Nous mangeons trop, trop mal et trop souvent ! Manger moins, mieux et moins souvent améliore la santé, plus personne n’en doute. Cette prise de conscience actuelle a donné à la pratique ancestrale du jeûne une nouvelle popularité.
Le jeûne ne désigne pas un protocole figé et précis : il existe différentes manières de jeûner qui se distinguent par la durée, la prise de boissons ou non, le type d’accompagnement, l’intention avec laquelle on jeûne etc…
Je voudrais ici comparer deux méthodes de jeûne : le jeûne Buchinger et le jeûne hygiéniste.
Je suis Valérie, je jeûne depuis dix ans selon la méthode Buchinger telle qu’elle est proposée dans notre centre de jeûne Le Crapaud Sonneur, comme dans tous les centres de la FFJR. Mais cette année, changement d’habitude : j’ai voulu tester le jeûne hygiéniste. Cette expérience comparative a été riche d’enseignements que je vais te partager dans cet article.
Je te propose d’abord de revenir sur une présentation rapide du jeûne Buchinger et du jeûne hygiéniste. Je mettrai ensuite en évidence les principales différences entre les deux approches, avec un focus sur les bénéfices et inconvénients de chaque méthode. Et je terminerai par une note plus personnelle, en te disant comment je l’ai vécu… ce qui n’engage que moi car c’est à chacun de trouver le jeûne qui lui convient !

Le jeûne Buchinger est une méthode de jeûne thérapeutique développée dans les années 1930 par le Dr. Otto Buchinger. Ce médecin allemand a réussi à guérir de sa polyarthrite rhumatoïde sévère en jeûnant. Convaincu par cette expérience salvatrice, il s’est ensuite consacré à promouvoir le jeûne.
Il a théorisé l’idée que le jeûne, accompagné d’une activité douce et d’un apport nutritionnel limité mais ciblé, permet de détoxifier le corps tout en préservant une énergie vitale suffisante.
Il a mis en place un protocole précis, sensiblement adapté au fil des ans par les chercheurs des cliniques Buchinger. L’objectif est de maintenir un apport calorique très faible tout en apportant des vitamines et des minéraux essentiels. Cette méthode incite à rester actif, avec diverses pratiques dont la randonnée. Le soutien du groupe est aussi un pilier important du jeûne Buchinger.
C’est ce protocole qui est aujourd’hui appliqué dans les centres de jeûne de la FFJR ainsi que dans les cliniques Buchinger, où le jeûne est encadré par du personnel médical.
Le jeûne hygiéniste, de son côté, s’inscrit dans une approche plus naturelle et préventive. Cette méthode, popularisée au début du 20e siècle par des figures comme le Dr. Arnold Ehret et Herbert Shelton, repose sur la conviction que le corps est capable de se guérir par lui-même lorsqu’on lui donne les conditions nécessaires. Il s’agit d’une méthode radicale. Toute l’énergie vitale doit être dédiée au processus de guérison intérieure. Il n’y a aucun apport extérieur.
Le jeûne “hygiéniste” a notamment été théorisé par Désiré Mérien. Mais il n’y a pas de “méthode” univoque car il existe différents courants dans la naturopathie dite “hygiéniste”. Fabien Moine est aujourd’hui une figure notoire du jeûne hygiéniste en France.
La descente alimentaire est progressive, sur une semaine (7 jours de jeûne = 7 jours de descente). Il est aussi proposé de faire une purge avant le jeûne pour aider à nettoyer le système digestif. C’est une préparation accessible, qui permet de se détacher progressivement de certaines addictions (sucre, café…) et de ressentir déjà les bénéfices d’une alimentation non toxique.
La descente est beaucoup plus longue et plus stricte (environ 1 mois), visant à purger le système de manière complète avant le jeûne, sans intervention (ni lavement ni purge). La durée de la descente dépend de la vitalité et du degré d’intoxication de l’organisme. Cette préparation est exigeante et engageante. Il faut être motivé et prêt à adapter sa vie sociale.
Le jeûne inclut une légère alimentation liquide qui permet de maintenir un apport calorique minimal tout en évitant les effets secondaires comme les maux de tête et la fatigue extrême : un jus de légumes/fruits le matin, un bouillon clair le soir et des tisanes en journée. Si besoin, un peu de miel et un soutien de sels minéraux. Ces apports en nutriments visent à soutenir le corps sans solliciter le système digestif. Ils facilitent aussi psychologiquement le jeûne.
Le jeûne est strictement hydrique. Le jeûneur ne boit que de l’eau tempérée (parfois des tisanes sont proposées). L’idée est de laisser le corps se nettoyer en profondeur sans aucune distraction alimentaire. Face à cette privation totale d’apport, le corps et l’esprit réagissent fortement.
Dans les centres de la FFJR, ce sont des accompagnateurs diplômés qui encadrent les jeûneurs. Ils proposent des activités complémentaires très variées selon les centres : randonnée, yoga, méditation, soins corporels, activités artistiques, sauna… Toutes ces activités, souvent pratiquées en groupe, facilitent le jeûne et favorisent le bien-être global. Dans les cliniques Buchinger, un encadrement médical est proposé. Les infrastructures sont pointues et luxueuses et le coût d’un séjour y est élevé.
Rien n’empêche cependant de pratiquer un jeûne de type Buchinger entre amis, dans un cadre privé agréable.
Bien qu’il puisse aussi inclure des consultations ou des conseils, l’accent est mis sur l’écoute de soi. Par exemple, le silence est souvent associé au jeûne. Aucune activité de détente qui pourrait alléger le processus n’est proposée. Les naturopathes hygiénistes qui organisent des retraites pour proposer ce type de jeûne veillent à maintenir une ambiance calme et tempérée et à rassurer les jeûneurs sur le bon déroulement du processus. Ils accompagnent le processus individuel sans sortir le jeûneur de son expérience. Le processus est évidemment plus radical et plus puissant et il faut être prêt et avoir envie de traverser cette épreuve.
Dans la mesure où il n’existe pas de fédération, il y a donc plusieurs versions de jeûne hygiéniste.
Le jeûne Buchinger tel qu’il est proposé dans les centres de la FFJR est un jeûne de bien-être qui s’adresse à des personnes en bonne santé désireuses d’améliorer leur forme. Ce protocole se concentre sur un équilibre entre la détoxification et la relaxation. Il apporte du repos au corps et à l’esprit, suscite une perte de poids, permet des changements d’habitudes et des prises de conscience.
Il vise un nettoyage profond et, le cas échéant, la transformation de certains fonctionnements (sur plan métabolique et psychique). La perte de poids est similaire à celle du jeûne Buchinger.
La reprise est progressive afin de faciliter le retour à la vie normale (si 7 jours de jeûne : 7 jours de reprise). L’accent est mis sur l’importance d’adapter son alimentation après le jeûne pour conserver les bénéfices du jeûne. C’est une phase qui permet de revisiter son alimentation et d’y apporter quelques améliorations. Une transition importante pour profiter des bénéfices du jeûne !
La reprise est longue et exigeante, pour éviter tout déséquilibre digestif et pour poursuivre le processus de détoxification. Un nouveau mode alimentaire est suggéré afin de rester dans une alimentation non inflammatoire et non toxique. Le processus de détox se prolonge pendant cette phase qui doit être abordée avec sérieux. C’est engageant !
Après avoir pratiqué le jeûne Buchinger pendant dix ans, j’ai testé cette année le jeûne hygiéniste. Je me suis sentie appelée par la proposition d’une naturopathe hygiéniste (Fanny Russaouen) et d’une thérapeute holistique (Maria Mata) et j’ai décidé de faire cette expérience du jeûne hygiéniste. Mon séjour, qui se déroulait dans les Alpes, était donc accompagné. Et heureusement, car, seule, je n’aurais jamais eu la confiance ni le courage d’aller jusqu’au bout ! Je te raconte !
La très longue descente alimentaire m’a permis de découvrir une autre manière de m’alimenter (exclusivement à base de fruits et de légumes, sans céréales ni légumineuses) pendant plusieurs semaines. Les super-aliments (algues, spiruline, poudre de jus d’herbe de blé étaient conseillés) et certaines tisanes recommandées. Strict ! J’ai pris goût à ce type d’alimentation que j’ai maintenue pendant le période de reprise, avec une importante proportion de végétaux crus. Cette exploration d’une alimentation vivante fut le premier “fruit” de mon expérience.
Je suis arrivée à ce jeûne en ressentant le besoin de faire une pause régénératrice complète mais néanmoins en forme – grâce notamment à la descente. Nous étions confortablement logés dans un chalet de montagne. Un torrent coulait au pied, un chemin de randonnée partait du fond du jardin. Je prévoyais déjà de faire de longues marches en montagne et j’avais plusieurs livres à dévorer. Je voulais aussi profiter de ce temps suspendu pour écrire.
Mais ce n’était pas du tout cela qui m’attendait ! Car, de ce cocon, nous ne sommes pas sortis pendant toute la semaine. Pas de distraction au programme, pas de téléphone évidement et même la lecture “de divertissement” était déconseillée ! Les autres jeûneurs semblaient très sympathiques… mais la retraite se déroulait en silence.
L’ambiance tamisée et calme, les longues périodes d’isolement dans nos chambres respectives, les rares chuchotements invitent à la plongée en soi. L’essentiel de la journée est dédié au repos. Assez rapidement, on perd la notion du temps.
Dans ce contexte, mon énergie a chuté (en chute libre) après 24h de repos. J’étais arrivée en forme et je me suis retrouvée “au tapis” ! Pas au tapis de yoga, au tapis-carpette ! Impossible de lire, de faire du yoga, difficile de sortir pour m’aérer. Complètement à plat ! Cet état est assez déroutant, voire inquiétant.
Nous n’étions pas pour autant livrés à nous-mêmes : un parcours de méditations au fil de la semaine rythmait l’évolution du processus et donnait des pistes d’introspection. Des soins étaient proposés, ainsi que des séances théoriques sur le jeûne hygiéniste. Chaque matin, Fanny, la naturopathe, venait prendre des nouvelles et analyser les urines de chaque jeûneur. Cette présence discrète mais très vigilante des deux thérapeutes-petites fées était rassurante et réconfortante.
Le repos complet permet au corps de se nettoyer en profondeur. Jour après jour, mon expérience s’est intensifiée, avec une détoxification profonde et donc avec des crises d’élimination sévères (vomissements de bile, fatigue extrême, cystite), rendant le processus difficile, voire douloureux. Les autres stagiaires étaient aussi en difficulté, soit sur le plan physique soit sur le plan émotionnel.
Ce type de jeûne est une traversée du désert, comme l’est parfois une retraite spirituelle.
Même si nous sommes restés 7 jours sur place, la durée du jeûne fut plus courte que je ne le croyais (5 jours) : il s’agissait d’un jeûne « primaire” comme disent les hygiénistes. Cela permet de faire la reprise alimentaire sur place, pendant deux jours, progressivement. Dès la première gorgée de jus de légumes, le processus de détox se calme. Dès les premiers mouvements et échanges, le mal-être s’estompe. Très vite, une sensation de légèreté, de clarté mentale, de sérénité s’installe. Cette reprise sur place (avec une nourriture exclusivement crue, à base de bons fruits et de légumes) permet de repartir de la retraite avec suffisamment d’énergie.

Personnellement, je suis heureuse d’avoir fait cette expérience (qui m’a semblé) extrême et qui m’a permis d’explorer des espaces inconnus. Mais je crois qu’il faut être réellement motivé pour s’engager sur ce chemin d’ascèse. Ce fut réellement une épreuve mais j’en ai tiré des bénéfices tangibles et durables. Je suis très reconnaissante à Fanny et Maria, les thérapeutes qui m’ont soutenue avec bienveillance et professionnalisme pendant tout le processus. Il est nécessaire d’être bien préparé afin d’arriver au jeûne avec une vitalité suffisante et d’être encadré de près pendant le jeûne. Je recommencerai sans doute et je me préparerai encore mieux afin de traverser le jeûne plus facilement.
Cette expérience m’a permis de comprendre tout l’intérêt du jeûne Buchinger : c’est une expérience plus équilibrée, moins radicale, qui permet une adaptation progressive et une meilleure gestion des effets secondaires. De nombreux stagiaires nous disent que leur semaine de jeûne dans notre centre FFJR est une réelle semaine de “vacances” et de bien-être. Grâce à ses caractéristiques, le protocole Buchinger permet de diffuser le jeûne à un large public et cela me semble un atout de santé publique précieux.
Les résultats sont très intéressants des deux côtés, avec sans doute davantage de transformation dans le jeûne hygiéniste mais pour un engagement beaucoup plus élevé. J’ai aussi compris cette leçon importante : le repos est un curseur qui détermine le niveau de détox. C’est, selon moi, le fait de s’assigner un repos total qui déclenche les processus de nettoyage aussi intenses pendant le jeûne hygiéniste. Plus on est au repos, en silence, au calme, plus on se nettoie… et plus on “galère”. J’ai compris que notre rôle d’encadrants de stages de jeûne était précisément de doser jusqu’où nous pouvions emmener nos stagiaires pour qu’ils retirent un maximum de bénéfices pour une moindre difficulté.
En testant le jeûne hygiéniste, j’ai découvert la puissance de cette manière de jeûner et, par comparaison, j’ai encore mieux compris la pertinence du protocole du jeûne Buchinger. Le jeûne Buchinger tel qu’il est proposé dans centres de la FFJR est un jeûne accessible à tous, adaptable aux objectifs de chacun et modulable. Les bénéfices sont importants pour un investissement émotionnel et physique raisonnable. Il n’en reste pas moins que c’est à chacun de choisir ce qui lui convient.
J’espère que le partage de mon expérience éclairera ce choix et je te souhaite de te lancer avec confiance dans l’aventure du jeûne, quel que soit le protocole retenu.
Ma vie d’avant, c’était mes 4 enfants (mais ils ont grandi !), la nature et la littérature. J’ai enseigné comme professeur de français (je suis agrégée de lettres modernes) et j’ai consacré des années à l’écriture de romans (Fils de Rabelais, ed. Aden puis ed. de Borée) et de nouvelles.
Il y a 6 ans, avec Cyrille Couvenant, mon compagnon, nous avons donné jour à notre “bébé”, “Le Crapaud Sonneur” : un centre de ressourcement et de reconnexion à la nature. Nous y partageons des pratiques naturelles, simples et efficaces, au rang desquelles le jeûne tient la première place. Notre devise, c’est : “En pleine forme, en pleine nature” !
C’est une riche expérience d’encadrer des stages à quatre mains. Ce nouveau métier nous fait vivre nos passions : le travail de la terre (pour produire les légumes des bouillons et des jus), la gestion de la forêt (où nous randonnons et où nous nous baignons près du sauna), le yoga, la rencontre et le partage.
Pendant nos stages de jeûne, nous misons avant tout sur le contact avec la nature pour offrir à nos stagiaires une expérience de ressourcement profond.
Nous accordons une place importante aux moments de silence et de connexion à soi et à la nature (avec le yoga, les randonnées dans la forêt, les méditations). Nous avons choisi d’héberger les stagiaires dans des cabanes élégantes face à la vallée permettant ainsi de créer des espaces de retour à soi et de plongée dans la nature. Les ateliers que nous proposons sont souvent en lien avec la nature (plantes sauvages, microbiote du sol, laine, herboristerie, sylvothérapie…) : ils nourrissent le jeûne sans (trop) distraire le processus.
J’aime continuer à améliorer notre lieu et à y accueillir dans la simplicité et l’authenticité les stagiaires pour qu’ils s’y nourrissent de beauté et de nature. Et j’espère bientôt partager mon goût pour la littérature et l’écriture en intégrant cette dimension dans certains de nos stages. Ce métier d’accompagnateur de jeûne est en perpétuelle évolution !
Le centre de Cyrille et ValérieLa randonnée est une activité physique douce et globale. Elle présente plusieurs effets bénéfiques pour le corps autant que pour le mental, qui viennent encourager le processus déclenché par le jeûne. Pratiquée tout au long de votre séjour, elle nourrit vos journées, galbe vos muscles et améliore votre sommeil.
Depuis 1990, les accompagnateurs diplômés FFJR sont formés pour proposer des séjours de jeûne accompagnés, dans un cadre sécurisant et stimulant. Sélectionnés pour leur compétence professionnelle et leur bienveillance, ils vous guident avant, pendant et après le jeûne.
Dans tous les centres labellisés FFJR les séjours de jeûne se déroulent selon un programme et un cadre commun. Chaque accompagnateur FFJR a ensuite la liberté de proposer des activités complémentaires pour encourager les bienfaits du jeûne. Il propose au sein de ses séjours une ambiance qui traduit sa vision pour une expérience du jeûne réussie. Voici un tour d’horizon des quelques temps forts que vous pouvez retrouver dans tous les centres labellisés FFJR.
La FFJR a rassemblé un corpus de livres, publications, sites internet et autres ressources pour aller plus loin dans votre connaissance du jeûne.
Les accompagnateurs diplômés FFJR ont suivi une formation théorique et pratique et bénéficient de formation continue chaque année.
Pendant votre séjour, l'accompagnateur FFJR est présent à vos côtés à tout moment, pendant les randonnées et les autres temps.
La FFJR a mis en place une charte stricte et un contrôle qualité afin d'assurer que chaque séjour respecte notre cadre éthique.