L’inflammation est une réaction naturelle de défense du système immunitaire. Elle permet d’éliminer les agents pathogènes ou de réparer des tissus lésés. En ce sens, elle est indispensable à notre survie. Alors pourquoi l’inflammation est-elle devenue la bête noire à combattre ? Et quel est le rôle du jeûne dans cette histoire ?
Lorsqu’elle est aiguë – c’est-à-dire brève et proportionnée à l’agression – l’inflammation joue généralement un rôle réparateur crucial. Face à une agression (blessure, infection, corps étranger), l’organisme déclenche une cascade de réactions visant à éliminer la menace puis à réparer les tissus endommagés. Cette réponse inflammatoire se manifeste classiquement par quatre signes locaux : la douleur, la rougeur, la chaleur et le gonflement (œdème). Certes, tout cela est inconfortable, mais c’est un mal pour un bien. L’afflux de sang dans la zone lésée apporte ce qu’il faut pour éliminer l’agent nuisible et amorcer la guérison. L’inflammation fait partie de notre immunité innée : elle est rapide, mais non spécifique (il existe aussi une immunité acquise, plus ciblée, mais c’est un autre sujet). Non spécifique signifie que la réaction inflammatoire s’attaque à une zone entière, pas seulement à l’agresseur. C’est donc une réponse extrêmement rapide, mais un peu brut de décoffrage, qui peut causer des dégâts collatéraux en endommageant des cellules saines au passage. Heureusement, sur une courte durée, ce n’est généralement pas un problème : le corps sait faire face à ce nettoyage musclé.

La situation se gâte lorsque l’inflammation s’éternise parce que l’agression persiste. C’est ce qu’on appelle l’inflammation chronique. Comme le « problème » ne disparaît jamais ou est continuellement entretenu (par exemple par une alimentation inadéquate ou par une infection latente dite “froide”), la réaction inflammatoire tourne en boucle. Elle détruit des tissus pour tenter de les réparer, mais comme l’agresseur est toujours présent, elle recommence à détruire alors que tout n’est pas encore réparé… Bref, la machine s’emballe et finit par dysfonctionner.
Ce dérèglement est souvent discret au début et est souvent causé par une agression lente, diffuse, constante ou mal perçue par le système immunitaire. On peut ne pas s’en apercevoir tout de suite : pas de douleur, pas de rougeur, pas de chaleur, pas de gonflement… bref, rien d’alarmant en apparence. On parle alors d’inflammation de bas grade, car l’intensité de l’inflammation est faible mais constante. D’ailleurs, un bilan sanguin classique ne révélera souvent rien de particulier à ce stade.
Contrairement à l’inflammation aiguë qui est salvatrice, l’inflammation chronique qui agit silencieusement, peut devenir comme un lent poison. Ce feu interne permanent exerce une pression continue sur nos organes et nos tissus. Sur le long terme, il provoque un vieillissement prématuré de l’organisme – un phénomène parfois nommé inflammaging (mot-valise formé à partir de
inflammation et aging). La présence continue de molécules pro-inflammatoires (les fameuses cytokines) finit par abîmer les cellules. Les tissus sains, qui subissent aussi l’attaque (puisque l’inflammation n’est pas spécifique, rappelons-le), sont abîmés à leur tour. À la place du tissu fonctionnel initial, l’organisme finit par déposer du tissu cicatriciel rigide et non fonctionnel.
L’inflammation chronique favorise ainsi la fibrose – c’est-à-dire le remplacement du tissu normal par un tissu cicatriciel rigide. On observe ce processus par exemple dans le foie (une stéatose hépatique non alcoolique peut évoluer vers une fibrose, puis vers une cirrhose) ou dans les poumons après des agressions répétées.
Un système immunitaire déréglé, qui s’acharne en continu et détruit des cellules saines, peut aussi déclencher des maladies auto-immunes (le système immunitaire attaque alors par erreur les propres constituants du corps).
Par ailleurs, de nombreuses maladies dites « de civilisation » (diabète de type 2, obésité, maladies cardiovasculaires, cancers, maladies neurodégénératives comme Alzheimer, etc.) sont aujourd’hui associées à un état d’inflammation chronique de faible intensité. Les chercheurs considèrent que cette inflammation systémique de bas grade contribue au développement ou à l’aggravation de ces pathologies sur le long terme. Par exemple, en cas d’obésité, le tissu adipeux en surcharge libère en continu des molécules pro-inflammatoires. De même, dans la maladie d’Alzheimer, on observe dans le cerveau un foyer inflammatoire persistant. À l’échelle mondiale, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) estime d’ailleurs que les maladies liées à une inflammation chronique figurent parmi les principales causes de mortalité.
En outre, l’inflammation chronique peut se généraliser à tout l’organisme. Les médiateurs inflammatoires en excès circulent dans le sang et déclenchent des réactions inutiles dans des zones jusque-là tranquilles, où il n’y avait aucun problème à l’origine. Ainsi, des tissus initialement sains se mettent eux aussi à se détériorer à distance du site d’agression de départ. Par exemple, on peut voir apparaître de l’arthrose de manière diffuse, touchant progressivement plusieurs articulations alors même qu’aucune blessure n’avait affecté ces zones au départ.
En somme, un état inflammatoire chronique crée un terrain propice à de nombreuses maladies et entretient un cercle vicieux : plus l’inflammation persiste, plus les dégâts tissulaires s’accumulent… ce qui génère à son tour encore plus d’inflammation !
D’autres facteurs liés au mode de vie contribuent également à amplifier ce phénomène : une alimentation trop riche et déséquilibrée, un stress psychologique chronique, le tabagisme, la sédentarité. Et il peut aussi y avoir une prédisposition génétique : certains d’entre nous sont simplement plus enclins à l’inflammation que d’autres.

Comment réduire une inflammation chronique excessive ? L’une des pistes explorées par les scientifiques est la pratique du jeûne. De récentes recherches indiquent en effet qu’une alimentation réduite ou intermittente peut apaiser la réponse inflammatoire de l’organisme.
Par exemple, une étude menée auprès de patients arthritiques a mis en évidence une diminution de leurs douleurs et de leurs marqueurs inflammatoires après un jeûne de 7 jours. De même, un essai
clinique sur des volontaires en bonne santé a observé qu’une seule journée de jeûne (24 heures sans manger) suffisait à réduire l’activation de certaines cellules immunitaires pro-inflammatoires.
Plus globalement, plusieurs travaux sur le jeûne intermittent ont rapporté une baisse de divers marqueurs sanguins de l’inflammation, tels que la protéine C-réactive (CRP, un indicateur d’inflammation systémique) ou encore le facteur de nécrose tumorale alpha (TNF-α, une cytokine pro-inflammatoire majeure). Chez des personnes obèses ou atteintes de polyarthrite rhumatoïde, des protocoles de jeûne ont ainsi entraîné une diminution de ces marqueurs inflammatoires et une amélioration des symptômes cliniques. En réduisant certains signaux inflammatoires dans l’organisme, le jeûne semble donc pouvoir contribuer à un profil inflammatoire plus sain chez des personnes souffrant d’inflammation chronique de bas grade.
Les effets du jeûne sur l’inflammation ne sont pas toujours linéaires. Par exemple, lors d’un jeûne prolongé, certaines études ont observé une augmentation transitoire de certains marqueurs inflammatoires (comme la CRP) chez des individus initialement en bonne santé. Ce pic serait dû au stress initial que le jeûne impose à l’organisme – un phénomène d’hormèse où une petite dose de stress force le corps à s’adapter et à se renforcer. Cependant, chez les personnes qui présentaient au départ une inflammation élevée, le jeûne tend au contraire à faire chuter ces marqueurs sur la durée. Autrement dit, le jeûne agirait comme un régulateur : il stimule légèrement l’inflammation chez ceux qui en manquent (réaction adaptative), et il calme l’inflammation excessive chez ceux qui en ont trop. La réalité scientifique est donc plus nuancée qu’un simple interrupteur on/off – le jeûne semble plutôt aider l’organisme à retrouver un meilleur équilibre inflammatoire.
Quels mécanismes pourraient expliquer cet effet anti-inflammatoire du jeûne ? L’une des clés réside dans un processus cellulaire appelé autophagie. Littéralement « auto-digestion », l’autophagie est un peu le service de recyclage et de nettoyage de nos cellules. En situation de stress ou de privation de nutriments (comme lors d’un jeûne), la cellule va dégrader et recycler ses composants abîmés ou inutiles afin de produire de l’énergie et de se régénérer. C’est un grand ménage intérieur : on élimine les protéines endommagées, les petits débris cellulaires… bref, tout ce qui traîne et pourrait nuire au bon fonctionnement. Ce nettoyage cellulaire réduit d’autant les sources d’inflammation. Or, la pratique du jeûne – en particulier le jeûne prolongé – est l’un des plus puissants inducteurs connus de l’autophagie. En boostant l’autophagie, le jeûne aide ainsi l’organisme à faire le tri dans ses cellules, ce qui contribue à atténuer l’inflammation et à améliorer le fonctionnement cellulaire global. (Pour l’anecdote, la découverte de l’autophagie et de son rôle crucial dans l’adaptation au jeûne a valu au biologiste japonais Yoshinori Ohsumi le prix Nobel de médecine 2016 ! Preuve que ce mécanisme est fondamental pour notre santé.)
Le jeûne agit également directement sur certains interrupteurs moléculaires de l’inflammation. À l’intérieur de nos globules blancs existe un complexe nommé inflammasome NLRP3 – en simplifiant, c’est une sorte de détecteur interne qui, s’il s’active, déclenche la production de cytokines (pro-inflammatoires). Or, certaines molécules produites pendant le jeûne vont venir jouer les trouble-fête et empêcher cet inflammasome de s’emballer. Par exemple, le β-hydroxybutyrate (BHB), un corps cétonique fabriqué par le foie en état de jeûne (lorsque le corps brûle des graisses pour fournir du carburant), a la capacité de bloquer l’assemblage de l’inflammasome NLRP3. En clair, ces molécules de cétone agissent comme des messagers qui disent aux cellules immunitaires agressives de se calmer.
Le jeûne semble également bénéfique pour la santé de notre intestin, un organe clé dans la régulation de l’inflammation. Un intestin en bonne santé possède une barrière intestinale efficace (qui empêche le passage de toxines ou de microbes indésirables dans le corps) et héberge un microbiote diversifié peuplé de bactéries aux effets globalement anti-inflammatoires. Or, des études indiquent que le jeûne peut à la fois améliorer la perméabilité intestinale et rééquilibrer le microbiote. Par exemple, chez des souris diabétiques, un protocole de jeûne intermittent a renforcé l’intégrité de la barrière intestinale et fait chuter le taux d’une toxine bactérienne (issue de certaines bactéries intestinales) qui, lorsqu’elle passe en excès dans le sang, favorise l’inflammation. En parallèle, le jeûne modifie favorablement la composition du microbiote intestinal : plusieurs travaux ont observé qu’une restriction calorique ou de jeûne augmentent la diversité des bactéries et la proportion d’espèces bénéfiques. Akkermansia muciniphila, par exemple – une bactérie réputée pour renforcer la barrière intestinale – a tendance à proliférer pendant le jeûne. Ces changements créent un environnement intestinal moins permissif aux molécules pro-inflammatoires et plus propice à la production de métabolites aux effets anti-inflammatoires (comme les acides gras à chaîne courte issus de la fermentation par le microbiote).
À tout cela s’ajoutent des effets métaboliques indirects tout aussi importants. Le jeûne entraîne en effet une baisse du taux d’insuline circulante et améliore la sensibilité des cellules à cette hormone. C’est intéressant car une insuline chroniquement élevée – comme on l’observe dans le syndrome métabolique ou le prédiabète – entretient un terrain pro-inflammatoire. En quelque sorte, jeûner permet de mettre le pancréas au repos et de faire redescendre le sucre et l’insuline dans le sang, ce qui atténue l’état inflammatoire lié à l’excès permanent de carburant (glucose). Ce n’est peut-être pas le mécanisme le plus “spectaculaire”, mais il est assez intuitif : trop de sucre, c’est inflammatoire ; moins de sucre (grâce au jeûne), c’est moins d’inflammation.
Par ailleurs, le jeûne intermittent s’accompagne souvent d’une perte de poids, ou du moins d’une réduction de la masse grasse viscérale pro-inflammatoire.

En conclusion, de plus en plus de données scientifiques suggèrent que le jeûne, lorsqu’il est pratiqué de façon encadrée et adaptée, peut avoir un effet notablement positif sur l’inflammation chronique. Le jeûne agit à différents niveaux pour apaiser le terrain inflammatoire de l’organisme, que ce soit via le nettoyage cellulaire, la modulation des signaux immunitaires ou l’amélioration du métabolisme. Ce n’est pas pour autant une potion magique universelle : il ne guérit pas tout, et il doit être abordé avec prudence (et avec un avis médical, notamment si l’on souffre d’une maladie). Mais ces découvertes offrent des perspectives prometteuses. Elles confirment en tout cas que nos habitudes alimentaires – et nos périodes de « repos digestif » – jouent un rôle majeur dans la régulation de l’inflammation. Mieux encore, en comprenant que le jeûne influence l’inflammation, on ouvre la voie à de nouvelles stratégies pour prévenir ou soulager toute une série de maladies chroniques liées à cet état inflammatoire persistant… en laissant de temps en temps, notre corps souffler un peu côté alimentation !
Le jeûne est une piste très intéressante pour réduire l’inflammation, mais il doit faire partie d’une hygiène de vie globale. Évidemment, jeûner puis reprendre aussitôt de mauvaises habitudes n’est pas une solution pérenne (un jeûne suivi d’un marathon fast-food aura peu de chances d’améliorer
votre santé sur la durée) ! Pour vraiment mettre un coup de frein à l’inflammation chronique de bas grade, mieux vaut agir sur plusieurs fronts en parallèle :
L’axe nutritionnel est fondamental. Des recherches scientifiques ont montré qu’une alimentation riche en végétaux non transformés, en céréales complètes, en noix/graines, en huile d’olive et en poissons gras (bref, proche du régime méditerranéen) aide à faire baisser l’inflammation. Ces aliments apportent des composés anti inflammatoires (fibres, antioxydants, oméga-3, etc.), à l’inverse d’une alimentation ultra transformée et surchargée en sucres ajoutés ou en graisses saturées qui, elle, tend à attiser l’inflammation.
Le stress psychologique active la réponse combat-fuite de notre corps, libérant des hormones et cytokines qui entretiennent une inflammation systémique. À long terme, un stress chronique revient un peu à appuyer sans arrêt sur l’accélérateur de l’inflammation. Bonne nouvelle : l’effet inverse existe. Des activités de détente comme la méditation ou le yoga peuvent réduire ces médiateurs pro-inflammatoires et calmer ce “feu intérieur”.
Le manque de sommeil (ou un sommeil de piètre qualité) perturbe de nombreux processus biologiques, y compris la régulation hormonale et immunitaire.Un sommeil insuffisant met le corps en état de stress. Ainsi, dormir trop peu ou de façon irrégulière s’associe à des niveaux plus élevés de marqueurs inflammatoires dans l’organisme. À l’inverse, respecter son rythme circadien et adopter une routine relaxante au coucher aide à maintenir un système immunitaire équilibré.
On pense souvent au coup de soleil comme à la seule manifestation problématique du soleil. Et c’est vrai qu’un bon coup de soleil est une inflammation aiguë bien visible : rougeur, chaleur, douleur… typiquement inflammatoire. Mais le soleil peut aussi agir de façon plus insidieuse. Même sans brûlure apparente, une exposition excessive et répétée aux UV entraîne des micro-dommages cellulaires dans la peau. Ces lésions, parfois invisibles, déclenchent une réponse inflammatoire de bas grade qui peut, à la longue, perturber les mécanismes de réparation cutanée et favoriser le vieillissement prématuré de la peau. En clair, pas besoin d’attraper un coup de soleil pour que les rayons UV allument un petit feu intérieur dans nos cellules. Le tout, c’est de s’exposer avec mesure et de protéger sa peau intelligemment.
La graisse viscérale – celle nichée autour du ventre – n’est pas une simple réserve d’énergie. Elle se comporte comme un tissu actif, capable de libérer en continu des substances pro-inflammatoires. D’où l’intérêt de limiter sa progression. Il ne s’agit pas de viser un corps parfait, mais un poids d’équilibre où l’organisme fonctionne de façon plus apaisée, sans surcharge inflammatoire inutile.
L’activité physique régulière est l’un des meilleurs antidotes à l’inflammation chronique. Elle stimule la production d’endorphines (qui réduit le stress) et de cytokines aux propriétés anti inflammatoires, régule le système immunitaire, améliore la sensibilité à l’insuline, et contribue à maintenir un microbiote intestinal équilibré. À l’inverse, la sédentarité est aujourd’hui reconnue comme un facteur favorisant l’inflammation de bas grade.
Pas besoin de devenir marathonien : marcher, jardiner, danser ou faire du yoga, c’est déjà excellent. L’essentiel, c’est la régularité.
Mais attention : comme souvent, l’excès peut inverser les bénéfices. Un entraînement trop intensif, sans repos adapté, peut générer un stress oxydatif et provoquer des micro-lésions musculaires, qui alimentent… l’inflammation ! L’idéal est donc de bouger souvent, avec plaisir, et de respecter les temps de récupération.
À 30 ans, j’ai commencé à ressentir une fatigue extrême – pas simplement de la lassitude, mais un véritable épuisement quotidien. Ma tension artérielle était anormalement basse, et au fil des années d’autres troubles sont apparus. J’ai souffert de douleurs articulaires diffuses, d’une hypersensibilité au soleil (mes yeux ne supportaient plus la lumière vive), et d’un ensemble de symptômes fluctuants difficiles à relier entre eux. Pourtant, toutes mes analyses sanguines restaient normales. Ma protéine C-réactive (CRP), ce marqueur classique de l’inflammation, demeurait dans les taux standards.
Pour les médecins, cela signifiait qu’il n’y avait “rien” d’anormal en moi. On me renvoyait chez moi avec, tout au plus, un sourire compatissant. Pas de maladie détectable, pas de traitement. Et pourtant, au fond de moi, je sentais bien que quelque chose clochait : mon corps menait un combat silencieux que la médecine ne parvenait pas à cerner. Avec du recul, je comprends qu’une inflammation chronique de bas grade (une inflammation “silencieuse”, à bas bruit) me rongeait de l’intérieur – suffisamment discrète pour passer sous le radar des tests classiques, mais bien réelle dans ses effets sur mon énergie et mes douleurs.
Cette errance médicale a duré des années. Chaque nouveau symptôme venait s’ajouter à la liste, sans explication. L’absence de diagnostic était décourageante. J’ai parfois cru que c’était dans ma tête, que je devais être folle d’insister alors que tous les examens étaient normaux. La détresse physique s’accompagnait d’une détresse morale : comment se battre contre une maladie invisible que personne ne reconnaît ? Il ne me restait plus qu’une option, pensais-je : me débrouiller toute seule ou mourir. Cela peut paraître dramatique, mais après tant d’impasses, je ne voyais pas d’autre issue. C’était une période très sombre de ma vie.

De formation scientifique, j’ai alors mobilisé mes compétences de chercheuse pour devenir l’investigatrice de ma propre santé. Ne sachant pas précisément quelle maladie je combattais, j’ai décidé de cibler avant tout ce symptôme écrasant qu’était la fatigue. Je me suis plongée dans la littérature scientifique et les témoignages, à la recherche de pistes. Très engagée de longue date en faveur d’une alimentation saine (initialement pour des raisons écologiques), j’ai orienté mon régime vers quelque chose de plus spécifique : une alimentation anti-inflammatoire. Concrètement, j’ai éliminé autant que possible les aliments connus pour favoriser l’inflammation (sucre raffiné, produits ultra-transformés, gluten , lactose, alcool,…) et j’ai privilégié les légumes frais, les bonnes graisses et les aliments à indice glycémique bas. Cela n’a pas été facile car je suis de nature gourmande, mais très vite j’ai senti une différence : mes douleurs se faisaient moins vives et mes “coups de barre” un peu moins fréquents. Cette amélioration partielle m’a donné espoir et m’a encouragée à aller plus loin dans l’expérimentation.
C’est à ce moment-là que j’ai découvert le jeûne. J’avais lu que le jeûne, en mettant l’organisme au repos digestif, pouvait donner une énergie nouvelle.
Les débuts ont été extrêmement difficiles. J’ai dû affronter des symptômes en apparence aggravés : maux de tête, grande faiblesse, nausées… Je sentais mon corps protester. Mais quelques jours après chaque jeûne, mes symptômes diminuaient nettement. Je ressentais un apaisement des douleurs articulaires, un regain d’énergie et une clarté mentale que je n’avais pas connue depuis longtemps. Ces périodes d’amélioration, bien que temporaires, étaient suffisamment marquées pour me convaincre que j’allais dans la bonne direction. Je ne comprenais pas encore tout le “pourquoi”, mais intuitivement je sentais que le jeûne faisait du bien à mon corps – qu’il l’aidait à reprendre le dessus sur cette inflammation sournoise. Chaque cycle alimentaire stricte + jeûne me donnait un répit bienvenu, avant que les symptômes ne reviennent progressivement. Cela m’a permis de tenir bon psychologiquement : j’avais enfin un levier d’action sur la maladie, même s’il ne s’agissait pas d’une guérison à proprement parler.

Ce n’est qu’après mes 50 ans – soit près de vingt ans après le début de mes troubles – que le voile a été levé : on m’a finalement diagnostiqué une maladie de Lyme. Apprendre que j’étais positive à la borréliose de Lyme a été un mélange de soulagement (enfin une explication !) et de consternation. Soulagement, car mettre un nom sur mes maux validait que je n’avais pas souffert pour rien toutes ces années : il y avait bel et bien un agent infectieux tapi dans l’ombre. Consternation, car Lyme est une maladie controversée, en particulier dans sa forme chronique. Je savais que le parcours resterait complexe, entre les médecins qui minimisent la forme persistante de Lyme et ceux qui la reconnaissent mais tâtonnent sur les traitements. Quoi qu’il en soit, ce diagnostic a éclairé d’un jour nouveau mon parcours. J’ai compris que ce que je vivais était une “infection froide” – un terme employé pour décrire les infections chroniques qui restent silencieuses, sans symptômes aigus typiques. Dans ces infections à bas bruit, il n’y a pas ou peu de fièvre, les analyses classiques sont souvent normales, car l’agent pathogène se cache à l’intérieur des cellules et évite de déclencher une réaction immunitaire explosive. Ce feu couvant qu’est Lyme dans sa phase chronique explique l’inflammation systémique de bas grade dont je souffrais. Mon corps abritait la bactérie Borrelia depuis des années, et même sans signes cliniques flagrants comme un érythème migrant ou une fièvre franche, l’infection provoquait une cascade de petites inflammations un peu partout (articulations, système nerveux, etc.), assez pour me handicaper mais pas assez pour alerter les tests standard.
Avec cette clé de lecture, j’ai pu interpréter rétrospectivement ce qui m’était arrivé. Mon corps devait éliminer des déchets accumulés pendant des années de bataille larvée contre Borrelia. Il “ramait” pour évacuer tout ça, d’où ces mauvais moments à passer en début de jeûne. Mais une fois ce cap difficile franchi, je bénéficiais pleinement des vertus anti-inflammatoires du jeûne. En quelque sorte, j’avais mis en place ma propre stratégie palliative face à Lyme, bien avant de savoir son nom : réduire au maximum l’inflammation chronique pour mieux tolérer la présence de l’infection.

Aujourd’hui, forte de cette expérience et du diagnostic enfin posé, j’ai trouvé un certain équilibre. La maladie de Lyme n’est pas guérie – elle reste là, tapie, nécessitant une vigilance de tous les instants – mais elle est contenue. Je continue à jeûner régulièrement, car j’en ressens le besoin pour maintenir l’inflammation au plus bas. Ce n’est jamais facile pour moi de me lancer (la gourmande invétérée que je suis a toujours du mal les premières 24 heures sans manger !), mais je ne perds jamais de vue à quel point je me sens mieux après. À chaque jeûne, c’est un peu comme si je donnais à mon système immunitaire une chance de “respirer”, de se réinitialiser. Mes articulations me remercient, ma fatigue se dissipe en grande partie, et mon esprit s’éclaircit. J’ai appris à doser la durée et la fréquence des jeûnes pour en tirer un bénéfice sans m’affaiblir.
Sur le plan alimentaire, je m’en tiens donc à un régime le plus anti-inflammatoire possible au quotidien – essentiellement un régime de type méditerranéen enrichi d’astuces personnelles. Mais je m’accorde aussi quelques écarts gourmands de temps en temps, pour le plaisir de vivre. La clé est de toujours revenir à la base saine ensuite, sans culpabilité. Au fil du temps, j’ai appris à écouter mon corps : dès que les vieux symptômes refont surface (un regain de fatigue inexpliqué, des articulations qui tiraillent…), je sais qu’il est temps de redoubler de vigilance. Cela peut vouloir dire planifier un jeûne de quelques jours, ou resserrer mon hygiène de vie (sommeil, gestion du stress, alimentation irréprochable sur une période donnée) afin de remettre l’inflammation au pas.
En partageant ce témoignage, j’espère avant tout transmettre un message d’espoir prudent. Oui, vivre des décennies avec une maladie invisible comme Lyme non diagnostiquée est un calvaire – physiquement et psychologiquement. Il y a eu des moments de réelle désespérance où j’aurais baissé les bras sans ces solutions alternatives. Mais en explorant des voies complémentaires comme le jeûne et l’alimentation, j’ai pu reprendre une part de contrôle sur ma santé. Cela n’a pas “guéri” l’infection elle-même, mais cela m’a redonné de la qualité de vie là où la médecine conventionnelle ne pouvait rien m’apporter à l’époque. Aujourd’hui, avec un nom posé sur l’ennemi (Borrelia/Lyme) et un protocole personnalisé, je continue le combat de manière plus sereine. Le jeûne reste un allié précieux dans ma stratégie : c’est un défi personnel à chaque fois, mais c’est aussi, pour moi, un puissant outil anti-inflammatoire naturel qui m’apporte un soulagement tangible. Et si j’ai un conseil à donner à ceux qui luttent dans le même silence : ne perdez pas espoir, écoutez votre corps, et n’hésitez pas à explorer, prudemment, les pistes qui peuvent vous aider à aller mieux.

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Ouvrages sur le jeûne et l’alimentation anti-inflammatoire
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