras gastriques après un bon dîner, surtout si on a eu la chance qu'il ait été suivi d'une prochaine évacuation alvine. » Comme Dewey l'avait déjà observé, Guelpa remarque aussi que la vraie sensation de faim physiologique ne revient en général qu'après un jeûne de plusieurs semaines, parfois même après des mois seulement; ce retour de la vraie faim coïncide avec la désintoxication intégrale de l'organisme et avec la rénovation des cellules nourries par un sang généreux.
Quant au sentiment de fausse soif, c'est également l'appel de l'organisme qui demande impérieusement du liquide pour diluer les poisons autogènes, pour laver les cellules et pour faciliter l'expulsion de ces toxines une fois déconcentrées. Le fait que cette soif ardente du début diminue beaucoup à la suite de purgations répétées prouve le bien-fondé de cette théorie; du reste les malades sont les tout premiers surpris de voir leur soif disparaître au bout de quatre à six jours selon leur degré d'intoxication; nous avons vu pour notre part des jeûneurs, réclamant au début du traitement jusqu'à six grands bols de tisane dans la journée, se contenter d'une à deux petites tasses après quelques jours.
A ce sujet, Guelpa fit sur lui-même une expérience qui est des plus suggestives :
a II y a cinq ans, étant allé au Maroc, j'ai voulu, continuant certaines études, faire l'expérience du jeûne et de la purgation pendant le voyage de retour. Après avoir pris mon dernier repas le jeudi soir 27 juin 1907, je buvais à la fin de la nuit suivante une limonade purgative et le vendredi à midi je m'embarquais.
» Arrivé à Madrid, le dimanche, j'y répétais la purgation et j'arrivais à Paris, le mardi 2 juillet au matin, si bien portant, que je repartais aussitôt visiter mes malades sans rien prendre jusqu'à midi.
» Pendant cette période (du jeudi soir au mardi à midi) je n'ai pris aucun aliment et n'ai éprouvé aucunement le besoin de boire; quatre tasses de thé, quatre citronnades, deux cafés et une bouteille d'eau m'ayant suffi dans tout le parcours. Cependant, j'avais traversé en ce mois de juillet ces immenses plaines déboisées de l'Espagne, où régnait une chaleur torride. Mes compagnons de route buvaient et s'épongeaient sans cesse. Très à mon aise, j'étais loin de les envier. »
C'est là une belle démonstration de l'endurance et du bien-être que peut procurer la pratique rationnelle du jeûne.
La peur de s'affaiblir ou de dépérir durant la cure de jeûne en éloigne malheureusement beaucoup de gens qui pourraient en retirer le plus grand bénéfice; cette peur est tout à fait illusoire; il en va de même de la crainte manifestée par beaucoup de médecins au sujet des purges copieuses et répétées ; c'est du reste la plus grosse objection que l'on ait articulée contre la méthode de Guelpa; aussi revient-il à plusieurs reprises sur ce sujet afin de bien démontrer toute l'inanité de ces craintes. Guelpa, se basant sur son expérience très étendue
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déclare que la purgation est tout à fait inoffensive et qu'elle ne peut en aucun cas être nuisible lorsqu'elle est appliquée avec discernement.
La purge, ce remède par excellence de la médecine ancienne, ce remède à juste titre prisé si fort par nos grands-mères, a perdu la faveur de la médecine officielle pour qui la notion du nettoyage des « humeurs peccantes » sonne comme un grave anachronisme. La purge, si l'on en croit le Dr Burlureux, serait « un danger social » !
Guelpa s'attache à démontrer que bien au contraire une purge administrée abondante, larga manu, comme il le préconise, ne peut en aucun cas avoir de fâcheux résultats, étant donné son effet rapide et son pouvoir décongestif ; il en est si convaincu qu'il considère comme néfastes conseillers ceux qui, se basant sur des vues toutes théoriques, veulent proscrire cette vieille pratique : « Ameuter l'opinion publique, dit-il, contre le moyen peut-être le plus puissant que la nature ait mis à notre disposition pour la conservation de la santé et pour l'évolution plus favorable des maladies, c'est désarmer les praticiens savants et honnêtes. » Mais on ne saurait trop répéter que pour être efficace et sans danger, la purge doit être suffisamment forte et à effet rapide. Si par contre, on l'administre à dose trop faible, l'évacuation se fait mal, elle dure plus longtemps, s'accompagne de nausées et de céphalées; dans ce cas, le contenu intestinal, au lieu d'être expulsé en totalité, est remué, brassé par une purgation légère, les matières stercorales sont diluées et les toxines provenant de la fermentation ou de la putréfaction intestinales sont réabsorbées par la muqueuse; elles contaminent alors le plasma sanguin, d'où production de malaises divers par intoxication des centres nerveux. Si la purge ne produit pas un effet salutaire, on peut être certain qu'elle a été mal administrée, en quantité trop faible ou que le patient a pris froid.
Les purges salines sont celles qui ont donné à Guelpa les meilleurs résultats; il les recommande dans tous les cas où il n'y a pas insuffisance rénale manifeste. La dose doit être au moins de 50 à 60 grammes de sulfate de soude ou de citrate de magnésie en solution dans trois quarts de litre d'eau tiède; on peut encore avoir recours à une bouteille d'eau de Sedlitz ou d'Hunyadi Janos tiédis; l'action en est très rapide, elle prend fin dans la plupart des cas au bout de trois heures, sans provoquer de grandes coliques, ni de malaises sérieux. La seule règle à observer pour éviter des ennuis est de s'abstenir de tout aliment durant vingt-quatre heures au moins afin de donner le temps à la muqueuse intestinale irritée par la purge saline, de se décongestionner et de se reposer. Cette irritation de l'intestin est du reste très superficielle comme Guelpa va nous l'apprendre; quoiqu'un peu long, nous citerons le passage en entier, car la question est assez importante pour être vidée à fond :
« Quant au danger d'irriter la muqueuse gastrique par la purge, c'est encore un de ces préjugés qui ne se basent sur aucun fait réel et dont il est temps de nous débarrasser. Mon attention étant éveillée par ce préjugé, j'ai,
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au cours de milliers de purgations, prises par moi-même ou administrées à mes malades, essayé de me rendre compte de la réalité et de l'importance de cet inconvénient. Je n'ai jamais eu une seule fois l'occasion de le constater,
rougeur que nous observons sur la peau après l'application d'un cataplasme sinapisé, retiré dès que l'effet commence. Par contre, il émet le sérieux garde-à-vous que chaque patient doit bien graver dans son esprit : « Si parfois de graves manifestations irritatives éclatent, elles ne proviennent pas de la purge. Il faut plutôt incriminer l'introduction trop hâtive des aliments dans le tube digestif ou plus souvent encore l'insuffisance de la purgation, qui ne fait que mobiliser et non éliminer complètement les produits toxiques... D'où le conseil très utile de ne jamais permettre à un malade de s'alimenter avant que vingt-quatre heures ne se soient écoulées après l'effet purgatif. Ce délai est nécessaire à la réparation de l'épithélium... »
Pour affermir sa conviction, Guelpa a fait une série d'expériences sur des chiens et sur des lapins ; il a pu démontrer ainsi que des purges très fortes et répétées durant quatre à cinq jours n'ont eu aucun effet irritatif nuisible sur la muqueuse gastro-intestinale. Aussi pouvons-nous conclure avec Guelpa : « La purge donc, loin d'être vouée à l'ostracisme, doit être beaucoup mieux appréciée et étudiée pour que nous connaissions plus complètement la grande étendue de ses applications hygiéniques et thérapeutiques... de toutes les médications de la thérapeutique, la purge est certes la moins dangereuse, la plus sûre dans ses effets immédiats et la plus utilisable dans ses conséquences éloignées. »
Toutefois, il faut bien le reconnaître, ce n'est ni la peur de la faiblesse, ni la crainte de la purge qui seront les pires ennemis de la méthode de Guelpa, mais bien plutôt les habitudes de gourmandise et le sensualisme jouisseur qui tiennent sous leur esclavage la plupart des malheureux humains.
Quelques mots maintenant sur la façon ingénieuse dont Guelpa entend la physiologie du jeûne : C'est en partant de l'étude de la vie cellulaire que l'on comprend le mieux la nécessité de la désintoxication par le jeûne. Toute cellule de notre corps, pour vivre et se développer, doit pouvoir puiser dans le milieu dans lequel elle baigne (la lymphe du sang) les matériaux nécessaires à son entretien; cette première phase de l'assimilation est immédiatement suivie d'une seconde où la cellule, par son activité, brûle ses réserves alimentaires pour pouvoir fonctionner; il se produit alors des substances de déchets, poisons ou toxines, qui doivent être expulsés au plus tôt, emportés par la circulation sanguine, détruits et neutralisés, puis éliminés de l'organisme par les émonctoires naturels : foie, intestin, reins, poumons et peau. Si, pour une raison ou pour une autre, ces organes deviennent insuffisants ou sont surmenés, il y a rétention des autotoxines, déchéance des cellulec dont le fonctionnement est entravé, d'où maladie et même mort.
Alexis Cartel, dont les magnifiques travaux sur les greffes animales ont rénové la pratique chirurgicale, a démontré que l'on pouvait cul-
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tiver des fragments de tissus organiques séparés du corps, pourvu qu'ils fussent placés dans un milieu nutritif approprié et maintenu à une température spéciale; il a observé qu'au début la croissance de ces cellules isolées était très active, puis qu'elle devenait de moins en moins rapide pour finir par s'arrêter complètement. Carrel eut l'idée que cet arrêt était dû à l'accumulation dans le milieu nourricier des produits de désassimilation de la vie des cellules; il transplanta en conséquence ces colonies cellulaires dans un milieu nutritif frais, ayant pris au préalable la précaution de décrasser ces fragments de tissus par un lavage minutieux à l'eau physiologique; son idée se trouva confirmée, l'arrêt d'accroissement des cellules était bien dû à leur paralysie par intoxication; il put ainsi, en répétant le même traitement, renouveler plusieurs fois leur activité vitale et favoriser leur accroissement.
Cette expérience est riche en conclusions : elle nous prouve à l'évidence que l'arrêt de la fonction des cellules organiques et leur mort consécutive arrivent à la suite de l'accumulation des produits de déchets et de combustion dans le corps cellulaire ; il faut donc trouver un moyen efficace de purifier les humeurs, de nettoyer le sérum sanguin qui baigne ces cellules ; or, pour ce faire, il ne saurait y avoir de procédé meilleur que le jeûne avec purge forte et abondante; on réalise ainsi sur le vivant la dépolarisation, le lavage et la rénovation des éléments cellulaires et du milieu nutritif que pratiqua Carrel « in vitro ».
Nous avons déjà dit que les deux ou trois premiers jours de la cure de jeûne étaient les plus pénibles; ils correspondent donc à la mise en circulation de quantités importantes de poisons organiques dont il faut favoriser l'élimination rapide par tous les moyens possibles : purgations répétées, lavements, massages.
Durant le jeûne, les mouvements, quoique plus aisés, sont parfois plus vite suivis d'un sentiment de fatigue, qui n'est du reste que passager et qui disparaît très vite au bout de quelques minutes de repos dans la position couchée. Le jeûneur est également, en général, plus sensible au froid, ce qui est assez compréhensible, l'apport calorique alimentaire en graisse et hydrates de carbone étant momentanément suspendu. Il faut donc prendre la précaution de s'habiller chaudement pendant la cure.
Le sommeil est plus léger, mais, en général, beaucoup plus tranquille et plus réparateur.
Les perceptions gagnent en précision et en finesse, le travail cérébral devient plus actif et plus rapide dès le deuxième ou le troisième jour et surtout après le jeûne.
Le pouls est plus régulier, moins tendu, et la pression sanguine diminue sensiblement.
Le sérum sanguin est plus pur, nettoyé de ses déchets toxiques, acide urique, urée surtout; le nombre des globules rouges augmente, ainsi que celui des leucocytes, qui sont également plus vigoureux.
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Tous les organes se décongestionnent par la régularisation de la circulation sanguine et leur fonctionnement redevient normal et régulier; il se produit un rajeunissement réel de l'organisme par rénovation cellulaire.
L'amaigrissement porte surtout sur les parties graisseuses et quelque peu sur le tissu musculaire; il n'y a pas lieu de s'en effrayer, il faut même se souvenir qu'il constitue une condition sine qua non de la guérison : plus il est intense et rapide au cours de la cure, plus on peut espérer une reprise vitale efficiente et certaine.
Durant le traitement, on note une diminution sensible des sécrétions, de la sueur notamment; une disparition du sentiment de faim et de soif une fois que les premiers jours sont passés et que la désintoxication massive a été effectuée.
Comme avantage immédiat de la pratique du jeûne, il faut citer la disparition presque complète des bactéries intestinales, d'où désinfection et repos du tube digestif.
Quant au danger d'acétonurie, il est pratiquement inexistant, on trouve toujours dans l'urine du jeûneur des quantités d'acétone en général assez minimes; il n'y a pas lieu de prendre peur : c'est au contraire la preuve que le jeûne est réellement efficient et que la destruction par autophagie des cellules malades se poursuit normalement, cela au grand profit des cellules jeunes et fortes qui se développeront mieux après cette sélection, une partie de la force vitale n'étant plus absorbée et gaspillée pour l'entretien de cellules faibles et inutiles.
Pour ce qui est des avantages éloignés et durables qui sont la suite d'une cure de jeûne bien conduite, ils sont multiples et c'est avec enthousiasme que le Dr Guelpa les souligne, d'accord en cela avec tous ceux qui ont tenté l'expérience de cette méthode merveilleuse.
« A la suite d'une cure de désintoxication suffisamment prolongée et quelquefois répétée, on a la satisfaction de se sentir réellement rajeuni. La digestion s'effectue plus aisément, la respiration devient plus légère, les mouvements plus agiles. » D'après son avis, c'est aussi la meilleure méthode pour stabiliser l'état mental : « On est étonné de la lucidité d'esprit éprouvée après une cure... Je suis persuadé qu'il n'existe pas de moyen plus rapide et plus énergique pour combattre la distraction, la somnolence et la paresse cérébrale. » Tous ces bienfaits de la désintoxication par le jeûne, le Dr Guelpa les a expérimentés sur lui-même, ayant répété la cure plus de cinquante fois, et cela toujours avec les mêmes résultats curatifs excellents.
Après examen approfondi du malade pour s'assurer qu'il ne présente pas de tares rédhibitoires, on lui administre durant trois ou quatre jours, et parfois même plus longtemps selon les cas, une bouteille d'eau purgative chauffée, ou une purge à base de citrate de magnésie (40 à 50 grammes par demi-litre d'eau chaude) à prendre
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en deux fois à 15 ou 30 minutes d'intervalle. Durant la journée, on administre comme boisson une eau légèrement alcaline ou une tisane aromatique quelconque.
Guelpa recommande d'éviter les refroidissements et si possible de faire la cure pendant la saison chaude.
Une bonne partie du livre de Guelpa (85 pages) est consacrée à la réfutation des objections qui lui furent faites par ses confrères lors de la discussion qui suivit l'exposé de sa méthode aux sociétés savantes. Ce fut l'occasion de belles joutes oratoires, de très doctes dissertations théoriques, mais on se serait plutôt attendu à ce que cette nouvelle méthode fût expérimentée par tous ces savants contradicteurs; malheureusement, il n'en fut rien et on préféra recourir à des arguments théoriques, à des vues de l'esprit qui ne pouvaient guère faire avancer la question, plutôt que de se livrer à quelques expériences. On constate même avec étonnement que quelques-uns des contradicteurs de Guelpa, à bout d'arguments sérieux et scientifiques, eurent alors recours aux plaisanteries faciles, tel le Dr Laufer, qui ne craignit même pas de dénaturer le sens de la méthode Guelpa et qui s'écriait : « Ne pas manger pour avoir des forces serait, en effet, un excellent moyen à la portée, si je puis dire, de toutes les bourses et résoudrait en grande partie le problème social. L'eau purgative chauffée remplaçant les calories coûte assurément peu cher. » Le Dr Laufer serait bien le premier à s'étonner si l'on venait lui affirmer que cette fade plaisanterie est cependant la meilleure partie de son argumentation; c'est un fait indubitable que la cure de jeûne et les enseignements qui en découlent sont de nature à faciliter grandement la solution de plus d'un problème social angoissant : réduction de la fréquence des maladies, d'où santé publique meilleure et charges sociales allégées, vie plus sobre et plus frugale, partant plus facile et diminuant l'âpre compétition pour acquérir une nourriture souvent malsaine et inadéquate.
Malgré toutes ces oppositions plus ou moins officielles et intéressées, la méthode Guelpa gagna la partie; elle fait chaque jour de nouveaux adhérents enthousiasmés par les guérisons rapides et merveilleuses que l'on en obtient à coup sûr.
Nous allons terminer l'exposé des vues de Guelpa en résumant les nombreux cas de maladies qui sont justiciables de sa cure; les mêmes indications étant du reste aussi valables pour le jeûne de longue durée lorsque le patient y a été préparé rationnellement.
Guelpa cite en tout premier lieu de nombreux cas de diabète, très améliorés, sinon guéris; il en est de même des maladies cardiopulmonaires : asthme, bronchites, myocardites, arythmie, palpitations qui sont parfois merveilleusement soulagées et le plus souvent guéries par une cure suffisamment répétée et bien rythmée.
Les migraines d'origine congestive ou toxique, surtout lorsque le cas n'est pas trop vieux et qu'il n'y a pas de lésions trop profondes
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des organes importants, sont susceptibles de guérir radicalement par le jeûne.
C'est encore le remède tout indiqué et très efficace contre le rhumatisme aigu ou chronique, contre le lumbago ou' la sciatique.
Tous les malades arthritiques que la goutte et ses multiples malaises menacent à coup sûr devraient se soumettre à des jeûnes réguliers; au bout de quelques jours de traitement on voit déjà les amas calcaires et tous les dépôts d'acide urique diminuer pour se dissoudre complètement si la cure est suffisamment prolongée ; il n'est pas jusqu'aux articulations grippées et ankylosées qui ne finissent par s'assouplir et par reprendre leur fonctionnement normal; le traitement est parfois assez pénible au début, le patient souffrant de malaises divers dus à la quantité d'acide urique remis en circulation pour être éliminé avec les selles et avec l'urine.
Le jeûne sera excellent comme début de cure de l'obésité et facilitera l'institution d'un régime plus frugal d'après-cure.
Pour ce qui est des affections gastro-intestinales, gastrites diverses, ulcères stomacaux, hyperacidité douloureuse, entérites aiguës ou chroniques, constipation opiniâtre, la méthode Guelpa est d'un effet remarquable; elle est la seule rationnelle, car elle procure à ces organes affaiblis un repos salutaire suffisamment prolongé pour permettre aux muqueuses malades et irritées de se reconstituer et d'acquérir une force nouvelle. Guelpa se sert même de sa cure comme moyen de diagnostic de ces affections; si le traitement échoue il conclut alors qu'il a affaire à une maladie organique grave, tumeur maligne ou lésion profonde.
Les poussées d'ictère aigu ou subaigu qui indiquent toujours une insuffisance de la fonction hépatique sont rapidement jugulées par le jeûne ; le foie, soulagé de ses toxines, reprend bientôt son fonctionnement normal.
Il n'est pas jusqu'aux anémiques, ce qui peut paraître paradoxal à première vue, qui ne ressentent le plus grand bien d'une telle cure ; une fois le sérum sanguin purifié et nettoyé de ses autotoxines les éléments figurés du sang acquièrent une force et une résistance toutes nouvelles; le taux de l'hémoglobine augmente dans des proportions notables. Le nombre des globules rouges passa de 2 500 000 à 5 500 000 dans un cas remarquablement favorable observé par Guelpa; dans un autre, on comptait à la fin de la cure 4 760 000 hématies, dans un autre enfin le résultat final fut de 5 600 000 ; le nombre des leucocytes, ces cellules si importantes pour la police de défense et de nettoyage de l'organisme, s'accrût dans des proportions très réjouissantes ; dans un cas, la quantité passa de 4000 à 5500 et de 5800 à 7100 dans un autre.
On sait que la plupart des affections cutanées sont très souvent le produit direct ou indirect de la viciation humorale par mauvaise digestion gastro-intestinale; il va sans dire qu'elles céderont à une
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bonne cure de jeûne, Guelpa a guéri de cette manière des cas d'éry-sipèle, de zona, d'eczémas rebelles, de psoriasis, d'urticaire, de prurigo, de lichens, de furonculoses généralisées. La cicatrisation de profondes plaies cutanées, suites de brûlures, en a été grandement accélérée.
Les maladies et les désordres des nerfs ont le plus fréquemment pour cause une irritation ou un empoisonnement par les toxines endogènes provenant soit de surmenage, soit d'une mauvaise hygiène alimentaire avec production d'une acidose plus ou moins grave du sang. La cure de jeûne est souveraine pour remettre le système nerveux en état; aussi ne peut-on se lasser de la recommander aux malades mélancoliques et déprimés, aux asthéniques de tout genre, à ceux qui souffrent de céphalées, d'insomnie et surtout aux agités. Guelpa a guéri par sa méthode des épileptiques, ce qui indique que dans cette pénible maladie ce sont souvent les processus d'irritation par autointoxication qui jouent le rôle déterminant dans la genèse de la crise. Il a guéri également des cas d'impuissance sexuelle causés par un éréthisme nerveux toxique.
Avec le chirurgien Pauchet, Guelpa estime que les candidats à une opération grave devraient être au préalable soumis à la cure de désintoxication, car les jeûneurs ont la respiration plus aisée, la pression artérielle diminuée, l'hématose meilleure, la phagocytose plus intense et la flore bactérienne intestinale très réduite; tous ces facteurs réunis sont de nature à augmenter les chances de réussite en cas d'opération. Pauchet a également observé que les jeûneurs s'endormaient plus facilement et d'un sommeil tout à fait calme, ce qui permettait de réduire la quantité de narcotique pour obtenir cependant une narcose tout aussi profonde. La convalescence est beaucoup plus rapide, la vigueur cellulaire ayant été augmentée par le jeûne ; les suppurations postopératoires sont aussi bien plus rares.
Conjointement avec le Dr Leprince, ophtalmologiste de Bourges, Guelpa obtint d'excellents résultats avec sa méthode dans plusieurs cas d'affections oculaires graves : kerato-iritis, hémorragies intra-oculaires, glaucome, rétinite, paralysie des muscles de l'il, troubles du corps vitré. Guelpa a observé sur lui-même une notable amélioration de la vision à la suite d'un jeûne; un surmenage intensif lui avait valu une fatigue oculaire prononcée qui disparut à la suite du traitement.
Durant l'évolution d'une maladie infectieuse aiguë il est tout indiqué de supprimer l'apport alimentaire et de laisser à l'organisme toute sa provision d'énergie pour se défendre contre le processus infectieux; la purge est également indiquée pour débarrasser le corps le plus vite possible de ses toxines.
Enfin les maladies et les affections des voies génito-urinaires ne font pas exception à la règle et bénéficient également de cette cure qui précipite la guérison chaque fois qu'on veut bien y avoir sérieusement
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recours. Sur les conseils du Dr Guelpa, les Drs Luys et Klotz ont traité par le jeûne des malades atteints de blennorrhagie ; ils ont observé que la guérison arrivait beaucoup plus rapidement et qu'en général l'infection ne récidivait pas.
Guelpa voit une seule contre-indication formelle de la cure de jeûne, c'est lorsqu'on se trouve en face d'un cas de tuberculose ouverte et fébrile.
Le Dr Oscar Jenmngs qui a beaucoup pratiqué la cure Guelpa a constaté qu'elle était un précieux auxiliaire pour le traitement des toxicomanes, adonnés à la morphine, à l'opium, à la cocaïne ou au trop funeste tabagisme; il en est de même pour les alcooliques que l'on arrive à désintoxiquer avec plus de rapidité et plus de facilité en pratiquant le jeûne allié aux autres méthodes de désaccoutumance de la drogue fatale. Rien qu'à ce point de vue le jeûne est d'une importance sociale vraiment capitale, car on sait combien nombreux sont les malheureux adonnés aux excitants toxiques et combien il est difficile, par les moyens ordinaires, de les délivrer de l'emprise de ces funestes habitudes. On sera certainement d'accord pour reconnaître que chaque toxicomane est plus ou moins une non-valeur sociale, qu'en tout cas il ne fournit pas à la société un apport d'énergies saines et vraiment actives ; or le jeûne, en délivrant ces malades de leur asservissement toxique, leur fait récupérer du coup une santé et une vigueur nouvelles, pour leur plus grand profit et pour celui de leurs semblables.
Il va sans dire que Guelpa se rend parfaitement compte que sa méthode n'est pas une panacée; il reconnaît sans peine qu'il est des cas où la cure est inopérante, mais cela arrive surtout lorsque les forces vitales de l'organisme sont définitivement à bout et qu'il n'y en a pas en suffisance pour supporter la crise de nettoyage du début; cependant il conclut avec tous ceux qui ont pratiqué le jeûne que les résultats sont en général si merveilleux qu'il vaut toujours la peine de tenter un essai, même désespéré, car la nature a parfois des réserves insoupçonnées de force vitale.
Enfin notons que Guelpa ne se fait aucune illusion sur la difficulté de faire partager ses vues par certains esprits, mais il s'en console en pensant que « la vérité qui Volentes trahit et nolentes ducit (qui conduit les gens de bonne volonté et traîne après elle les récalcitrants) a une force et une puissance irrésistibles ». Il sait très bien que la réforme sera difficile à faire pénétrer dans les masses d'autant plus que trop de médecins sont encore esclaves des anciennes théories; il nous dit entre autres à ce sujet :
« Hypnotisés par ces conceptions erronées de faiblesse et d'anémie, les médecins, pendant près d'un siècle, ont fait des fortifiants le pivot de leur hygiène et de leur thérapeutique appliquées. Ainsi s'explique l'exagération de l'alimentation carnée et des boissons alcoolisées et la débauche de préparations toniques, poudre ou extrait de viande, vin, quinquina ou ferrugineux, etc., qui ont détraqué tant d'estomacs, ruiné tant de santés de notre génération. Ce fut et nous pouvons dire c'est encore, à présent, du vrai délire. » fe
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Pour prendre congé de Guelpa, nous allons citer deux passages de son avant-propos qui résument exactement la grande portée de sa méthode curative par le jeûne rythmé :
« Les avantages qui en résulteront, au bénéfice de la société et au plus grand honneur de notre profession, sont incalculables. On peut déjà prévoir : la presque disparition de certaines maladies comme le diabète et la goutte, la réduction de la durée des autres, et l'excessive rareté de leurs rechutes, par conséquent la large diminution du nombre des malades.
» Si on ajoute à cela l'heureuse influence d'une hygiène alimentaire libérée des funestes préjugés, il en résultera, au point de vue social, que les énergies précédemment détournées, absorbées par la maladie, conserveront, dans la santé mieux protégée, leur destination au travail fécond pour le plus grand profit de l'individu et de la société. »
Quoique très combattues par certains représentants de la médecine officielle, les méthodes de Dewey et de Guelpa ont fini par gagner des adhérents de plus en plus nombreux; les cures de cas désespérés ont brisé toutes les résistances théoriques; chaque jour de nouveaux médecins sont gagnés à la cause du jeûne ; les médecins naturistes ont été naturellement parmi les premiers à se rallier à ces méthodes qui font appel aux forces curatives de la nature à l'exclusion des drogues chimiques néfastes. C'est en Amérique et en Angleterre que des établissements spéciaux furent tout d'abord installés pour la cure systématique par le jeûne, puis dans les pays de langue allemande, où la méthode compte beaucoup de partisans dans le corps médical. En France, nous trouvons également quelques médecins appréciant cette cure et nous allons passer encore en revue les travaux des docteurs Frumusan, Pauchet, Carton, ainsi que les théories de l'éminent hygiéniste et occultiste que fut l'ingénieur Albert Caillet.
Section J LE JEÛNE SELON LE Dr JEAN FRUMUSAN
En 1912, le Dr Jean Frumusan, un ami du Dr Guelpa, publiait la douzième édition remaniée et définitive de son livre captivant et riche en conseils pratiques : La cure de rajeunissement.
A l'instar de ses prédécesseurs qui ont étudié le même problème, le Dr Frumusan estime aussi que l'homme est bâti pour vivre en bonne santé plus d'un siècle, mais que par son impéritie, son ignorance
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ou son mépris des règles élémentaires de l'hygiène, il empoisonne sa vie et abrège son existence.
« Nous pourrions défier le siècle, dit-il, par la robustesse de nos organes, mais nous n'atteignons même pas sa moitié, victimes de notre négligence, de notre ignorance de la science de la vie. » Cette idée le préoccupe à juste titre et il y revient à plusieurs reprises ; on ne saurait en effet trop le répéter afin de mettre en garde les hommes contre ces erreurs fatales. « Ayant un organisme d'une force de résistance incomparable, nous nous arrangeons à le « saboter ». Pour cet auteur aussi, la plupart de nos maladies proviennent de fautes antérieures envers les lois de l'hygiène naturelle. « Nous ne savons, dit-il, ni manger, ni boire, ni respirer, et, affirmation qui paraîtra paradoxale à quelques-uns, nous ne savons même plus marcher. » II proteste avec la dernière énergie contre le gavage alimentaire et ainsi que Cornaro rompt une lance en faveur de la sobriété :
t Le sobre est une exception, et la grande majorité des humains font de la suralimentation sans même s'en douter, croyant de bonne foi ne donner à leur organisme que le strict nécessaire.
» Is'alcool et le tabac, compléments nécessaires de la bonne table, ajoutent encore l'effet de leur funeste poison, agrandissant les dégâts et paralysant les défenses instinctives de l'organisme. La table est chez tous les peuples un rite sacré traditionnel, où nous nous appliquons consciencieusement, quatre fois par jour, et quelquefois cinq, à surmener et à étouffer nos fonctions d'assimilation.
» Une montagne de préjugés règne là, avec une telle tyrannie que le corps médical s'y soumet aussi, et que les régimes alimentaires que nous trouvons en thérapeutique fourmillent d'erreurs et de préjugés, transmis pieusement de génération en génération, sans le contrôle nécessaire de la méthode expérimentale. »
La capacité d'assimilation et de travail de nos organes étant limitée, il en conclut tout naturellement qu'il est dangereux de leur donner un surcroît d'activité par une alimentation excessive, ce qui les mène droit à la fatigue et à la désorganisation par intoxication. Il fait sien l'adage : « Plus on mange moins on se nourrit. »
La pauvre humanité, pour le Dr Frumusan, « ressemble fréquemment à ces dévots qui veulent ardemment aller au ciel et travaillent toute leur vie pour gagner l'enfer. Tous, nous aimons et adorons la santé et la vie. Nous voulons être bien portants et vivre le plus longtemps possible. Et pourtant, nous travaillons systématiquement à abréger notre existence et à la rendre insupportable, à la suite de maladies que nous contractons presque toujours par nos propres fautes. »
A côté de l'intoxication de l'organisme par excès alimentaire ou par faute d'hygiène naturelle, le Dr Frumusan dénonce encore une source d'empoisonnement qui n'est nullement à négliger de nos jours : il stigmatise l'abus des médicaments; «béats d'admiration devant toutes les réclames qui promettent la guérison », les malheureux malades se livrent à une consommation insensée de médicaments qui
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sont pour la plupart inappropriés quand ce n'est pas directement nuisibles; ils ne font ainsi qu'augmenter leurs malaises par ce nouvel apport de poisons chimiques. C'est d'ailleurs une grave erreur de croire que l'on peut, en quelques semaines, guérir des maladies récoltées après des années de transgression aux lois de l'hygiène naturelle. Les médicaments peuvent faire disparaître momentanément quelques symptômes de la maladie, mais on n'en est pas guéri pour cela; il ne faut pas faire de la médecine curative en surface, mais on doit attaquer le mal dans ses racines ; or le Dr Frumusan en est arrivé à la conclusion que pour ce faire, il n'y a pas de méthode plus efficace que la cure de Gueîpa; et ce ne sont pas seulement les malades qui doivent se soumettre à cette cure de désintoxication et de rajeunissement ; ceux qui se croient en bonne santé en ont un égal besoin, car pas un de nous ne peut se vanter de ne jamais avoir encrassé son organisme par une alimentation trop copieuse. Et si nous voulons bien procéder à la recherche des symptômes précurseurs d'insuffisance organique, nous serons surpris de constater que bien peu d'hommes modernes en sont complètement indemnes. Pour le Dr Frumusan, la recherche de ces petits signes précurseurs d'insuffisances fonctionnelles est capitale ; si elle était faite d'une façon systématique, elle permettrait, par une intervention curative immédiate, de prévenir de graves catastrophes : « Ces petits signes, dit-il, instincts salutaires, cris d'angoisse, appels au secours d'un organisme qui se détraque, devraient être observés avec plus d'attention, ils avertissent le malade, car il s'agit déjà d'un malade ayant l'apparence trompeuse de la santé, qu'il doit se rendre au plus vite chez le médecin : Courons demander conseil au médecin, non pas quand la maladie se déclare, mais quand, par des signes légers, notre organisme nous fait comprendre qu'il n'est plus en équilibre. »
Nous allons résumer les principaux d'entre ces signes avant-coureurs de la maladie :
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« Combien d'entre nous se promènent des années avec la langue
blanche sans s'en préoccuper, continuant à manger comme d'habitude,
oique jeur fajm so;t amortie et leur goût disparu ! Car nous sommes
les seuls êtres de la création qui réussissons à manger sans faim et à
boire sans soif. »
l'affaiblissement de la faculté de l'attention; la mémoire diminue progressivement; le sujet éprouve des phases de surexcitation suivies de périodes dépressives sans causes apparentes ou encore accompagnées d'un sentiment vague d'angoisse.
Tous ces petits malaises ne sont pas graves en eux-mêmes, ils sont suffisants cependant pour assombrir la vie; on a tort de les négliger, car ils nous annoncent que nos forces de résistance ont diminué et que la maladie s'approche à grands pas, nous apportant vieillesse prématurée, sinon mort précoce.
La cure de désintoxication de Guelpa est un moyen radical, infaillible pour lutter contre ces malaises prémoniteurs de maladies, c'est même un traitement préventif qu'il faut toujours appliquer sans tarder. Frumusan a pu se convaincre aussi que seuls les trois premiers jours du jeûne sont difficiles à supporter, le sentiment de bien-être qui succède alors permet de prolonger le traitement de quinze à vingt jours sans inconvénients. Quant à l'adjonction de la purge elle est non seulement utile, mais absolument nécessaire; voici l'opinion du Dr Frumusan à ce sujet : « Depuis l'impression de la première édition de ce livre, notre expérience du jeûne s'est grandement accrue. Nous sommes arrivé à la conviction que les purges fortes sont bien moins nuisibles que les faibles, qu'elles sont bien supportées par les organismes les plus délicats et que le jeûne agit d'autant mieux qu'il est plus long et plus strictement observé. Les personnes les plus faibles le supportent allègrement. »
Cette cure, selon lui, est merveilleuse par ses résultats rapides, elle est des plus simples, tout à fait anodine, et ceux qui veulent bien en faire l'essai seront surpris de la facilité avec laquelle on se passe de nourriture et surtout du sentiment de légèreté et de force nouvelle qui en est la récompense.
« Nous sommes, dit-il, arrivé à la conclusion, paradoxale seulement en apparence, que plus la sensation de fatigue est grande, plus la cure de jeûne s'impose, cette fatigue n'étant que l'expression de V autointoxication. »
Comme facteurs adjuvants de la cure et surtout de l'après-cure, le Dr Frumusan fait appel à tous les agents psycho- et physicothéra-piques capables de tonifier l'organisme. En tout premier lieu il a recours aux bienfaisants effets des mouvements actifs ou passifs lorsque le patient est trop faible pour faire lui-même des exercices; les exercices actifs consistent en promenades et marches à pied, en gymnastique variée et graduée; dans la seconde catégorie rentrent le massage et toutes les pratiques de la mécanothérapie.
Il préconise également les bains d'air et de soleil, les bains de lumière artificielle, utilisant selon les besoins toute la gamme des rayons de l'infra-rouge à l'ultra-violet. Les inhalations d'oxygène et d'ozone, l'hydrothérapie sous toutes ses formes, l'électricité statique, galvanique, faradique, le bain hydroélectrique, les courants à haute fréquence, la diathermie sont autant de moyens curatifs variés qui
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uvent, entre les mains d'un médecin expert, être d'un grand secours ; jjg sont' d'autant plus efficaces qu'ils s'appliquent à un organisme désintoxiqué et rénové par le jeûne. Le Dr Frumusan a recours dans certains cas à l'opothérapie lorsqu'il s'agit de suppléer momentanément
psychothérapie, . , .
avec les soins prodigués au corps. On voit par cet exposé combien sont multiples les moyens offerts par la nature au médecin averti qui veut soulager efficacement son malade. Le Dr Frumusan, avec raison, insiste sur la valeur capitale du traitement mental : « L'imagination, dit-il, est un puissant levier qu'il faut savoir actionner et utiliser dans une thérapeutique bien comprise. » En effet, une longue pratique nous a appris que l'administration de drogues variées n'est pas le meilleur tonique contre la désespérance et la lassitude des déprimés ; des paroles compréhensives, évocatrices des énergies et des espoirs endormis, seront certainement beaucoup plus efficaces.
Nous ne pouvons résister au désir de citer encore une page remarquable de notre auteur :
« La vie spirituelle, négligée pendant des siècles par le médecin, est rentrée triomphalement dans son domaine. Le praticien digne de ce nom examinera le fonctionnement de l'âme au même titre que celui du corps. Le matérialisme grossier des Homais a vécu et l'intégralité de notre vie s'impose à tous les observateurs impartiaux. Celui qui, dans un organisme abîmé et vieilli, ne se penchera que sur les lésions anatomiques et les troubles physiologiques, n'envisagera que la moitié de sa besogne et c'est en vain qu'il déclenchera l'effort réparateur. Ayant négligé les forces puissantes et invisibles qui engendrent les miracles, ignorant le maniement et l'éducation de la volonté, négligeant les explorations psychiques qui lui permettraient de découvrir toutes les possibilités d'une âme et de mettre à jour des forces neuves, capables de redonner à un organisme qui s'abandonne l'amour de la vie, il ne fera qu'une uvre chancelante et inachevée, puisque sans flamme intérieure. »
Frumusan déclare aussi avec raison qu'une fois rétabli, il va sans dire que le sujet ne doit pas retourner immédiatement à ses anciens errements alimentaires et qu'il doit s'astreindre à une vie hygiénique selon les lois naturelles; une sage modération constitue la règle d'or dont il ne devrait jamais se départir. Dans son « Petit catéchisme de la vie saine », qui termine son ouvrage, nous y trouvons entre autres ce conseil judicieux : « Une fois par mois faire reposer l'organisme, par un jeûne de 24 ou 48 heures, précédé d'une purgation. Pendant k jeûne, boire abondamment de l'eau ou des tisanes. »
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Section 4 LE JEÛNE SELON LE D? V. PAUCHET
Le Dr V. Pauchet, d'Amiens, professeur de chirurgie, recommande tout particulièrement de soumettre les malades à la cure déjeune avant et après l'opération; il a remarqué que l'intervention présentait moins de dangers, que le sommeil était plus calme, obtenu plus rapidement avec moins de narcotique, que la cicatrisation des plaies était également plus prompte avec peu ou pas de suppuration, et la convalescence de ce fait très activée. Le jeûne est particulièrement utile et même nécessaire pour tous les opérés dont les échanges nutritifs sont ralentis et déséquilibrés, les gras, les congestionnés, les diabétiques, les albumi-nuriques, les artérioscléreux et les insuffisants de la cellule hépatique. Il préconise aussi le jeûne avec purgation abondante dans les cas de constipation opiniâtre; les résultats sont radicaux si l'on se donne la peine de répéter la cure jusqu'à désintoxication complète et du tube gastro-intestinal et des humeurs de l'organisme viciées par les fermentations et les putréfactions intestinales.
Avec pleine raison, le Dr Pauchet voudrait voir le jeûne appliqué d'une manière préventive pour désintoxiquer l'organisme alors qu'aucune maladie caractérisée n'a encore éclaté; c'est la meilleure façon de se préserver de maux graves, car ainsi le corps purifié est rendu plus résistant aux microbes et aux autres facteurs nocifs qui guettent notre santé.
Il recommande tout particulièrement un jeûne de vingt-quatre heures, avant et après les jours de grandes festivités, où l'on est toujours porté à manger malgré soi beaucoup trop d'aliments hétéroclites et à absorber trop de boissons variées. Au début du printemps, un jeûne de plus longue durée est recommandable pour faciliter l'élimination des toxines et des déchets organiques accumulés pendant la vie recluse de l'hiver où l'on a été privé d'une nourriture saine vu la rareté des légumes et des fruits frais.
Pauchet n'est pas partisan des jeûnes trop prolongés, car après huit jours il aurait remarqué que le pouvoir antitoxique du foie et la résistance de l'organisme diminueraient. Cette opinion est en désaccord total avec les nombreuses observations du Dr Dewey et de ses élèves. Le Dr Pauchet a-t-il procédé à ces longs jeûnes sans préparation préalable du patient comme le veulent les partisans de la cure prolongée lorsqu'il s'agit de traiter un cas grave, ou avait-on affaire à des malades déjà trop affaiblis dont la réserve de forces vitales était insuffisante pour pouvoir provoquer la réaction salutaire ? En tout état de cause nous connaissons de nombreux cas de jeûnes suivis durant plus de huit jours sans aucun dommage pour le malade, bien au contraire.
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primitive par trop radicale et il cite des cas spéciaux où il recourut avec succès à des jeûnes prolongés.
Pour lui les conditions primordiales les plus propres à assurer la santé, donc le succès et le bonheur, se résument en cinq mots : « Buvez, mâchez, respirez, remuez, jeûnez parfois. »
Buvez mieux, c'est-à-dire peu pendant les repas. « Le vin, a-t-il le courage d'affirmer, est inutile, l'alcool toujours nuisible. Il vaut mieux s'abstenir de café, de thé, de chocolat. »
« Jeûnez, dit-il, le jeûne est le meilleur procédé de désintoxication qui existe. »
Le jeûne consiste à se priver d'aliments pendant vingt-quatre, quarante-huit heures et davantage. De cette façon, les toxines sont éliminées; le tube digestif se repose ; le système vasculaire n'est plus fatigué par l'apport d'une nouvelle masse nutritive. Tout individu atteint d'une maladie aiguë doit jeûner. Le traitement de la plupart des maladies chroniques doit être précédé par le jeûne. Chaque fois qu'on éprouve un malaise quelconque il faut se mettre à la diète absolue, de façon à laisser l'organisme au repos. Personnellement, j'ai une grande expérience du jeûne, car je le conseille à tous mes opérés. La plupart jeûnent de deux à huit jours, les obèses vivent exclusivement d'eau ou d'oranges pendant quatre, six, huit semaines avant l'intervention chirurgicale. Pendant le jeûne, il faut boire; absorbez des tisanes chaudes légèrement sucrées; tisanes de pruneaux, thé de pommes, bouillon d'herbes...
» La diète ne doit pas toujours être aussi rigoureuse ; elle peut consister simplement dans la suppression d'un ou de deux repas par vingt-quatre heures. En principe, ne mangez jamais si vous n'avez pas faim. Je dis : si vous n'avez pas faim et non si vous n'avez pas d'appétit; car l'appétit et la faim sont deux besoins totalement différents. L'appétit est le désir de nourriture, désir provoqué simplement par le plaisir de manger. Il ne faut point lui céder. >
Avec raison il met en garde contre le sentiment de fausse faim, le plus souvent provoqué par la routine. Un homme normal doit faire au plus trois repas par jour : « Un repas de fruits juteux le matin, un repas léger sans viande le soir et un repas plus copieux à midi. » L'habitude de goûter à quatre heures et de souper après le spectacle est déplorable et cause de nombreuses maladies par intoxication chronique.
Enfin une dernière citation qui montrera combien le Dr Pauchet estime par-dessus tout cette méthode curative à nulle autre pareille :
« Le jeûne est un des moyens thérapeutiques les plus efficaces qui existent. Le jeûne n'altère pas la santé, il l'entretient et la conserve. Le jeûne fut inventé par toutes les religions dans un but d'hygiène, pour reposer les organes digestifs. Celui qui s'y soustrait commet une faute grave. Les personnes affaiblies qui demandent au prêtre de s'abstenir du jeûne religieux commettent une faute, car si la suralimentation est acceptable chez l'individu bien portant, elle est nuisible
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chez le sujet malade. Les malades doivent jeûner, plus que les sujets bien portants; c'est pour ces derniers que le jeûne a été inventé; tout obèse doit jeûner; tout sujet fatigué, mal à l'aise, doit jeûner. Pendant la période de jeûne, consommez de l'eau additionnée ou non de jus de raisin, du bouillon de légumes, des fruits juteux. Je suis étonné que le jeûne eucharistique ne permette même pas l'usage de l'eau et qu'il oppose ainsi l'hygiène à la routine. Le jeûne peut durer de un jour à un mois, suivant l'embonpoint du sujet. »
Section 5 LE JEÛNE SELON LE If P. CARTON
Tout en manifestant une prédilection marquée pour la pratique de désintoxication cellulaire par les moyens que nous offre la médecine naturiste bien comprise, le Dr Paul Carton reconnaît que le jeûne court et rythmé ainsi que le pratique le Dr Guelpa est une méthode curative très utile et recommandable. Il admet que l'abstinence alimentaire plus ou moins prolongée est un moyen de guérison qui suit de près ceux dont se sert la nature pour débarrasser le corps de ses produits toxiques : « L'anorexie qui se déclare après une période de surcharge alimentaire ou en cours d'une crise morbide de nettoyage impose, en effet, la privation de nourriture et permet ainsi le relèvement des forces et le repos des organes. » Carton déplore également qu'en général cet avertissement de bonne mère Nature ne soit pas écouté :
« Le préjugé de la faiblesse et la croyance insensée que les aliments apportent des forces sans en faire dépenser, font que malades et médecins ont trop souvent recours à l'alimentation forcée dans les états morbides chroniques ou même aigus, et brisent ainsi les réactions protectrices spontanées. »
Par une étude serrée des processus de la digestion et de l'alimentation, le Dr Carton s'est attaché à démontrer que l'aliment, pour être transformé en substance énergétique assimilable, consomme d'abord et libère à son profit une quantité notable de forces puisées dans notre réserve vitale; il en résulte une fatigue sensible de l'organisme qui doit abandonner en premier lieu une partie de ses énergies potentielles avant d'en recevoir de nouvelles de l'apport alimentaire.
Le sage Hippocrate défendait déjà ce point de vue lorsqu'il enseignait que « dans les redoublements morbides, on doit retrancher de la nourriture; ce serait un mal d'en ajouter. Plus vous nourrissez un * corps chargé d'humeurs, plus le mal augmente. »
Pour Carton, le jeûne agit à l'instar d'une crise de nettoyage, c'est-à-dire ainsi qu'une maladie; il faut donc pratiquer cette méthode avec discernement et la doser avec soin selon la résistance de chaque
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oatient; l'action très favorable du jeûne est due en particulier au repos complet des viscères dont le travail d'assimilation est suspendu ; à ce premier avantage s'ajoutent les bienfaits de l'élimination et de la combustion intensive de tous les matériaux usagés et toxiques qui encombrent l'organisme; enfin nous y gagnons l'économie de forces énergétiques qui auraient été gaspillées par les processus digestifs.
D'après lui, l'eau qui naît des désagrégations chimiques en cours de jeûne est en grande partie conservée dans les tissus, dans les muscles notamment, où elle sert à faciliter la dissolution et la dilution des poisons organiques; « il se fait ainsi, dit-il, une sorte de nettoyage aqueux du sang et des viscères, parce que les déchets après dissolution et combustion partielle sont dirigés vers les émonctoires. » II se produit alors la crise urinaire typique de la fin de la cure, telle qu'on la remarque aussi à la terminaison des maladies aiguës.
« Les apports cliniques du jeûne sont remarquables. Il fait décroître la violence des troubles d'intoxication, rend plus libres les fonctions de la respiration et de la circulation. Le malade décongestionné se sent plus léger, respire et marche avec plus de facilité. Les forces, au lieu d'être accaparées par le travail digestif, restent entières pour l'accomplissement des neutralisations toxiques. Le système nerveux étant dégagé et reposé, le sujet moins angoissé, moins dys-pnéique peut jouir de son activité entière. » II termine par cette remarque importante : « Et cette amélioration si sensible sur l'état physique s'étend au caractère, à l'intelligence et au moral de l'individu. » Les poisons internes, endogènes, que charrie le sérum sanguin sont en effet les irritants les plus redoutables de notre système nerveux.
Carton cite comme une bonne preuve de la force de résistance que peut procurer le jeûne, les résultats des expériences des docteurs Roger et Josué qui ont soumis des lapins à une abstinence alimentaire totale de cinq à sept jours, puis en les alimentant normalement de deux à onze jours. Ils constatèrent que les animaux soumis à ce traitement avaient acquis une immunité extraordinaire, pouvant résister victorieusement à des inoculations de colibacilles, capables de faire périr rapidement les animaux témoins à qui on les injectait, cela dans un laps de temps variant de deux à vingt jours.
Le jeûne court et rythmé selon le procédé de Guelpa lui paraît préférable aux longues périodes d'abstinence; la suppression d'un ou même de deux repas par jour peut avoir des résultats les plus heureux ; il se rencontre sur ce terrain avec la cure des deux repas de Dewey. La suppression du petit déjeuner du matin a toutes ses sympathies; « ce jeûne bref, dit-il, procure des regains de vitalité, des réveils extraordinaires de l'appétit et des fonctions digestives, des aiguisements de sensations matérielles et intellectuelles » qui font que ceux qui ont une fois goûté de cette méthode si simple ne peuvent plus l'abandonner.
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Revenant à plusieurs reprises sur les cures de jeûne excessif, il semble même en avoir une peur trop grande, ce qui vient probablement du fait qu'il n'a pas eu l'occasion d'en observer un nombre suffisant pour s'en faire une idée réellement expérimentale comme le Dr Dewey et ses imitateurs. Deux à six jours lui paraissent l'extrême limite d'un jeûne utile; nous avons vu par l'analyse des cas de jeûne prolongés que nous avons déjà étudiés ce qu'il faut penser de ce jugement par trop exclusif. Voici néanmoins ses arguments : « Le jeûne est un moyen héroïque de purification humorale et de spiritualisation. Cet acte d'abstinence matérielle et de renoncement mental améliore à la fois la santé du corps, la vitalité et l'esprit. »... « Mais le jeu commence à devenir épuisant et dangereux, quand le jeûne porte sur des périodes de vingt jours et davantage. Ces longs jeûnes qui prétendent tout rénover, tout rétablir, tout guérir et qui jouissent d'une certaine vogue dans les milieux naturistes allemands et américains sont à déconseiller, autant dire toujours, parce qu'ils agissent avec une brutalité nocive et ne procurent que de fausses guérisons, même quand ils sont suivis d'une pleine amélioration de la santé... Et même dans les cas où le succès semble couronner la cure, le bénéfice disparaît à longue échéance et se solde en définitive par une baisse de la valeur globale de l'individu. » Tous ceux qui ont pratiqué le jeûne prolongé s'inscriront en faux contre ces jugements trop absolus; de nombreux malades ont été suivis de longues années par Dewey et par ses élèves et aucun d'eux ne signale ces désagréments de l'après-cure. Il ne faut pas oublier non plus que la plupart des malades, malgré les conseils de vie simple qui leur sont prescrits comme mode de vie nouvelle, retournent très vite à leurs anciens errements; rien d'extraordinaire alors s'ils retombent et si, pour soulager leur conscience, ils accusent la cure déjeune d'en être la cause éloignée sinon directe; pour notre part, nous avons vu pas mal de ces tristes spécimens d'humanité. A l'appui de son dire, Carton cite justement l'exemple d'une cure mal faite, au rebours du bon sens, chez un sujet ayant exagéré la reprise alimentaire et s'étant surmené aussitôt par des excès de travail. De tels cas ne prouvent rien contre la valeur de la cure faite d'une façon rationnelle. Le Dr Carton n'est pas sans savoir combien il est difficile de réformer définitivement les habitudes de gourmandise et les excès de toute nature auxquels s'adonne l'homme, qui mérite rarement à ce point de vue la qualification d'homo sapiens.
La période qu'il estime la plus favorable pour tenter une cure de jeûne continue est le printemps, durant les semaines qui précèdent Pâques, ainsi que le prescrivaient déjà les religions anciennes.
« Enfin, conclut-il, pour les gens sédentaires, bien nourris, pour les arthritiques si nombreux aujourd'hui, c'est-à-dire pour la grande majorité des individus, le jeûne périodique constitue une garantie certaine de bonne santé physique et de bon équilibre moral ou, en d'autres termes, de longévité et de sagesse. »
Section 6 LE JEÛNE SELON ALBERT L. CAILLET
L'ingénieur Albert Caillet, philosophe averti autant qu'occultiste" éminent, a réuni en un volume remarquable, qui devrait faire partie de la bibliothèque de chaque famille, une série de préceptes excellents pour faciliter la vie et entretenir la santé; le titre de son ouvrage est déjà tout un programme hygiénique, moral et social : Traitement mental et culture spirituelle. La santé et l'harmonie dans la vie humaine.
Pour Caillet naturellement il n'y a pas de santé physique possible sans qu'elle soit accompagnée d'une santé morale correspondante, car nous sommes un avec Dieu ou le Tout; il cite à ce propos l'avis similaire des sages de tous les temps : « Le Tout est mental », ou encore « Tout est Esprit ; l'Esprit est tout », d'après le Kybalion. Son livre débute par le verset 28 du chapitre 17 des Actes des Apôtres :
« Car c'est en Lui (Dieu) que nous vivons, que nous nous mouvons et que nous sommes. »
Aussi tout ce qui peut purifier le corps et le dégager de l'emprise de la matière a pour Caillet une valeur inestimable; c'est l'avantage primordial qu'il attribue tout d'abord à la cure de jeûne.
« Tout le monde, dit-il, connaît ces règles alimentaires vieilles comme le monde :
- Ne jamais manger que lorsqu'on a faim.
- Ne jamais boire que lorsqu'on a soif.
- Rester toujours sur son appétit.
» Mais ce que l'on sait moins, c'est le moyen d'arriver à les mettre en pratique; nombre de personnes n'ont jamais faim. Elles sont tout simplement « en avance » d'un ou de plusieurs repas sur leur faim. »
Le jeûne, d'après lui, est à considérer comme un des premiers moyens de lutte contre les maladies; son efficacité est incontestable; bien plus, c'est une méthode « radicale, héroïque pour soumettre à la culture psychique les tempéraments les plus rebelles à son action. » D'où la grande utilité du jeûne dans les cas de déchaînement de passions grossières ; « il n'y a pas de passion matérielle, nous assure-t-il, qui résiste au jeûne suffisamment prolongé et répété. Les grandes passions sont sûrement et infailliblement apaisées par des séries répétées d'abstinence alimentaire de deux à trois jours. »
Cette constatation nous explique la raison profonde qui a fait inscrire la pratique du jeûne au nombre des prescriptions rituéliques
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de beaucoup de religions; leurs fondateurs, initiés supérieurs, savaient que c'était là le meilleur moyen de préserver leurs adeptes des écarts et des déchéances que les passions charnelles traînent après elles. Le jeûne est ainsi le gardien le plus sûr et le plus fidèle de la santé morale de l'homme.
Section y LE JEÛNE SELON LE L* HANISH
Dans les nombreux et très intéressants ouvrages du Dr Hanish, nous trouvons plusieurs allusions aux bienfaits du jeûne qui est recommandé comme un remarquable agent de purification du corps et comme un des meilleurs moyens de conserver une santé parfaite, permettant un merveilleux développement de l'esprit. L'enseignement Mazdaznan a pour but d'apprendre aux hommes la maîtrise du corps, soit l'art de le maintenir en parfaite santé et la maîtrise de la pensée. « Mazdaznan, nous expliquera l'auteur, est une contraction du mot Mazda-yasnian, signifiant en zend la maîtresse-pensée ou la maîtrise de la pensée. » Or, pour pouvoir arriver à cette maîtrise parfaite, il faut un corps sain et harmonieusement développé, il faut que tous les organes fonctionnent normalement. C'est là la bonne nouvelle que le Dr Hanish veut révéler aux hommes de bonne volonté.
« Quelle folie, dit-il, de vouloir empêcher nos semblables d'acquérir connaissance, compréhension et sagesse! Il nous faut, au contraire, aplanir la voie du Progrès, afin que nous soyons toujours plus nombreux à nous réjouir des trésors inépuisables de la nature. La connaissance de la nature donne le Pouvoir. La connaissance de Dieu donne la Vie,... Dieu a créé l'homme parfait, mais celui-ci s'est fabriqué de nombreux artifices... L'homme tire son savoir d'une source double : inspiration - révélation... Gardons toujours soigneusement l'équilibre entre le physique et le mental. Rappelons-nous que seul celui qui contrôle à la fois son cerveau et ses muscles retire de la vie tous les bienfaits qu'elle lui offre. »
C'est en deux ouvrages, d'importance capitale, du Dr Hanish que nous trouverons exposés les enseignements les plus circonstanciés pour vivre une vie saine et sage : Principes alimentaires et préceptes d'hygiène générale donne des conseils précis sur la question; la lecture de ce livre se recommande à tous ceux qui ont souci de se maintenir en parfait état physiologique; le second ouvrage, non moins important, L'art de la respiration et de la santé, insiste plus spécialement sur la nécessité d'exercices respiratoires corrects et bien appropriés pour entretenir la source de la vie; la septième leçon tout entière est consacrée à exposer l'art de bien vivre et les procédés de purification du corps par le jeûne.
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Dans ces deux ouvrages, le Dr Hanish dénonce énergiquement les méfaits du régime carné, régime antinaturel qui est cause de trop de maladies et de misères sociales. L'homme qui veut vivre selon les lois de l'hygiène naturelle doit absolument s'abstenir de tout aliment carné. Bien avant Waerland, qui prétend avoir insisté le premier sur l'importance des fonctions gastro-intestinales et notamment sur la nécessité d'éviter toute constipation, le Dr Hanish a démontré que la plupart de nos maladies provenaient du fait que nos fonctions gastrointestinales ne se faisaient pas d'une façon normale et cela par suite de notre alimentation irrationnelle et surtout à cause de notre alimentation carnée qui produit des fermentations et des décompositions anormales, génératrices de toxines abondantes.
Le neuvième chapitre de Principes alimentaires et préceptes d'hygiène générale est à lire et à méditer; il est consacré à l'étude de la. fermentation. Il faut faire une distinction radicale entre fermentation normale qui représente les processus digestifs gastro-intestinaux physiologiques et fermentation anormale qui est produite par la putréfaction de certains produits qui se décomposent dans notre corps ; cette décomposition est sans utilité pour la nutrition des organes, au contraire, il en résulte un excédent de poisons toxiques des plus nuisibles, en circulation dans le sang. Or, c'est dans le gros intestin que ces fermentations anormales se produisent; la constipation, résultat de l'alimentation irrationnelle de la plupart des gens, est le facteur qui permet, par la longue stase des matières en putréfaction dans le côlon descendant, l'empoisonnement fatal de l'organisme par les toxines délétères qui se dégagent de ces produits de déchet. « Les toxines virulentes engendrées dans le corps par la fermentation résultant de fautes, abus et incompatibilités alimentaires, sont multiples, et toutes pareillement dangereuses.
» La fermentation stomacale anormale est une des grandes causes d'alcoolisme, et de nombreuses maladies.
» Putréfaction intestinale, constipation sont des entraves insurmontables à l'obtention de l'équilibre organique, et partant, à une activité cérébrale, mentale, normale. »
On ne saurait trop insister sur ces notions primordiales : la cause de la plupart de nos maux aigus ou chroniques est à rechercher dans la constipation, pourvoyeuse des substances toxiques qui empoisonnent à petit feu notre organisme; aussi, c'est avec pleine raison que le Dr Hanish dira :
i « II faut songer à nettoyer cet appareil digestif, dont on a tant besoin, et qu|on surcharge et encrasse si souvent. Les purgatifs non violents : l'huile de ricin, la bourdaine, les lavages intestinaux, sont d'utiles remèdes contre la fermentation, la constipation et l'intoxication, par la purification qu'ils opèrent. » Jeûner de temps à autre, selon son tempérament, passer un repas, en cas de fatigue digestive; éviter les surcharges alimentaires en tout temps; et plus particulièrement encore au repas du soir et à celui du petit déjeuner; observer
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les saisons et faire un temps de repos et de nettoyage au début de chacune des quatre saisons. Ces prescriptions sont anciennes comme le monde, mais sages et indispensables! Ne jamais rien prendre entre les repas. »
On le voit, ces conseils concordent en tout point avec ceux donnés par le Dr Dewey, le grand protagoniste du jeûne. En recommandant la purgation à l'huile de ricin, Hanish se trouve en parfaite concordance avec un fameux guérisseur du commencement du xixe siècle, Louis Riond, plus connu sous le nom de médecin des pauvres au Val d'Illiez; dans son ouvrage, paru au Locle, en 1841, La médecine populaire ou l'art de guérir, indiqué par la nature, l'auteur obtint sa grande renommée de guérisseur en administrant à ses malades de copieuses doses d'huile de ricin, destinées à libérer les intestins de leurs matières en putréfaction. Par cette pratique si simple, Riond put guérir des malades déclarés par la médecine officielle incurables ou perdus. Comme nous le verrons plus tard, nous préférons avoir recours durant nos cures de jeûne, à des purges salines abondantes qui nettoient sans douleur tout le tractus intestinal et qui n'ont pas le désagrément de provoquer, comme c'est parfois le cas pour l'huile de ricin, une constipation assez opiniâtre; toutefois nous avons gardé l'huile de ricin salacétolée pour traiter tous les cas de fièvre infectieuse ou d'entérite aiguë.
C'est dans la septième leçon de L'art de la respiration et de la santé que l'on trouve les détails les plus circonstanciés sur la nécessité d'une saine hygiène alimentaire; nous lisons en effet :
« Vous mangez trop, vous buvez trop, vous portez trop de vêtements, trop de bijoux, plus ou moins faux. Il est tant de petites choses à rectifier, lorsque vous commencez à vous engager sur le chemin de la droiture, tant de détails, mais des détails d'une telle importance, que si vous les négligez, vous risquez de trébucher et de tomber.
«Vous mangez trop de choses et puis... quelles choses mangez-vous! Avez-vous jamais réfléchi à ce que vous mangez, quand la table est servie devant vous ? Si vous avez réfléchi, il est étrange que vous continuiez à faire de votre corps une poubelle à ordures... »
L'auteur s'en prend avec raison au régime carné, si désastreux pour la santé de l'homme dont les organes gastro-intestinaux ne sont pas semblables à ceux des carnivores. Quant à l'objection, si souvent faite par des ignorants, au régime végétarien, parce qu'il élimine la viande si nécessaire comme source de force, Hanish en démontre facilement l'inanité; il fait remarquer que les animaux les plus vigoureux et les plus endurants ne sont pas les carnassiers, mais les herbivores. Voici une partie de son argumentation :
« Cependant, quand il s'agit de l'homme, on nous dit qu'il doit manger de la viande pour acquérir de la force! S'il est possible au cheval, à la vache, à l'éléphant de tirer leurs forces du règne végétal, pourquoi l'homme ne serait-il pas capable d'en faire autant ? »
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Une page plus loin, Hanish a une observation très judicieuse à l'adresse des mangeurs de viande :
« Vous vous étonnez d'être malade et de répandre des odeurs déplaisantes autour de vous ? Etes-vous donc ignorant à ce point des processus naturels d'évolution et d'involution, de fermentation et de désintégration? Ne savez-vous pas, ne pouvez-vous pas comprendre que les énergies et les instincts que renferment les chairs d'un organisme animal, encore présents dans le cadavre en décomposition, doivent nécessairement se réveiller à l'activité en pénétrant dans votre propre organisme ? Ne vous rendez-vous pas compte que cette sorte d'activité est contraire au but pour lequel vous vivez et qu'elle vous mène à votre destruction, directement ou indirectement, de même que vous, vous avez causé la destruction d'un être qui avait eu une autre raison de vivre que d'être englouti pour satisfaire la gloutonnerie d'un appétit déréglé et barbare?...
» Oui, les instincts de ces créatures, mortes de corps, continuent à vivre en vous et vous communiquent les appétits et les passions des êtres qu'ils habitaient auparavant. Ces tendances animales bornées poursuivent leur uvre en vous, ce sont des énergies étrangères à votre corps. Leur emprise séduisante, toujours croissante, et votre attitude toujours plus passive finissent par rendre possible leur intrusion profonde dans votre conscience. Votre intelligence supérieure est désormais dominée par ces instincts, jusqu'au point où, finalement, les instincts déréglés d'une nature bestiale répondent à votre goût et à votre mentalité en désordre... »
C'est là peindre d'une manière saisissante les désordres graves que la nourriture carnée produit non seulement sur les organes de notre corps, mais aussi sur les corps subtils de l'âme et de l'esprit.
Hanish termine son exposé des bases d'un régime sain et naturel, soit d'un régime fruito-végétarien, par ces fortes paroles que l'on pourra difficilement contredire :
« Aussi longtemps qu'il y aura des mangeurs de viande et de charcuterie, aussi longtemps sévira l'alcoolisme et le fléau du tabac. L'usage de la viande entraîne celui des divers excitants complémentaires, tels que spiritueux, et aussi thé et café mal préparés, et autres toxiques...
» Nous en sommes maintenant arrivés à un point où nous désirons savoir comment purifier notre corps, car notre corps a besoin d'être purifié de fond en comble, avant qu'il puisse donner cours à des pensées pures et correctes. Dieu ne vient pas demeurer dans un tabernacle malpropre, ni dans un temple bâti de main d'hommes. Mais il vient vers ce qui est Sien, vers ceux qui sont à Sa ressemblance. Il vient à ceux qui gardent ses commandements, qui observent ses lois. »
Or, nous dira l'auteur, pour devenir pur, il n'y a qu'un moyen, il faut apprendre à jeûner.
Comme on laisse reposer une machine, pour en nettoyer les différentes pièces qui la constituent, de même il est de toute nécessité d'accorder aux organes de notre corps, rouages délicats d'une machine infiniment plus compliquée, des temps de repos réguliers. « // est, dit Hanish, dans la nature des choses que nous donnions à notre corps un jour de repos sur sept et que nous jeûnions de temps en temps pour rétablir des conditions normales. »
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Bien que le Dr Hanish ne semble pas beaucoup priser les longs jeûnes recommandés par certains savants, il est, comme le Dr Guelpa, plutôt partisan de jeûnes courts et rythmés. Voici comment il développe son idée :
« II se trouvera toujours de temps en temps un savant pour découvrir que le jeûne est le remède universel. D'autres font déjà cette découverte à l'heure qu'il est, et c'est depuis des siècles que les anciens l'ont faite. Le jeûne était d'un usage fréquent et hautement reconnu chez les Perses, les Chaldéens, les Hébreux, les Egyptiens, les Grecs, les chrétiens primitifs. »
II y a lieu de se réjouir grandement du fait que quelques savants refont cette constatation, vieille comme le monde, que le jeûne est en effet la meilleure et la plus efficace des médecines pour rétablir la santé.
Le Dr Hanish recommande de jeûner chaque fois que l'on en sent le besoin, c'est-à-dire chaque fois que l'on perçoit des troubles causés par la pléthore alimentaire. Ceux qui auront maîtrisé la science de la respiration pourront jeûner avec plus de facilité, car ils s'épargneront beaucoup de malaises, causés par les crises de nettoyage; une bonne respiration brûlera, par oxygénation, ces substances toxiques et les rendra inoffensives.
« Nous appelons jeûner : s'abstenir de toute nourriture, quelle qu'elle soit pendant trois jours et nuits consécutives, pendant 72 heures. Ne mangez rien, mais respirez beaucoup et avalez votre salive. On pourra prendre de l'eau, mais pas trop, et seulement par réel besoin. Lorsqu'on boira, il faudra la siroter à travers les dents et ensuite la garder quelque temps dans la bouche, en la mêlant à la salive, la mâchant pour ainsi dire, avant de l'avaler. Quelques gorgées seulement à la fois. »
Le jeûne sera facilité si l'on a pris des lavements internes qui sont de toute nécessité et de grande utilité avant et pendant le jeûne; par ce mode de faire, Hanish se rencontre avec les pratiques recommandées par le Dr Dewey. On ne saurait trop approuver notre auteur lorsqu'il conseille aux jeûneurs de ne se faire aucune préoccupation au sujet de leur jeûne, car c'est là une pratique des plus faciles pour celui qui est bien décidé à faire l'effort nécessaire et à supporter les quelques malaises et céphalées, produits par les crises de désintoxication ; il y a lieu même, durant ces quelques jours de jeûne, de « rester activement occupé à un travail utile », preuve que cette cure n'est nullement dangereuse ni affaiblissante. Quant aux sujets faibles et délicats, ils feront bien de jeûner sous la surveillance de personnes compétentes, connaissant le maniement de cette cure si salutaire. Pour se débarrasser des céphalées, que l'on ressent le deuxième jour, il suffira de respirer profondément et rythmiquement et de boire une gorgée d'eau.
« Quatre gorgées d'eau prises « sur le respir » viendront à bout de toutes ces attaques... Toutes les fois que vous sentez le moindre malaise corporel, vous constatez par là que votre corps se remet à réagir contre quelque condition de maladie. Respirez alors comme suit : Après une longue exhalation, arrêtez
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ntj£ment et videz aussitôt o p p ue ouvelle longue exha
^ Pr Faites ceci pendant deux ou trois minutes plusieurs fois par jour. «Pendant que vous jeûnez, et surtout si vous jeûnez longuement, prenez un bain interne le soir avant de vous coucher. »
Ce bain interne ou lavement spécial, pris selon les règles établies par le Dr Hanish, est considéré comme capital et l'auteur y revient à plusieurs reprises ; ceux qui désirent être bien renseignés à ce sujet, liront avec fruit les ouvrages : Renaissance individuelle, traduit par Mme et M. C. Bungé et Régénération, traduit par M. P. Martin. Dans le premier livre on trouvera, à la deuxième leçon, des renseignements circonstanciés sur le lavement interne, sur son tnodus opératoire spécial, avec massage du gros intestin. Ce bain interne pourra être répété jusqu'à trois fois de suite, afin d'éliminer complètement toutes les matières en putréfaction qui empoisonnent l'organisme.
« Ce traitement, affirme le Dr Hanish, doit amener bien-être, soulagement et réconfort : ne pas perdre ceci de vue et agir en conséquence. Les délicats mettront un peu plus longtemps à parvenir au but, mais ils y arriveront sans heurts ni ennuis, s'ils ont opéré avec prudence et doigté. »
Pour le lavement interne, on utilisera de l'eau cuite savonneuse ou additionnée d'essence d'eucalyptus (une à deux gouttes par litre). Le traitement est à effectuer le soir, jamais le matin. L'usage du clystère est encore développé tout au long dans la deuxième leçon de Régénération; il y est spécifié que ce traitement a pour but non de traiter la constipation uniquement, mais de purifier radicalement le corps. Au lieu de ces bains internes, on peut, avec raison, avoir recours à des périodes de jeûne d'un jour. Ce ne doit pas nécessairement être le vendredi, mais un jour à la convenance du sujet, le jour importe peu, c'est l'esprit que l'on apporte au jeûne qui a de la valeur. Dans Renaissance individuelle, nous lisons :
« Garder une activité normale et orienter sa pensée vers le meilleur côté de toutes choses, est un adjuvant de qualité pour aider à la remise en équilibre du corps et du cerveau les jours de jeûne, et naturellement, aussi les autres! »
Le quatrième jour, on rompt le jeûne avec du jus de fruits, puis jusqu'au septième jour on suit un régime très léger avec bouillie de blé complet ou maïs sauté.
Après ces périodes de jeûnes, l'appétit devient normal, le goût plus subtil, et tout naturellement on évite l'alcool et les viandes dont la saveur paraît répugnante.
« Le jeûne est un sujet très important, digne de toute l'attention de ceux qui désirent apprendre comment il faut vivre.
» Le jeûne, les lavages intestinaux, la sobriété, la nourriture pure, par conséquent non carnée, assurent santé, longévité, bien-être, possibilité de travail productif et de développement. »
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Nous avons dit que, dans les pays de langue allemande, la méthode du jeûne s'était rapidement développée; de nombreux médecins naturistes en ont bientôt reconnu la haute portée thérapeutique et nous allons consacrer quelques instants à l'étude de leurs observations importantes; pour ne pas trop allonger, nous laisserons de côté les publications de nombreux empiristes, naturistes convaincus qui ont également appliqué cette cure plus ou moins modifiée.
Section 8 LE JEÛNE SELON LE Dr SIEGFRIED MOLLER
Dans son sanatorium de Dresden-Loschwitz, le Dr S. Môller fut un des premiers en Allemagne, à appliquer la cure de jeûne complet d'après la méthode du Dr Dewey; il en obtint des résultats si réjouissants qu'il se déclara ouvertement un fervent adepte de cette nouvelle thérapeutique et qu'il contribua à la faire connaître par de nombreuses et très intéressantes publications, notamment : Le jeûne comme méthode thérapeutique et comme moyen de rajeunissement. Cependant une condition essentielle qu'il met à la pratique de cette cure, c'est qu'elle soit dirigée par un médecin compétent et non par un empirique.
« Celui qui observe la nature un peu attentivement, dit-il, découvrira bientôt que la faim et le jeûne même y sont fréquents et qu'ils n'agissent pas seulement comme processus d'arrêt, d'inhibition, mais aussi comme moyen d'activer les échanges vitaux. »
Sa foi dans la grande valeur curative du jeûne fut fortifiée par l'observation qu'il eut l'occasion de faire sur la personne de la veuve du Dr Dewey, qui se soumit dans son sanatorium à un jeûne de 40 jours; il put ainsi constater que cette femme, de nature délicate et débile, affaiblie par la maladie, ayant déjà perdu 10 livres avant de commencer sa cure, pesant 45,5 kilogrammes, non seulement supporta très bien son jeûne, mais encore en retira un réel bénéfice; après avoir diminué de 15 livres durant la cure, elle reprit rapidement du poids et trois mois après elle pesait 50 kilogrammes.
Môller a reconnu que le jeûne bien conduit augmente les forces de résistance de l'organisme, qu'il active notablement les échanges vitaux ainsi que la combustion des déchets toxiques accumulés dans nos tissus ; c'est donc un excellent moyen de désintoxication générale, qui agit favorablement sur le cur en premier lieu ; les dèmes disparaissent rapidement, la circulation redevient meilleure; l'asthme est amélioré sinon guéri ; le cerveau, désintoxiqué de ses poisons endogènes et irrigué par un sang plus pur, fonctionne plus activement, le sommeil devient particulièrement calme et reposant, « comme, dit-il, si l'on avait pris un remède magique » (Zaubermittel).
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Dans son ouvrage précité, le Dr Môller déplore les préjugés A s qui éloignent les gens de cette merveilleuse méthode curative, stuP IJnt ^ ur je ja fait>iesse qUi doit, à leur idée, être nécessaire-notam ^^ ^ l'abstinence alimentaire prolongée; cette peur n'est meîî ureusement pas moins enracinée chez les profanes que dans le m médical lui-même; et pourtant la nature, en donnant le dégoût C?T\oute nourriture, n'indique-t-elle pas déjà nettement au malade 'il faut arrêter de manger; au lieu de se conformer à cet instinct ^u ej et de respecter cette anorexie, on s'ingénie à alimenter le malade par tous les moyens possibles et cela pour son plus grand dommage; les animaux, en l'occurrence, beaucoup plus sages que l'homme, refusent énergiquement tout aliment dès qu'ils sont malades et pratiquent instinctivement le jeûne. « C'est peut-être aussi, dit-il, la simplicité de cette méthode curative qui a éloigné les médecins de sa pratique et qui les a empêchés de faire plus ample connaissance avec les succès thérapeutiques du jeûne. » Avec entière raison, Môller insiste sur le fait que : « naturellement cette cure n'est pas une panacée, toutes les maladies ne sont pas guéries par le jeûne, mais ce qui est certain, c'est que la méthode du Dr Dewey active la défervescence des maladies aiguës et que, dans les états chroniques, cette même méthode produit souvent des résultats curatifs inespérés. » En 1906 déjà, il fit connaître au public allemand l'uvre capitale du Dr Dewey sur le jeûne, traduite par sa veuve ; dans la préface qui présente cet ouvrage, le Dr Môller nous apprend que du moment où il a eu connaissance de cette méthode, il s'est soumis lui-même au régime des deux repas par jour et il n'a eu qu'à se louer de cette décision, ainsi que des jeûnes faits par la suite pour son propre compte; sa force de travail et sa santé en ont grandement été améliorées. Le Dr Môller rend aussi un juste hommage au Dr Tanner, dont nous avons déjà parlé, et il le qualifie de précurseur méritoire de cette cure. En 1880, le Dr Tanner fit un jeûne de 40 jours sous la surveillance stricte de plusieurs médecins; il souffrait, avant sa cure, de graves désordres gastro-intestinaux qui disparurent totalement à la fin de l'expérience. « Le Dr Tanner, dit-il, estimait que le jeûne était un remède universel contre toutes les maladies, rajeunissant non seulement les forces corporelles, mais aussi les forces spirituelles. » Tanner avait trouvé que le jeûne est excellent pour nettoyer le corps de ses déchets toxiques, mais il l'appliquait encore comme moyen préventif, persuadé que de cette façon on arrivait à modifier, purifier et fortifier l'organisme ; le terrain étant plus résistant, dès le début, la maladie était étouffée en son germe.
Un autre précurseur de cette excellente méthode, cité par le Dr Môller, est le Dr von Seeland, conseiller d'Etat russe, qui publia durant les années 1887-88, dans une revue scientifique (Biologische Zentralblatt) les résultats de ses expériences de laboratoire et de ses observations cliniques sur les bienfaits du jeûne. Nous avons déjà
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dit comment, après avoir soumis des pc>ule§ à des jeûnes périodiques, il constata que les volatiles ainsi traités « devenaient plus gras et plus résistants que les sujets témoins, toutes autres conditions de vie étant rigoureusement identiques pouf les deux groupes ».
Quant au Dr von Seeland, durant une demi-année, il s'adonna chaque semaine et à jour fixe à la pratique d'un jeûne de 36 heures ; cette expérience lui valut la guérison fadicale de terribles céphalées dont il souffrait depuis son enfance et qtfi n'avaient été qu'en augmentant de violence et de durée avec l'âge. Relatant cette expérience personnelle, le Dr von Seeland nous déclare : « Ce qui me fit un plaisir tout particulier et me confirma dans mon dessein de continuer mes jeûnes, ce fut une sensation merveilleuse de bien-être et de bonne humeur; après chaque période de cure je me sentais aussi vif et aussi optimiste qu'un enfant de quinze ans. » Le Dr von Seeland est tellement persuadé de la valeur de cette méthode curative qu'il revient à plusieurs reprises sur la même idée : « Je suis bien convaincu qu'aucun procédé curatif employé par la médecine officielle n'est capable d'avoir une action de moitié aussi favorable sur le système nerveux. » Sa conclusion est à méditer, car elle résout des problèmes qui sont toujours d'actualité : « Comme résultat soit de mes observations personnelles soit de mes études expérimentales, j'ai acquis peu à peu la ferme conviction que le jeûne ne mérite pas seulement une attention spéciale de la part de la médecine, mais sûrement encore une plus grande de la part des hygiénistes et des pédagogues. Notre société asservie au joug du tabac et de l'alcool commence aussi à s'adonner à l'opium, elle devient de plus en plus la proie de la mélancolie, elle est prise du dégoût de la vie et les suicides se multiplient; de son sein surgissent des philosophes au sombre pessimisme (état d'esprit indiquant une vraie maladie ou déficience nerveuse) ; aussi une telle société a-t-elle besoin, pour se réveiller, d'une réaction énergique en pratiquant l'abstinence et le jeûne. »
Tous les spiritualistes et tous ceux que préoccupe le sort moral et physique de l'humanité ne pourront qu'approuver ces sages paroles qui n'ont aucunement perdu de leur actualité, car nous voyons la société moderne sombrer de plus en plus dans le matérialisme jouisseur et devenir la proie de la neurasthénie ou de la folie. Le jeûne est le moyen le plus énergique et le plus efficace capable de désintoxiquer rapidement nos organismes empoisonnés par une vie anormale; c'est lui qui nous permettra de nous ressaisir et de faire front au marasme et aux dégénérescences qui nous guettent.
Seul le jeûne bien compris et pratiqué avec discernement nous apportera en fin de compte des joies pui-es et élevées, car c'est par ce moyen si simple qu'il est loisible de dégager l'esprit de la matière pour lui permettre de prendre son essor vers les régions de l'idéal.
Au cours de sa longue pratique, le I)r ]yfôller a pu faire de nombreuses constatations sur les différentes I)has£s et sur les changements
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tout à fait désintoxiqué et il met en garde contre des traitements trop rapides qui ne peuvent apporter qu'une amélioration temporaire et de durée souvent très limitée, car le corps se réencrasse vite surtout si l'on continue les mêmes errements alimentaires et hygiéniques nu'auparavant. Môller fait une excellente description des symptômes que l'on constate durant le jeûne ; un des signes les plus frappants est la langue, qui se couvre rapidement d'un enduit épais blanc jaunâtre, enduit d'autant plus abondant que le malade est plus intoxiqué; la langue ainsi que toutes les muqueuses du tractus gastro-intestinal fonctionnent durant le jeûne comme organes excréteurs très actifs; le magma qui les recouvre, examiné au microscope, se compose de cellules épithéliales, dont la desquamation a été accélérée; il s'y ajoute de nombreux leucocytes, des lymphocytes hors d'usage et des bactéries, le plus souvent pathogènes.
Au début de la cure, la sécrétion de toutes les glandes est augmentée, car elles servent d'émonctoires adjuvants et se débarrassent de toutes leurs toxines endogènes ainsi que des poisons que le sang charrie en abondance durant les premiers jours; aussi le goût est-il souvent affecté par ces excrétions toxiques produisant une soif ardente. Les poumons fonctionnent également comme organes excréteurs des poisons volatils; l'haleine est d'autant plus fétide que le jeûneur est plus malade, puis elle redevient inodore à l'approche de la guérison.
Les glandes salivaires, avec toutes les glandes de la muqueuse gastro-intestinale, le foie et le pancréas y compris, excrètent abondamment des produits de déchet; il faut en débarrasser l'intestin au plus vite par des purges et des lavements répétés au cours du jeûne; quant à l'expulsion rapide au début du traitement des matières fécales en putréfaction, c'est là une nécessité qui s'impose avant toute autre intervention.
A mesure que le décrassage de l'organisme se produit, Môller a observé que le taux de l'acide urique dans l'urine augmentait parfois dans des proportions très grandes, ainsi dans un cas il passa de 0,5 grammes pour mille à 2,5 grammes; puis lorsque le jeûne a suffisamment nettoyé l'organisme et que les cellules se sont débarrassées de leurs produits toxiques, le taux de l'acide urique baisse pour Arriver même au-dessous de la normale. Au début la réaction de l'urine est naturellement très acide, même chez les végétariens, car tout jeûneur devient un Carnivore du fait qu'il consomme ses propres réserves; à ce propos nous pouvons rappeler que Claude Bernard fit autrefois la même constatation sur des lapins soumis à une abstinence aJimen_ taire, l'urine très alcaline à l'état normal était devenue acide pa^ suite de ce traitement.
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Il n'y a pas lieu de s'émouvoir si au cours de la cure on observe parfois des vomissements de bile, celle-ci étant sécrétée en si grande quantité qu'elle reflue dans l'estomac et qu'elle provoque alors de salutaires efforts d'expulsion.
A l'exception des autres cellules glandulaires, les glandes sexuelles suspendent leur fonction durant le jeûne et c'est ce qui explique l'effet calmant et bienfaisant de cette pratique chez les hyperexcités et chez les détraqués sexuels; c'est aussi une des raisons pour lesquelles le jeûne est une règle imposée à tous les religieux afin de les préserver de l'emprise d