L’année dernière, les accompagnateurs de jeûne de la FFJR se sont retrouvés pour une aventure un peu particulière : parcourir 100 kilomètres ensemble, tout en jeûnant.
Au-delà du défi physique, ces « 100 km » sont avant tout un temps de rencontre et de partage entre professionnels de l’accompagnement au jeûne. Pendant une semaine, les participants marchent, jeûnent et vivent ensemble, partageant leurs expériences et leurs pratiques, mais aussi tout ce que cette aventure fait émerger sur un plan plus personnel.
Rhéa, accompagnatrice de jeûne et participante à cette édition, a souhaité mettre des mots sur cette semaine : les kilomètres parcourus, les paysages, les rencontres, les sensations du jeûne et cette expérience singulière du chemin vécu en groupe. Elle nous livre ici son témoignage.
Et l’aventure ne s’arrête pas là : les 100 km reviendront l’année prochaine, cette fois en Méditerranée, pour une nouvelle semaine de marche, de jeûne et de rencontres.
Je me prépare à jeûner la semaine prochaine. Je vais jeûner avec 100 organisateurs de la FFJR en marchant 100 km dans le Lot. Nous faisons les 100 km du Quercy. C’est la deuxième fois que je vais jeûner dans ces conditions. C’est une rencontre entre professionnels et une expérience personnelle en même temps. La dernière fois, c’était il y a deux ans, sur le chemin côtier en Bretagne.
Alors que la date approche, je me sens un peu stressée par l’engagement. Je me sens contrainte par le calendrier, je ne sais pas si je vais trouver cette disponibilité, ce calme tranquille que j’aime tant en jeûne.
Je me suis inscrite avec Christopher il y a déjà quelques mois, mais à mesure que la date approche, je me sens pressée par le temps et par mon envie de faire aboutir mes projets.
Je me prépare quelques jours avant en augmentant la part de légumes dans mon assiette et en prenant quotidiennement du psyllium. Je me prépare aussi en observant mes réticences. Je ne me sens pas très disponible, j’ai mille choses que je souhaite faire sur cette période où la météo est encore clémente. Je souhaite préparer l’hiver en faisant tout un tas de choses autour de chez moi.
Cette descente alimentaire est chahutée, car je refuse le ralentissement. J’ai besoin de force et de puissance pour finir un chantier et la météo me fait des farces.
En même temps, je sais combien le jeûne me fait du bien et je suis enthousiaste à l’idée de revoir certaines personnes et d’en rencontrer d’autres. Ce rassemblement est une occasion unique de nous retrouver et de partager une vraie expérience.
Vendredi, nous prenons une grande décision : celle de décaler notre départ de 24 heures, de façon à terminer ce chantier qui prend toute la place dans ma tête.
Le samedi, nous travaillons dur et arrivons au bout malgré une pluie qui vient interrompre notre journée.
Le dimanche, nous roulons, contents de nous, car nous sommes arrivés à une étape importante. Nous sommes fiers du travail accompli, nous nous sentons prêts pour l’hiver et prêts pour ce jeûne. Je suis contente d’avoir écouté mes priorités du moment, car maintenant je me sens disponible et ouverte à la rencontre.
La route est longue et très belle. Nous passons par le pont de Millau et nous discutons. J’aime conduire et je trouve que la route se prête aux confidences et à l’exploration de la pensée. Je passe une belle journée de transition entre chez moi et le Lot.
Nous arrivons pour le bouillon. La salle est pleine.
Je suis impressionnée, en entrant dans cette salle, par la bonne ambiance, les visages qui traduisent de l’enthousiasme et les conversations animées. Je me sens attirée par le bouillon aux parfums de légumes rissolés. Les gens ont l’air heureux. Nous parlons de l’organisation du lendemain : randonnée, dénivelé, organisation des navettes, chauffeurs… Ça y est, l’aventure commence !

J’ai bien dormi dans notre petit chalet. Je me lève tôt, car je sais que, le matin, j’ai besoin de temps. Je sors sur la terrasse couverte pour voir le jour se lever. Le froid me fait du bien, la vue est incroyable. Nous sommes en hauteur et, de ce fait, au-dessus d’une mer de nuages.
J’ai vraiment besoin de tout ce temps. J’ai le projet d’écrire un peu, mais au final, je reste là à profiter de l’air frais qui pénètre mes poumons. Au fur et à mesure que le soleil illumine le ciel et décline ses couleurs en dégradés orangés, je me réveille et me sens de plus en plus à même de préparer mon sac pour la journée.
Je m’habille pour la rando avec de quoi m’adapter aux changements de température de la journée. J’adore la simplicité d’intendance : j’ai de quoi boire et de quoi être bien habillée. Quelle liberté de pouvoir partir le nez devant. Je suis prête !
Pour rejoindre notre point de départ, nous remplissons des navettes. Le hasard des rencontres donne lieu à des échanges simples et divers. Ce premier matin, je plonge directement dans des conversations sur des sujets très spécifiques concernant la conduite du jeûne.
Ce premier jour de marche est grandiose. Le paysage est magnifique, nous marchons beaucoup (19 km), je suis très loquace. Je parle et écoute toute la journée. Je me sens joyeuse et très à l’extérieur de moi.L’arrivée se fait au bord d’une rivière bien large. Il fait plutôt froid, le soleil est voilé. Je rejoins dans l’eau trois baigneurs. L’eau est froide, elle me coupe un peu le souffle et picote sur ma peau. Ce bain me fait du bien et soulage la rigidité dans mes hanches.
En rentrant, je me couche directement avec une bouillotte et fais une superbe sieste ! Après le bouillon et l’échange du soir, je retrouve mon lit avec bonheur, avec aussi la sensation d’avoir tout donné et mérité cette longue nuit de repos. J’ai la chance d’être une grande dormeuse, même en jeûne !

Jour 3 de jeûne pour moi. Je constate une énergie plus basse au réveil. J’ai besoin de temps pour trouver des forces et de l’élan.
Je bois avec grand plaisir un jus de légumes et une boisson chaude curcuma-gingembre.
J’ai peu de courage. Heureusement que tout est bien organisé et que je n’ai qu’à suivre le mouvement.
Je me laisse porter par l’élan du groupe et me laisse guider sur les chemins et sentiers toute la journée. Je suis heureuse d’être là, j’ai peu envie de parler. Je fais l’ensemble de la randonnée sans me poser de questions.
Mon corps est sympa, il marche sans rechigner. Je sais caler mon rythme, qui change à mesure que la journée passe. Parfois, je marche tout devant, puis je sais ralentir quand j’en ai besoin. Le paysage me plaît : des chênes dont les troncs sont recouverts de mousse et de lichens, une vue qui porte loin, car nous sommes souvent sur les hauteurs.
Je commence des discussions et les laisse suspendues parce qu’il y a une bifurcation où l’un de nous doit attendre, ou à cause d’un sentier trop étroit. Je suis un peu floue, pas très focus ni linéaire dans ma pensée.
Je garde la sensation d’inachevé et décide de remettre à plus tard la fin de ces conversations.
En rentrant, je suis tellement bien dans mon lit que je renonce aux ateliers proposés.

J’ai bien dormi, me souviens de mes rêves et me réveille avec l’impression d’avoir passé une bonne et longue nuit.
Je me lève tôt. La position verticale me donne chaud, je transpire un peu. Je mobilise mon corps en marchant un peu dehors pour activer ma respiration et ramener un peu d’énergie. Une douche fraîche me réveille complètement.
Je fais un lavement dans un espace exigu entre les toilettes et la salle de bain.
La journée est froide. J’ai des gants, un bonnet et une doudoune sous ma veste. Je suis bien équipée et passe une belle journée, avec une énergie stable et une certaine disponibilité pour mon environnement et mes collègues d’aventure.
La journée est belle et très riche en échanges et en perceptions. Je suis impressionnée par le travail de la pierre dans la région : murets, maisons en pierre, génoises, maisons bâties contre la roche, parfois surplombante, leur donnant ainsi un style de maison troglodyte.
Au retour, après une petite sieste, je me sens disponible et enthousiaste pour prendre un bain. C’est une immersion en eau froide. Nous faisons des exercices avant et après. Le conseil est d’entrer dans l’eau en allongeant l’expiration, de souffler longtemps par la bouche comme pour éteindre une bougie.

Je me lève tôt et en pleine forme. Je n’ai pas besoin de jus, mon énergie est stable et tranquille.
J’aide en cuisine avec les préparatifs de la reprise alimentaire. C’est très agréable de manier des légumes sans les goûter. Nos mains s’activent et nous parlons de tout et de rien. Je me sens joyeuse et futile.
Avant la randonnée, nous sommes plusieurs à nous baigner dans la piscine extérieure, entre lever de soleil et givre. Cette rencontre avec le froid me connecte à mon corps, à mes sensations physiques. Je sens sur l’ensemble de mon enveloppe un léger picotement. Je me sens bien, légère et prête pour la randonnée.
Montées, descentes, arbres, pierres, sentiers et chemins.
Bribes de conversations, partages plus profonds, rencontres pleines de promesses.
Cette journée est riche et bien remplie, car le soir, après le bouillon, nous allons à Cahors voir le nouveau documentaire de Thierry de Lestrade et Sylvie Gilman. J’avais déjà vu le film, mais sans vraiment prendre le temps et sur un tout petit écran.
Le voir en salle, avec un temps de questions-réponses ainsi que la présence de Sylvie Gilman, me rend évidente l’importance de ce travail. Les méfiances et les peurs concernant le jeûne restent nombreuses et ce genre de rencontre permet d’expliquer le processus du jeûne, de répondre aux interrogations du public et de donner une place aux témoignages personnels.
Il reste du chemin à faire, mais je mesure aussi le chemin parcouru dans la reconnaissance du jeûne.

Énergie de jeûne fluide et stable. Je sens mon corps léger, sans contraintes. Mon esprit est clair et tranquille, il ne cherche pas à anticiper, à prévoir… Il est juste là, tranquille.
Je me propose comme chauffeur pour la première étape. Nous sommes plusieurs à rejoindre le groupe en marchant à sa rencontre. Nous passons devant un grand gouffre qui serait une grotte effondrée. Le sol du Lot semble particulièrement riche en grottes, certaines seraient explorables en plongée.
Marcher à huit est très sympa et change de la marche en grand groupe. Nous retrouvons les autres et poursuivons notre exploration pour rejoindre Saint-Cirq-Lapopie, un très beau village que nous avons la chance de ne partager qu’avec quelques chats en ce jour automnal.
Nous sommes une poignée à faire chanter l’église par nos sons libres, émis épaule contre épaule. J’ai aimé ce partage simple où le son tourne et trouve sa route vers les hauteurs.
Christopher et moi allumons une bougie pour le maintenant, l’ici et le plus lointain, le visible et les absents.
Cette dernière marche de notre périple est très belle. Nous empruntons un sentier dans les chênes bordé de murs en pierre, puis un chemin de halage taillé dans la roche le long de la rivière. Nous terminons sous une petite pluie froide qui se transforme en giboulées pour nous rappeler que l’hiver arrive.
Dans l’après-midi, je participe à un atelier de travail corporel, moment de partage généreux et simple où l’une des accompagnatrices a à cœur de transmettre sa pratique.

La reprise se prépare, c’est une fête ! Les tablées sont belles, les mets délicieux et pourtant, je pourrais tranquillement poursuivre mon jeûne.
Je me réjouis, car c’est tellement sympa de manger ensemble, de réexplorer les goûts, de marquer par un repas si généreux cette sortie de jeûne.
Mes papilles redécouvrent le goût, ma bouche se régale des textures. Comment faire pour rester mesurés ?
Je suis moins disponible que je ne le souhaiterais, car le téléphone me renvoie à un problème d’organisation familiale loin d’ici. En jeûne, je suis connectée à l’ici, je vis l’instant avec intensité. J’ai du mal à être dans l’anticipation et l’intendance.
Le fait d’être tiraillée par une inquiétude me confronte. Je ne suis plus très disponible pour les échanges autour de la table. Je suis inquiète et je voudrais pouvoir aider à distance.
Ce petit événement me fait mesurer ce que j’aime vivre en jeûne et ce que je trouve précieux : poser mon attention sur ce qui se passe dans l’instant et à l’endroit où je me trouve.

Le lendemain, c’est le jour du départ. Nous roulons une heure pour rejoindre Rodez, où nous faisons étape.
Je me sens comme poreuse, plus sensible, à la surface de moi-même. J’ai des larmes sans en connaître l’origine. Je me sens heureuse et fragile à la fois. J’ai envie d’être en lien avec moi-même.
Nous buvons un thé avant d’aller au musée Soulages. Musée grandiose, j’ai tout aimé : les escaliers, les murs en métal, les œuvres en dialogue avec le bâtiment conçu pour honorer l’œuvre de Soulages.
Dans ces immenses espaces aux plafonds hauts que nous arpentons, je retrouve le contact avec moi-même, avec la rêverie, le calme et la solitude pleine.
Ce jeûne a été une traversée pleine de rencontres, de paysages, de conversations. J’ai besoin maintenant de laisser décanter, de laisser se poser en moi toutes ces expériences nouvelles pour pouvoir voir ce qu’elles me font vivre.
Ce jeûne me permet de ralentir, d’être plus présente à moi, de regarder vers l’intérieur et de voir ce qui se passe dans les profondeurs de mes plis et replis. Je pose l’intention de me laisser du temps pour l’écoute, de me permettre de rencontrer mes vulnérabilités.
À la sortie du musée, nous rencontrons deux organisatrices ayant participé à l’aventure des 100 km. Nous le vivons comme un palier agréable qui nous fait sortir progressivement de cette belle ambiance qui nous a portés pendant toute cette semaine.
J’aime la sobriété et la simplicité de la démarche, une manière de renouer avec le savoir instinctif de notre corps. C’est une façon de lâcher prise pour se rapprocher du mode de vie de nos lointains ancêtres. Ces derniers migraient au gré de la cueillette et de la chasse, Je conçois que renouer à cette manière de vivre, avec des apports irréguliers de nourriture; nous relie en bien des points avec la vie des millénaires passés. C’est dans ce contexte de fluctuation alimentaire et de migrations que notre métabolisme à évolué et s’est optimisé. Nos mémoires ancestrales s’en souviennent encore et en jeûnant, la joie d’y renouer revient…
En savoir plusLa FFJR a rassemblé un corpus de livres, publications, sites internet et autres ressources pour aller plus loin dans votre connaissance du jeûne.
Les accompagnateurs diplômés FFJR ont suivi une formation théorique et pratique et bénéficient de formation continue chaque année.
Pendant votre séjour, l'accompagnateur FFJR est présent à vos côtés à tout moment, pendant les randonnées et les autres temps.
La FFJR a mis en place une charte stricte et un contrôle qualité afin d'assurer que chaque séjour respecte notre cadre éthique.